Aventure - Aventure : Denis Grosmaire, l'ami des requins

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Apnéiste reconnu, chasseur sous-marin, surfeur, Denis Grosmaire est un aventurier polynésien comme il en existe peu. Nous avons été le rencontrer chez lui, sur l'île sauvage de Tikehau. Dans cette première partie, il nous parle de sa passion pour les requins. « L'océan me berce depuis toujours, et il a uni ma famille à travers la pêche et le surf. J'aime me retrouver seul dans cet environnement, ressentir la puissance de l'océan. J'aime aussi beaucoup être sous l'eau. Car j'aime les poissons, les couleurs, la quiétude... La chasse sous-marine a aussi toujours fait partie de ma vie, j'ai d'ailleurs un fusil dans la main depuis que je suis gamin. L'océan est un endroit parfois effrayant, notamment quand la nuit tombe. Tu peux avoir peur d'une attaque avec des requins, de te faire emporter par le courant... Il ne faut pas prendre l'océan à la légère, c'est un élément hyper puissant. Nous, humains, nous ne sommes vraiment qu'un grain de sable dans cet océan. S'il ne m'est jamais rien arrivé, c'est un peu par chance, mais aussi grâce à mon expérience. Des fois, tu traverses le récif alors que tout est calme. Deux heures plus tard, c'est démonté, avec des vagues de quatre mètres. Comme il faut bien que tu rentres à la maison, tu te dois de savoir gérer les séries (de vagues), tu sais les compter, tu sais qu'il faut rentrer dans une petite faille. Avec mes frères, on s'en est toujours bien sortis comme ça. Pour moi, l'océan est comme une force qui m'inspire de manière naturelle et intuitive. Le lien est tellement fort que, quand je suis dans l'eau, je déconnecte complètement. J'ai appris l'océan, je connais quasiment tout de l'océan, je sais tout ce qu'il faut manger, tout ce qu'il ne faut pas manger, toutes les pêches, etc. J'ai appris à plonger avec les requins, Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, quand je plonge avec les gros requins, comme les tigres, c'est un moment de déconnexion totale, j'oublie tout. Avec le requin, je me sens comme en communion, comme s'il ne pouvait rien m'arriver, et j'ai l'impression que l'animal ressent ça aussi. Enfin, j'ai quand même bien conscience que c'est la nature qui domine l'homme, que les requins nous dominent... Mais je sais que, quand je suis avec eux, il y a du partage, un sentiment de respect déjà de ma part, d'humilité. La première chose avec les requins, c'est déjà de les respecter. Je pense qu'ils ressentent quand quelqu'un est là pour leur vouloir du mal, ou au contraire simplement passer un bon moment.


En 2005, j'ai créé une association pour leur protection (Tore Tore). Le but était de constituer une communauté autour du requin, mais surtout d'accompagner le gouvernement polynésien à mettre en place sa première réglementation sur la protection de ces espèces dans notre archipel parce qu'on s'est rendu compte qu'en Polynésie on exportait entre 5 à 7 tonnes d'ailerons de requin par an en Chine. Il était alors indispensable de travailler avec le gouvernement pour stopper ça. On connaissait le rôle du requin dans l'écosystème, dans la culture polynésienne, son importance à la fois touristique et économique, on s'est donc dit qu'il fallait arrêter le massacre et devenir un pays exemplaire. Dans la culture polynésienne, le requin a une place importante, c'est un animal protecteur. Dans notre mythologie, le Dieu créateur Taaroa avait des disciples qui étaient des requins, et tout le monde ne leur voulait que du bien. Et pourquoi ? Parce qu'ils avaient ce rôle de protection des familles, de guides dans les océans. Ce n'est pas du tout comme aujourd'hui, où le requin un animal dont les gens ont peur. Dans l'écosystème, le requin est important parce que c'est un super prédateur. Lors des conférences que j'animais, j'aimais bien dire « plus de requins, plus de sashimi ». Etant donné qu'il est au sommet de la chaîne alimentaire, il va la réguler. De même qu'il est lié à la protection du corail et l'oxygène. Il équilibre tout l'écosystème. Il y a environ 500 espèces de requins différentes dans le monde, et il y en a 180 qui sont dans une situation de non-retour... Quand il y a une attaque, il faut se poser les bonnes questions. L'océan, ce n'est pas notre environnement, le requin peut donc attaquer pour des raisons de territorialité. Il est comme un chien qui n'a pas de mains, il va prendre sa bouche pour attraper un objet et voir ce que c'est. Si l'homme n'est pas dans son menu, le requin peut partir avec un bout. Lors de la mise à l'eau, il y a des précautions à prendre, des gestes et des comportements à avoir. Les accidents comme ça, ce n'est pas à l'avantage de l'image du requin et il y a beaucoup de personnes qui vont dire que les requins sont dangereux, mais en fait c'est la personne qui n'a pas eu le bon comportement. » Denis Grosmaire Denis Grosmaire (40 ans) a toujours vécu au bord de l'eau, d'une île à une autre, en Polynésie, bien souvent sans électricité, TV et eau potable. Avec ses deux frères, Jody et Tikanui, il a passé sa vie à pêcher, surfer et plonger. Il vit désormais à Tikehau, une minuscule île sauvage perdue au milieu du Pacifique. Un paradis qu'il ne quitterait pour rien au monde.

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