Auto - Extra - Les 4x4 électriques, une aberration environnementale ?

L'Equipe.fr
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Traîner 750 kilos de batteries pour bouger un 4x4 de 2,5 tonnes ressemble à un non-sens écologique. En éliminant les rejets de CO2, la voiture électrique ne fait que déplacer le problème. Mais le haut de gamme reste utile au savoir-faire technologique des constructeurs.

Les constructeurs de haut de gamme (Premium) reproduisent finalement, sur leurs nouveaux modèles électriques, les mêmes schémas que pour leur gamme à moteurs thermiques essence ou diesel. Tout en haut de l'échelle, on retrouve de lourds 4x4, luxueux, sportifs et puissants, ou de spacieuses berlines dont les nobles motorisations laissent la place à des ensembles électriques d'au moins 500 chevaux pour des accélérations de 0 à 100 km/h sous les cinq secondes.

À l'opposé d'une motorisation dite propre que l'on annonçait (assez faussement) plutôt dédiée à une nouvelle mobilité urbaine, l'électricité offre ainsi un caractère sportif et dynamique à des véhicules qui ne manquent pas de place pour loger un grand nombre de batteries. Au point, peut-être, d'en arriver à une véritable aberration écologique : emporter, comme le nouvel Audi e-tron Sportback S, 750 kilos de batteries - plus un troisième moteur de 50 kilos - pour faire avancer (vite) un bel engin de plus de 2,5 tonnes, qui nécessitera des bornes de 150 kilosWatts pour une recharge rapide : 80 % en trente minutes. Dans le même laps de temps, une Renault Zoe récupérera 150 kilomètres d'autonomie sur une borne à 50 kWatts et se contentera d'une Wallbox à domicile de 11 kW pour une recharge nocturne complète.

Mais aucun constructeur n'a le choix : pour offrir sur l'un de ses modèles électriques et zéro émissions à l'usage, un niveau d'autonomie acceptable avec les mêmes notions de volume, d'équipements et de puissance que son équivalent thermique - qui explose pour sa part les valeurs de rejets de CO2... - il faut de très grosses batteries. Électriques au lieu de thermiques, ces voitures très haut de gamme remplissent la même fonction : des véhicules d'images de marque pour valider aux yeux du public un savoir-faire technologique vers une transition énergétique qui, un jour ou l'autre, rejaillira sur tous les modèles d'une gamme, plus économiques. Tout n'a pas complètement changé avec la voiture électrique.

BMW va électrifier toute sa gamme thermique. Une première avec le iX3, inspiré du SUV.

BMW annonce vingt-cinq modèles électrifiés pour 2023. Avec iX3, la marque allemande rompt sa stratégie d'autos au design spécifique, appliquée aux modèles 100 % électriques (i3, i8). À part quelques touches esthétiques ou aérodynamiques, un iX3 ressemble vraiment à son cousin thermique le X3, vu de l'extérieur. Même remarque pour l'intérieur où l'univers BMW est respecté.

Ce iX3 est fabriqué en Chine car 50 % des ventes mondiales totales attendues se feront là-bas. Si BMW a choisi ce SUV pour inaugurer sa nouvelle politique d'électrification de sa gamme, c'est avant tout parce que ce modèle, à l'instar de la berline Série 3, est présent sur tous les marchés.

Une autonomie de 350 km sur autoroute
Annoncé avec une autonomie de 460 kilomètres (cycle WLTP), l'iX3 ne déçoit pas côté valeurs mesurées, à condition de jouer avec les modes de récupération d'énergie. Mais attention ! Pas sur autoroute, où l'on visera plutôt les 350 km... Cela permet toutefois d'envisager quelques trajets hors base, en se connectant au programme BMW Charging, qui indique où et quand s'arrêter pour trouver une borne. Courant 2021, une fonction permettant même d'être informé de l'état de maintenance du point de charge et de pouvoir le réserver vingt minutes à l'avance, sera lancée.

Ce iX3 basé sur la propulsion - une signature BMW - est disponible en deux finitions (Inspiring à 69 950 € et Impressive à 76 350 €). Les tarifs sont élevés (et sans bonus, limité aux autos électriques vendues moins de 45 000 €) mais le niveau d'équipement est impressionnant dès l'entrée de gamme.

Audi a ajouté un troisième moteur électrique à son gros SUV 4x4 pour lui faire dépasser les 500 chevaux. Et améliorer son agilité.

Chez Audi, même la voiture électrique se rapproche de plus en plus de la fameuse appellation RS, dévolue aux plus sportives des versions à moteur thermique développés par Audi Sport ! Après l'e-tron 50/55 Quattro, le premier et gros SUV 100 % électrique de la marque (4,90 mètres de long) ; après sa version coupé Sportback au pavillon plongeant élégamment (la déclinaison de la gamme électrique est copiée sur les habitudes de la maison), voici la Sportback S.

Il ne manque donc plus qu'une lettre... Facile ! Pour ajouter des chevaux - pardon ! des kiloWatts... - à la voiture, il n'y a rien de bien "sorcier", comme on le disait des meilleurs motoristes : il suffit presque de greffer un troisième moteur électrique aux deux déjà existants pour passer d'un coup de 408 chevaux à 503 en mode Boost, durant 8 secondes. Et aussi à l'acheteur de rajouter 12 000 € par rapport à l'e-tron Sportback de base (à partir de 99 200 €) !

Installé sur le train arrière, ce troisième moteur a également permis de développer une nouvelle technologie de transmission intégrale, la e-Quattro, pour ne pas apporter seulement des chevaux supplémentaires mais aussi un nouvel équilibre et une meilleure agilité sur les parcours sinueux en jouant électroniquement et instantanément sur le différentiel arrière : l'accélération de la roue arrière extérieure en courbe (chacune est gérée par un moteur) apporte la meilleure motricité possible et aide à mieux faire pivoter cet engin de 2,5 tonnes, par ailleurs capable d'accélérer de 0 à 100 km/h en 4''5 pour une vitesse de pointe de 210 km/h. On en oublierait presque son poids pour apprécier surtout son couple phénoménal de 973 Nm. À utiliser avec circonspection, à la conduite et pour l'autonomie théorique de 365 kilomètres qui peut vite baisser d'une petite centaine. Cette version S, à l'équipement riche et au confort sans défaut, est également disponible sur la carrosserie e-tron classique (96 600 €).