Athlé - Justice - Eloyse Lesueur-Aymonin perd son procès contre la FFA

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Eloyse Lesueur-Aymonin, double championne d'Europe de saut en longueur, a perdu son procès face à sa Fédération qu'elle avait assignée pour des manquements supposés dans la gestion de ses revenus. C'était il y a près d'un an. Eloyse Lesueur-Aymonin (32 ans) attaquait en justice la Fédération française d'athlétisme pour des manquements supposés dans la gestion de ses revenus. La double championne d'Europe (2012 et 2014) et championne du monde en salle (2014) de saut en longueur affirmait avoir perdu 500 000 euros entre 2008 et 2018, et assignait ceux qu'elle estime être les responsables pour leur réclamer plus de 170 000 euros de réparations au civil. Mercredi, le tribunal de grande instance de Paris a rendu son verdict, défavorable à l'athlète qui est déboutée et devrait même verser 3 000 euros à la FFA. « C'est évidemment une grande déception, réagit Maître Tony Reale, qui appartient au cabinet de Thierry Braillard, l'ancien secrétaire d'État chargé des Sports, et qui a suivi l'affaire de l'athlète. On est un peu interloqué d'une telle décision dans la mesure où on nous dit en quelque sorte 'no way'. Il n'y avait pas de mandat entre la Fédération et l'athlète (selon la décision de justice), ce qui n'est manifestement pas le cas. Quand vous confiez votre carnet de chèque à quelqu'un qui est censé vous représenter et faire des actes en votre nom pour votre compte, ça s'appelle bien un mandat. » lire aussi Éloyse Lesueur-Aymonin attaque la Fédération sur la gestion de ses revenus Du côté de la FFA, cette décision provoque à la fois du soulagement mais aussi un désir de tendre la main à une grande championne en difficulté. « On a toujours été confiant et serein, parce qu'on savait qu'aucune faute n'avait été commise par la Fédération dans ce dossier, commente ainsi André Giraud, le président de la FFA, qui avait déjà aidé Eloyse Lesueur-Aymonin en 2014 en lui permettant de signer dans son club de Marseille. Le service donné aux athlètes, à leur demande, a toujours été envisagé pour les aider dans leurs démarches administratives. On n'avait pas de pouvoir pour gérer leur compte, et c'est d'ailleurs précisé dans le jugement. Il y a un cabinet comptable qui s'occupait d'Eloyse. Si elle a été négligente dans le paiement de ses impôts ou de certaines charges, ce n'est pas la faute de la Fédé. » Maître Tony Reale « C'est évidemment pour Eloyse une grande déception qu'elle considère injuste » L'enjeu de la discorde se situe là, en effet. Mais des échanges de courriers, d'emails semblent avoir convaincu la justice que tout ce qui a été fait pour Eloyse Lesueur-Aymonin, l'a été sur son ordonnancement. En clair, c'est elle qui aurait demandé de payer telle ou telle facture, qui a aussi été plusieurs fois mise en garde sur l'état de ses finances. Maître Joëlle Monlouis, qui a plaidé la cause de l'athlète, soulignait il y a un an que « la situation qu'Eloyse dénonce aujourd'hui est à la fois humaine et matérielle. Il s'agit de l'histoire d'une athlète de vingt ans au départ qui a réussi à atteindre le niveau de performance pour lequel elle s'est durement entraînée. Elle se consacre entièrement à son sport. Et la FFA qui l'accompagne depuis ses débuts, et donc les personnes en qui Eloyse avait le plus confiance, lui propose de gérer ses affaires pour l'aider. Comment aurait-elle pu se méfier ? » Aujourd'hui, ses avocats entendent profiter du temps accordé pour engager leur réflexion juridique. « J'ai eu Eloyse hier (mercredi soir), on a longuement discuté, et c'est évidemment pour elle une grande déception qu'elle considère injuste, ajoute Maître Tony Reale. Cela lui laisse un goût amer. On va digérer tout ça, analyser les éléments froidement et, éventuellement, passer à l'action. » Eloyse Lesueur-Aymonin dispose d'un mois pour faire appel de ce jugement. « On se laisse le temps de voir si une action sur le plan pénal ne se justifierait pas par un certain nombre de faits. En sachant qu'on a communiqué une trentaine de pièces à la juridiction, et qu'aujourd'hui on se voit débouter de l'ensemble de nos demandes. Bien évidemment, c'est injuste et incompréhensible », déclare l'avocat de l'athlète. André Giraud, le président de la FFA « On ne va pas réclamer les 3 000 euros. » « On est désolé qu'Eloyse se soit laissée embarquer par de mauvais conseillers, regrette André Giraud, le président de la FFA. Quand elle est venue nous demander des sommes considérables, sur conseil de ses avocats, notre réflexe a été de lui proposer, alors qu'elle n'avait plus le statut d'athlète professionnelle parce qu'elle était blessée, de prolonger d'un an son contrat pour qu'elle garde un salaire. On lui a tendu la main dans un cadre légal. Et on ne va pas l'enfoncer, on sait qu'elle a des difficultés. Eloyse a beaucoup apporté à l'équipe de France, on l'aime bien. On ne va évidemment pas lui demander des dommages et intérêts, on ne va pas réclamer les 3 000 euros. » Ce souci d'apaisement suffira-t-il à régler une affaire concernant une athlète qui, comme tant d'autres, a pu être parfois inconséquente dans sa gestion financière, mal conseillée aussi, mais victime, surtout, d'enjeux qui la dépassent ?