Aventure - Ils ont dormi sous la mer, Under the Pole raconte

L'Equipe.fr
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Diffusé lors du Festival international de film d'aventures de La Rochelle, le film « On a dormi sous la mer » raconte l'aventure d'Under the Pole et son programme d'exploration sous-marine. Entre nuits agitées et chant des baleines et sorties en plongée, Ghislain Bardout raconte ses sensations à l'intérieur de cette capsule installée à 20 m de sous l'eau en Polynésie.

Depuis 2010, Ghislain et Emmanuelle Bardout parcourent les océans grâce aux expéditions Under the Pole, un programme d'exploration sous-marine mêlant sciences, documentaires, éducation et innovation. Leur film « On a dormi sous la mer » (réalisé par Vincent Pérazio), diffusé samedi 14 novembre lors du Festival international de film d'aventures de La Rochelle (gratuitement et en ligne, suivi d'un échange), revient sur leur dernière aventure : la création d'une capsule spéciale pour dormir sous l'eau et aller plonger à leur guise pour étudier les fonds marins. Un rêve d'enfant et une prouesse technologique.

Pendant deux mois, 15 plongeurs ont multiplié les séjours sous l'eau, de 24 à 72 heures par 20 mètres de fond, à Moorea, en Polynésie française. Parmi eux, Ghislain Bardout, co-créateur d'Under the Pole.

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La première fois dans la capsule
« La toute première fois qu'on est rentrés dedans, on a éprouvé ces premières sensations d'être dans une bulle. C'est complètement fou à vivre. Une découverte sensorielle à tous points de vue, difficiles à décrire, on ne peut pas les imaginer avant. Ce sont des sensations complètement nouvelles, avec l'excitation et la joie d'aboutir au projet car ça a été un long cheminement. »

« Ensuite, vient la première expérience de vie durable à l'intérieur, quand les équipes de soutien, les plongeurs, remontent à la surface, on se retrouve à deux ou à trois, dans la capsule, au calme, très apaisés. Avec la houle, on peut sentir un léger balancier. Là, c'est une sensation unique car on découvre un milieu qui n'est pas fait pour nous, l'océan, et on l'observe de l'intérieur, dans la sérénité. C'est un rêve de gamin. »

Les bruits
« Niveau sonore, il y a plusieurs bruits de fond, notamment lié au ventilateur de la capsule, qu'on coupe parfois pour se concentrer sur les bruits extérieurs. Et puis il y a les crépitements de la vie du récif : le bruit des poissons, des crustacés, incessants, jour et nuit. On entend aussi les bateaux et les plongeurs qui passent et nos propres bruits. Par exemple, nos voix sont très aiguës, constamment, c'est lié à l'hélium et à la pression.

Le plus captivant, c'est la nuit, on est sur une autre planète. Le bruit le plus fascinant, c'est certainement les baleines ! On les entend se rapprocher et s'éloigner. Parfois, on savait qu'elle était à quelques mètres de nous, on ne la voyait pas mais on l'entendait. Le chant de la baleine, c'est extraordinaire. »

La première nuit
« C'est la nuit qui suscite le plus d'anxiété, chez tout le monde. C'est la peur du noir qui revient, la peur des monstres marins, l'imaginaire qui se mêle à tout ça. Même si on sait bien qu'il n'y a pas de monstres dans la mer, on n'a pas envie de se retrouver dans le noir, avec des animaux, des prédateurs, qui nous tournent autour et qu'on ne voit pas. Finalement, ce qui se passe, c'est presque la même chose qu'en journée. Les animaux la voient, l'entendent. Mais ça touche à une angoisse certainement un peu similaire à marcher en forêt la nuit. On a tous éprouvé un peu ça, on en rigole après. Ce n'est pas des nuits de tout repos, on dort par alternance. Moi j'ai eu mal au dos par exemple, peut-être lié à un manque d'activité physique. »

Les sorties en plongée
« Techniquement, c'était pas si différent que quand on plongeait depuis la surface. La grosse différence, c'est qu'on observe en continu l'environnement, du lever au coucher du soleil. Tant qu'il y a de la lumière sur le récif, on l'observe. On choisit de plonger selon nos observations : parce qu'on a vu qu'il y a une chasse de dorades, car on a envie d'aller voir tel comportement... On est réactif, en quelques minutes, on peut être dans l'eau juste à côté des poissons. C'est génial. »

« On a observé plein de scènes de vie, comme la reproduction ou de prédation, avec un regard différent. Il y a par exemple des espèces qu'on voit venir en matinée, avec un rituel qui se répète toutes les heures, selon le même parcours. On a eu l'impression qu'en trois jours de vie sous la mer, davantage en apprendre sur le récif et le comportement des poissons qu'en notre vie de plongeur. »

Le retour à la surface
« On ressort très fatigué, car la toute première fois, on a eu cinq heures de décompression dans l'eau après 24 heures dans la capsule. Mais au-delà de ça, c'est la grande joie d'avoir vécu un rêve : on a vécu sous la mer. Et la joie de retrouver les autres, l'équipe, pouvoir rigoler ensemble, partager ce bonheur et échanger sur ce qu'on a vécu : d'un côté sous l'eau et de l'autre en surface. »