Athlé - Technologie - Technologie des chaussures : World Athletics entre deux feux

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Sous la pression des concurrents de Nike, la Fédération internationale propose de restreindre jusqu'aux JO de Tokyo la révolution à l'oeuvre pour les chaussures à pointes. Au moins, le report des JO de Tokyo aura-t-il laissé un peu de temps à World Athletics pour colmater les brèches d'une crise qu'elle n'avait pas anticipée et dont elle a tardé à mesurer l'ampleur. Seul véritable enjeu technologique de l'athlétisme, la chaussure n'avait jamais fait l'objet d'une réglementation stricte malgré son impact sur les performances mais aussi l'équité du sport, sa crédibilité et son économie. À commencer par le marché mondial rayonnant du running. Série « Objets de controverse » (1/6) : les pointes d'athlétisme La technologie Nike des Vaporfly aux lames de carbone a profondément changé sa donne depuis 2016, jusqu'à faire chuter la barrière mythique des 2 heures sur marathon à l'automne dernier (*). World Athletics a enfin sifflé la fin de la récré le 31 janvier avec de nouvelles règles limitant à 4 cm l'épaisseur de ces semelles et à une seule plaque rigide à l'intérieur alors que les « Moon-boots » d'Eliud Kipchoge en possédaient probablement trois lors de son exploit controversé. Tous les concurrents de Nike ayant travaillé à une riposte carbonée depuis un bail, cela a clôt l'inflation et le débat... qui s'est déplacé ailleurs, c'est à dire dans les stades. Technologie des chaussures : Asics essaie de rattraper Nike Car si le marché des pointes est, de son côté, un marché de niche, c'est dans les stades que se fabriquent les stars de ce sport et donc les retombées indirectes pour les marques. « Aucun équipementier ne peut prétendre au très haut niveau, dans n'importe quel sport, sans la légitimité de pointes d'athlé performantes », nous fait remarquer l'un d'eux. Or, là, la nouvelle réglementation de World Athletics (3 cm et deux lames rigides dont l'une pour fixer les pointes) a créé un tollé (révélé dans L'Équipe du 7 février) parmi les concurrents de Nike, capable comme par enchantement de proposer moins d'une semaine plus tard en grandes pointes, à New York, des modèles révolutionnaires légaux, demi-fond et même sprint, adaptés de sa technologie route. Même s'ils sont passés sous le radar de la controverse, les prototypes de Nike ont fait des ravages dans le demi-fond dès l'an passé, notamment lors des Mondiaux à Doha (27 sept. - 6 oct. 2019), abrités derrière les débats sur le climat extrême, le public épars et les affaires de dopage. La toute puissante marque américaine s'apprêtait donc à faire une razzia aux JO de Tokyo, en l'étendant sur le sprint grâce à l'épaisse semelle de la Viperfly qui promettait, selon la rumeur tenace, un gain de 10 centièmes sur 100 m. Une réunion houleuse à Monaco le 26 février puis une autre, téléphonique, entre World Athletics et les équipementiers, plus de probables injonctions devant les tribunaux, ont fini par convaincre la Fédération internationale de faire un pas en arrière. Après avoir un temps envisagé de réduire l'épaisseur des semelles des futures pointes à 2,6 cm sous prétexte que Nike avait jadis commercialisé une épaisse Streak Flat Spike, modèle hybride de demi-fond plutôt utilisé à l'entraînement, World Athletics a envoyé un courrier le 27 mars à la puissante Fédération internationale de l'industrie des équipements sportifs (WFSGI) pour lui dire qu'elle limiterait les semelles des pointes à 2 cm d'épaisseur et recalerait les nouveaux modèles de Nike, dont la deuxième plaque ne se contente apparemment pas de servir à y accrocher les pointes. De quoi apaiser ceux qui voyaient déjà les records de Bolt être très vite ridiculisés. Mais Nike étant membre de la WFSGI, celle-ci n'a pu valider unanimement ces propositions. Des propositions qui doivent encore être votées par le Conseil de World Athlétics pour geler la situation jusqu'à fin 2021. En attendant la réplique de Nike... (*) Le Kényan Eliud Kipchoge a réussi un temps d'1 h 59' 40'' sur marathon, le 12 octobre dernier à Vienne, dans des conditions telles que le record n'a pas été homologué par World Athletics.

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