Au Qatar, Macron face à la délicate question du Mondial 2022 de football

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Au Qatar, Macron face à la délicate question de la coupe du monde de football (Photo: HuffPost)
Au Qatar, Macron face à la délicate question de la coupe du monde de football (Photo: HuffPost)

POLITIQUE - Au milieu de signatures de contrats commerciaux en rafales, du nucléaire iranien et du terrorisme, quid du droit des femmes, des travailleurs immigrés et des personnes LGBTQI+? En fin de semaine et pour deux jours, Emmanuel Macron est de retour dans le Golfe.

Après Abu Dhabi -où il vient de signer un accord pour la vente de 80 Rafale- et avant Jeddah en Arabie Saoudite, le chef de l’État s’entretiendra ce vendredi 3 décembre avec l’Émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, avec qui il a prévu de dîner.

Au menu? Davantage de questions géostratégiques et diplomatiques (comme la sécurité dans le Golfe et le renforcement des liens politiques et commerciaux) que de grandes discussions liées au sujet brûlant de la très controversée Coupe du monde de football 2022. C’est du moins ce que l’on comprend de la feuille de route communiquée par l’Élysée en amont du voyage.

Pas dans le programme officiel

Pour savoir si le sujet sensible allait être évoqué, il a fallu poser la question. Car à moins d’un an de l’un des plus gros évènements sportifs de l’année 2022, pas un mot, lors du déroulé du programme de ces deux jours, sur cette compétition internationale qui se tiendra du 21 novembre au 18 décembre 2022.

À ce sujet, l’Élysée répond poliment que le président de la République l’évoquera à un moment ou à un autre. “On peut être sûr que l’Émir le fera aussi puisque c’est un grand évènement sportif mondial”, poursuit la présidence, précisant qu’Emmanuel Macron “l’abordera notamment par le biais de la sécurité, puisque la France est engagée sur une partie de la sécurisation”. En 2019, les deux pays ont en effet signé un partenariat stratégique sur la gestion de la sécurité et de la surveillance de l’évènement.

“Il y a évidemment une attention portée sur les conditions des travailleurs au Qatar”, ajoute encore l’Élysée assurant, sans plus de précisions, que Paris et Doha nourrissent ”un dialogue exigeant sur ces questions-là”. Pour rappel, plusieurs rapports d’ONG alertent sur les conditions dans lesquelles l’événement est organisé.

Amnesty International et certaines équipes comme celle de Norvège (finalement non qualifiée pour le mondial) et du Danemark (qui a remporté brillamment son ticket pour la compétition) font pression sur la Fifa pour que les conditions des travailleurs migrants sur les chantiers soient améliorées. Selon une enquête du Guardian, en février, plus de 6500 ouvriers seraient déjà morts.

Sur la question des droits humains, et notamment ceux des femmes, la présidence de la République invite plutôt à “poser la question à l’organisateur”. Elle n’a “aucun élément” à communiquer sur les préoccupations qui s’expriment dans le monde entier quant à la possibilité de voir des femmes venir assister aux matchs habillées comme bon leur semble, en contradiction de la loi en vigueur dans l’émirat.

Appels au boycott

Alors que les droits des personnes LGBTQI+ ne sont pas garantis, certains joueurs gay ont également avoué avoir peur de participer à cette 22e édition. Et des investigations pour “corruption active et passive”, “recel” et “blanchiment” dans l’attribution du Mondial 2022 au Qatar sont en cours.

Autant de points critiques qui valent déjà à cette édition des surnoms tels que “le Mondial de la honte”. Ainsi dans nos colonnes fin octobre dernier, le sénateur PCF, Jérémy Bacchi demandait à ce que la France ne participe pas à cette “mascarade” dans un pays “où les femmes sont encore considérées comme des demi-êtres humains”. Le 30 novembre, le président de la Fédération française de football, Noël Le Graët assurait lui à l’AFP que malgré “tout cela, la France ira au Qatar”. Arguant que “les rapports entre notre gouvernement et le gouvernement qatari sont très chaleureux”. “Qu’il y ait des problématiques sur quelques dossiers, on peut toujours l’entendre. Mais je pense que le foot contribue au rapprochement”, justifiait-il.

Ce vendredi soir, devant l’Émir, entre rapprochement et gros contrat, le pays des droits de l’homme arrivera-t-il à aborder la question avec une fermeté qui pourrait apaiser les tensions et les critiques? Il semble pour l’instant que ce n’est vraiment pas le ton de ce déplacement diplomatique.

À voir également sur Le HuffPost: Une (honnête) bande-annonce de la Coupe du monde de football au Qatar

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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