Auto - Extra - La folie des Youngtimers

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Elles ont marqué la jeunesse des quadragénaires, elles s'affichent désormais dans les salons ou les ventes aux enchères. Les Youngtimers, ces modèles sportifs des années 80 et 90, sont en vogue, et ça ne risque pas de s'arrêter. Si vous aviez entre 15 et 25 ans dans les années 1990, ces noms vous évoquent forcément quelque chose : Peugeot 205 GTI, Renault 21 Turbo, BMW 325i, Ford Escort RS, Alfa 75 V6, VW Golf GTI... Peut-être même avez-vous eu la chance, à l'époque, d'en conduire une, car votre père, votre oncle ou votre voisin, en était le propriétaire. Mais, plus sûrement, vous en avez rêvé, lycéen ou étudiant, en feuilletant les magazines automobiles, sans pouvoir vous les offrir. Ces voitures sportives, construites dans les années 80 et 90, portent depuis plusieurs années un nom générique, les Youngtimers, ou jeunes voitures anciennes en bon français. Et ces autos, réservées pendant longtemps au marché de l'occasion, ont désormais intégré celui des véhicules de collection. La vaguelette, lancée entre 2000 et 2005, est devenue vague, et elle a emporté sur son passage bon nombre de collectionneurs, débutants ou confirmés, des quadragénaires, le plus souvent. Aujourd'hui, des salons sont consacrés aux Youngtimers, et Rétromobile (05-09 février) mettra sur le devant de la scène quelques sportives mythiques des années 90, comme la Renault Clio Williams, la BMW M3 GT E36 ou la Chevrolet Corvette ZR-1. Ces véhicules se retrouvent même, parfois, dans des ventes aux enchères, au côté de voitures plus anciennes, et plus « prestigieuses ». Si l'engouement s'est peu à peu accru au fil des ans, il s'est construit autour d'un maître-mot : la nostalgie. Et il est clairement générationnel, touchant avant tout des hommes entre 30 et 50 ans. Mais c'est aussi le cas des voitures plus anciennes. « Ce n'est pas un phénomène actuel, mais constant, et la résultante du temps qui passe », résume ainsi Jean-Louis Blanc, le président de la Fédération française des véhicules d'époque (FFVE). Ainsi, il y a 20 ans, les nouveaux collectionneurs s'enthousiasmaient pour les stars des années 60 ou 70 (Citroën DS ou SM, VW Coccinelle, Jaguar Type E, Fiat 500...), qui étaient alors les Youngtimers de leur époque. La nostalgie donc, « celle d'une période où l'automobile était différente, plus symbole de plaisir, de rêve, explique Pascal Dro, cofondateur de Youngtimers Magazine. Dans un même quartier, personne n'avait la même voiture, la même couleur. Les voisins se comparaient entre eux, s'échangeaient aussi leur véhicule, parfois. C'est aussi le souvenir de l'insouciance des années 80, où l'on pouvait encore rouler vite pour le plaisir. Enfin, les constructeurs avaient souvent, à cette époque, un programme sportif pour lancer une voiture, ce qui n'est plus vraiment le cas aujourd'hui. En rallyes, c'était impressionnant, et la passion pour les R5 GT Turbo, les Subaru Impreza, les Lancia Delta, est née ainsi. Même la R9 et la R11, Renault a réussi à en faire des modèles sportifs. » Et, aujourd'hui, ces propriétaires apprécient de pouvoir rouler avec des voitures plus brutes, qui ne sont pas bardées d'électronique ou de multiples aides à la conduite qui finissent par gommer le plaisir au volant. Tout en profitant de véhicules capables d'être utilisés au quotidien. Car la fiabilité est une des qualités essentielles et nécessaires des Youngtimers. Son ''pilote'' ne veut pas passer son temps chez le garagiste à faire des réparations. Et si c'est le cas, il faut que des pièces détachées soient encore disponibles, et bon marché. Les autres critères qui définissent ces "jeunes anciennes" sont leur aura auprès du public durant leur première vie, d'où l'intérêt pour les sportives, et leur raréfaction sur le marché. Enfin, il y a le prix. Et c'est là où le terme de folie aussi prend tout son sens. « Quelqu'un qui a rêvé d'une 205 GTI plus jeune peut encore s'en offrir une aujourd'hui, explique Pascal Dro, mais ça ne va plus lui coûter 2000€ comme il y a cinq ans, ce sera plutôt autour des 15 000€. » Une bulle s'est (involontairement) formée au fur et à mesure que l'engouement augmentait, car si le nombre d'acheteurs potentiels s'est accru, celui de modèles disponibles non. Et certains peuvent aujourd'hui aisément dépasser les 50 000€. Pascal Dro estime que les prix ont déjà atteint un niveau assez exceptionnel, mais il n'y voit pas pour autant un signe de spéculation, et n'imagine pas cette bulle exploser dans les années qui viennent : « Un collectionneur s'achète une de ces voitures parce qu'elle représente quelque chose pour lui, pas pour gagner de l'argent. Il la veut parce qu'il est monté dedans plus jeune, ou parce qu'un voisin l'avait. C'est un choix affectif, pas financier. » Jean-Louis Blanc, président de la FFVE : « Créer des liens » Au sein de la Fédération française des véhicules d'époque, dont le but est de défendre les intérêts des collectionneurs de voitures de plus de 30 ans, donc de facto de certaines Youngtimers, on reconnaît que les relations avec cette catégorie de véhicules, pas clairement identifiée, ne sont pas encore établies. « Ce sont pour nous des collectionneurs en puissance, explique son président, Jean-Louis Blanc. Et je rêve de créer des liens avec eux. Mais pour le moment, les deux mondes s'ignorent, et je le regrette. On a envie de se rapprocher d'eux, mais sans réglementer, car ce n'est pas notre domaine de compétence. Il existe des rallyes de régularité où les Youngtimers participent, dans une catégorie spécifique. Il y a beaucoup de salons où elles sont présentes. Mais on n'a pas de relations formelles et j'aimerais bien en créer. » Les moodèles emblématiques Peugeot 205 GTI (1984-1994) Pour les Français, c'est un peu la Youngtimer classique. Déjà très prisée lors de ses années de production, la 205 GTI, surtout avec son moteur 1.9 de 130 ch, est devenue culte. Tonitruante et pratique à l'usage, sa cote peut dépasser les 30 000€. Golf GTI (1976-2019) Depuis sa création, en 1976, la Golf GTI n'a cessé de se muscler, passant des 110 ch de l'originale aux 207 ch de la septième version. Les modèles sont très nombreux, mais un des plus recherchés est la Golf GTI 16s de 1985. Renault 21 Turbo (1987-1994) Son méchant look n'a d'égal que ses performances exceptionnelles (175 ch, 227 km/h). La Renault 21 Turbo était à la fin des années 80 la berline française la plus puissante, et tutoyait les BMW M3 E30 et Mercedes 190 2.3-16. Lancia Delta HF Intégrale (1987-1994) Version soft de la bête qui a trusté les victoires et les titres en WRC, la Lancia Delta HF Integrale a fait rêver une génération de fans de rallyes, avec ses 210 ch et ses 220 km/h. Sa cote atteint facilement les 50 000€. BMW 325 iS (1989-1991) Parmi toutes les BMW Série 3 de la version E30, la 325 iS a une place de choix, avec son 6 cylindres de 170 ch, et son très bon rapport poids/puissance (7kg/ch). Seulement 342 exemplaires ont été vendus en France entre 1989 et 1992. Ford Sierra RS Cosworth (1986-1987) Fruit d'une collaboration entre Ford et le motoriste anglais Cosworth, la Sierra RS était une terreur des routes, capable de rivaliser avec une Porsche 944 Turbo. Son moteur 2 litres, 16 soupapes de 204 ch était un des plus impressionnants de son époque. Alfa 75 V6 (1987-1992) Alfa Romeo, marque sportive par essence, a aussi sorti des modèles d'exception dans les années 80. La preuve avec la 75 V6 et son moteur de 3 litres et 188 ch, avec un couple maxi de 250 nm. Porsche 924 Turbo (1978-1983) Excellentes qualités routières, châssis remarquable, la 924 Turbo offre avec ses 177 ch l'agrément d'une Porsche, sans se ruiner. On peut en trouver dès 20 000 €. Mercedes 190 E 2.3-16 (1984-1988) Première berline sportive de la marque à l'étoile, la Mercedes 190 E 2.3-16 a fait régner l'ordre sur les autoroutes allemande avec ses 185 ch. Plaisir de conduite et tempérament sont ses principales qualités.

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