Athlé - La remise à zéro des records en questions

L'Equipe.fr
Le week-end dernier, la Fédération européenne (EAA) a proposé de réécrire la liste des records d'Europe. Une mesure qui, si elle était adoptée, bouleverserait l'histoire d'un sport à l'échelle mondiale. Quels sont les tenants et les aboutissants de cette proposition ?

Le week-end dernier, la Fédération européenne (EAA) a proposé de réécrire la liste des records d'Europe. Une mesure qui, si elle était adoptée, bouleverserait l'histoire d'un sport à l'échelle mondiale. Quels sont les tenants et les aboutissants de cette proposition ?Pourquoi remettre la liste des records à zéro ?L’EAA motive sa proposition par le besoin de restaurer la crédibilité de l’athlétisme auprès du public, mais aussi des athlètes. Les récents scandales de dopage et de corruption ont affaibli ce sport qui souffrait déjà d’une image brouillée à cause d’anciens records suspicieux. «S’il y a un doute qu’un record n’ait pas été réalisé de manière équitable ou que les conditions n’aient pas été correctes, les gens commencent par devenir sceptiques voire pire, ils comment à ignorer la performance», écrit l’équipe de travail, la «Credibility project team», dans son rapport adressé à l’EAA.L’Allemagne avait la première formulé le vœu d’une remise à zéro radicale, à la fin des années 90. La proposition avait été rejetée en masse lors du congrès de l’IAAF en 1999, mais elle a depuis fait son chemin.La liste de tous les recordsComment l'EAA en est arrivé à cette proposition ?La Project Team avait dégagé quatre options. La première, ne rien changer, a évidemment été rejetée. La deuxième était d’examiner les records un par un et de supprimer ceux réalisés illégalement. Mais toute la difficulté résidait à mener une enquête pour recueillir des preuves objectives. En l’absence d’aveu ou de preuves, prendre tout de même la décision de supprimer le record aurait discrédité le projet, sans compter les poursuites en justice auxquelles l’EAA se serait exposée.L’option 3 consistait en une modification des règles techniques, afin de redémarrer une nouvelle liste de records. Soucieuse de son image, l’EAA y a renoncé pour deux raisons : les «degrés d’impact différents en fonction des disciplines, ce qui, à la fin, pourrait s’avérer impopulaire», et à grande échelle, le coût pour les structures pour se rééquiper en engins et équipements de lancers. Difficile à mettre en œuvre, cette mesure n’excluait pas non plus que les nouveaux records soient «propres».C’est donc l’option 4 qui a remporté l’assentiment général. Il s’agit de modifier les critères de ratification des records et d'exiger l’établissement de nouveaux records. Avec cette proposition, l’EAA espère éviter les actions en justice, les frais qui y sont liés et une couverture médiatique négative.Quels sont les nouveaux critères de ratification des records ?Pour réécrire la liste des records, l’EAA va «mettre de côté» la liste actuelle, «en gardant la dignité intacte», précise-t-elle, et réévaluer les performances à la lumière de quatre critères :- Les records seniors devront être réalisés dans des compétitions de très haut niveau, offrant une confiance totale dans les officiels, les systèmes de chronométrage, les équipements. L’EAA ne donne pas de détail sur le niveau de ces compétitions, mais on peut imaginer qu’il s’agira au minimum des grands championnats (JO, monde, Europe), des championnats nationaux et des meetings de la Ligue de diamant.- L’athlète qui aura établi un nouveau record devra avoir subi un certain nombre de contrôles antidopage (encore indéfini) dans les douze mois précédant sa performance.- L’échantillon devra être stocké et rester disponible pour un retest pendant dix ans.- Après ratification du record, l’athlète devra rester exemplaire et maintenir son intégrité. Toute sanction pour une violation grave du règlement (comme un contrôle antidopage positif) entraînera l’annulation du record, «même s’il n’y a pas de preuve que l’infraction ait influencé la performance établissant le record», précise l’EAA.Quelles seront les conditions pour qu'un record soit maintenu ?Comme l’EAA entend appliquer ces critères aux records déjà établis, le troisième point permet en partie de répondre à cette question. Les échantillons ont commencé à être conservés par l’IAAF en 2005, mais ce n’est pas le cas pour toutes les compétitions. Seuls les échantillons conservés depuis dix ans maximum pourront être retestés pour être ratifiés selon les nouveaux critères, excluant tous les records d’avant 2007.Quelles conséquences pour les autres records ?Les records du monde sont évidemment concernés par cette proposition puisque certains records d’Europe sont aussi des records du monde. La Fédération internationale (IAAF) est d’ailleurs impliquée dans le projet et son président, Sebastian Coe, a indiqué qu'il approuvait cette proposition.«Le même besoin d’ordre et de crédibilité s’applique aux records continentaux et nationaux», affirme la Project team dans son rapport. Il faut comprendre que les records de France devront répondre aux mêmes critères pour subsister sur les tablettes.Quelles sont les limites de ce fonctionnement ?L’EAA estime que l’avancée scientifique de ces dix dernières années permet d’y voir plus clair en matière de dopage. Cependant, il demeure impossible d’affirmer que tous les nouveaux records seront le résultat du travail d’athlètes propres. Cette proposition risque aussi de provoquer une confusion du public, puisque cohabiteront malgré tout, au moins dans les esprits, deux listes de records, les actuels et les anciens. Difficile de balayer l’histoire d’un sport où le chronomètre et le décamètre sont rois.Depuis sa publication lundi, de nombreux athlètes ont exprimé leur désaccord. Certains, s’estimant spoliés, envisagent un recours en justice, comme Hicham El Guerrouj, détenteur de cinq records du monde, dont celui du 1500m (voir L’Equipe du mercredi 3 mai). Mike Powell, recordman du monde du saut en longueur (8,95m), s’estime «trahi» par son sport. La Britannique Paula Radcliffe, détentrice entre autres d’Europe du marathon, a pointé une manœuvre lâche d’une instance qui a par le passé déjà échoué à protéger les athlètes propres des tricheurs.

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