Auto - WTCR - Yann Ehrlacher et Yvan Muller gagnent le WTCR en famille

L'Equipe.fr
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Le jeune Français Yann Ehrlacher (24 ans) a gagné, dimanche, la Coupe du monde 2020 des Voitures de Tourisme. Un succès qu'il partage avec son oncle et instructeur Yvan Muller... son dauphin au classement général. Dimanche sur le circuit Motorland Aragon, Yann Ehrlacher est devenu le plus jeune lauréat dans une compétition mondiale des voitures de tourisme (Championnat du monde WTCC puis Coupe du monde WTCR). À 24 ans. Tous ses prédécesseurs depuis 2005 avaient déjà dépassé la trentaine pour leur premier titre. Mais quand on naît bon, on est bon ; le temps ne fait rien à l'affaire : le gamin a gagné juste devant... son oncle, Yvan Muller, 51 ans et champion incontesté de la discipline (quatre titres mondiaux en 2008, 2010, 2011 et 2013, record du nombre de victoires également, avec une 56e hier encore). Yann Ehrlacher en a fait une affaire de famille. Il a hérité d'un excellent coup de volant du côté de sa mère -Cathy Muller, volant Elf 1981, ex-pilote de F3 et de F3000 dans les années 80- et de la combativité sur le terrain du côté de son père (mais, paraît-il, pas du coup de pied !) : Yves Ehrlacher, milieu de terrain, champion de France de football avec le RC Strasbourg en 1979, 271 matches en Ligue 1 et 49 buts marqués. Quant à son oncle, il lui a tout appris du métier de pilote depuis que ses parents lui ont, tardivement, délégué son apprentissage du sport automobile, à 16 ans. Les yeux fermés. Confiance familiale et certitudes alsaciennes.

Il arriva parfois que le tonton tousse mais le gamin a toujours filé droit, à l'écoute des remarques, certain de ne pouvoir trouver meilleur coach. Depuis deux ans, ils partagent la même écurie : Lynk & Co, une marque chinoise engagée par une équipe suédoise de haut niveau (Cyan Racing). En 2019, le petit Yann côtoyait trois ex-champions du monde dans le team : son oncle, le Suédois Thed Björk et l'Anglais Andy Priaulx. Cette année, il en est devenu le maître, en tête du classement général depuis la première des seize courses de la saison, mi-septembre à Zolder, Covid-19 oblige. À sa victoire, il ne manque que l'appellation « championnat du monde » pour la discipline. Mais concrètement, les concurrents de la Coupe du Monde FIA des Voitures de Tourisme (depuis 2017) sont restés les mêmes : tous les cadors de la catégorie. Yvan Muller « J'ai tout connu dans ma carrière et je n'ai aucun secret pour Yann. Cela lui a fait gagner beaucoup de temps dans son apprentissage. » Et si Yann Ehrlacher n'a pas mis longtemps à en faire partie, c'est grâce aux raccourcis que lui a fait emprunter son oncle Yvan. « J'ai connu tous les cas de figure possibles durant ma carrière, explique-t-il ; en partageant absolument tout avec Yann pour qui je n'ai aucun secret, cela lui a fait gagner beaucoup de temps. » Depuis 2001 et le très relevé championnat britannique (BTCC), Muller n'a manqué que deux fois le podium final de ses participations en voitures de tourisme : de deux points en 2006 et en 2017... lorsqu'il prit une année sabbatique. « Vous rendez-vous compte de l'engagement et des efforts que cela réclame chaque saison depuis vingt ans ? » questionne, admiratif, le neveu qui dans la semaine précédant les trois courses décisives de la saison avouait des noeuds à l'estomac en pleine nuit, « de peur de rater l'occasion et de décevoir tellement de gens. » Mais quand après la première course, dimanche matin à 9 heures, il a d'un coup perdu la moitié de son avance au championnat (15 points sur 31) face à la Honda du vice-champion 2019, Esteban Guerrieri, auteur d'un choix de pneus judicieux dans la froideur matinale, Yann Ehrlacher n'a pas craqué. « J'ai quand même un peu gambergé, reconnaissait-il, d'autant plus que le temps était long avant la course suivante. Mais on a fait une bonne deuxième manche dans des conditions normales. » Sixième, une place largement suffisante puisque lors du premier tour, Guerrieri, auteur d'une piètre qualification, perdait toute chance en fond de peloton dans un accrochage responsable contre l'anonyme Cupra du Hongrois Bence Boldizs. Cette course 2, Yvan Muller l'a d'ailleurs gagnée haut la main depuis la pole position, sa première victoire de la saison. « J'étais pourtant prêt à y renoncer s'il avait fallu rendre une place à Yann pour l'aider. » Ce ne fut pas utile : l'oncle emportait la course qui sacrait son neveu et les deux faisant la paire, ils offraient le titre 2020 par équipes à leur écurie Cyan Racing-Lynk & co. Belle histoire ! Plus belle encore à l'issue de la troisième et dernière course du jour... Parti depuis la dixième position sur la grille de départ, Yvan Muller remontait jusqu'à la quatrième place pour arracher d'un seul point la deuxième place au championnat à Jean-Karl Vernay (Alfa Romeo), deux fois sur le podium ce week-end, et premier des indépendants. Victoires, titres pilotes et par équipes, et doublé au championnat pour Yann Ehrlacher et Yvan Muller... jamais un neveu et son oncle n'ont atteint un tel niveau en compétition internationale FIA dans l'histoire du Sport automobile. Ce qui n'était jamais arrivé non plus, c'est la présence de trois Français sur le podium final d'une saison internationale de Voitures de Tourisme.