Aventure - Guirec Soudée, après sa traversée de l'Atlantique à la rame : « J'ai vraiment cru qu'on allait faire mon enterrement sans moi »

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Le navigateur Guirec Soudée a bouclé ce jeudi, après 107 jours et plus de 5 000 km, sa traversée de l'Atlantique Nord à la rame, sans assistance et moyen de communication. Il nous raconte son expédition où il a frôlé la mort.

5 000 km, uniquement à la force des bras. C'est le pari qu'a réussi Guirec Soudée, navigateur, qui a rallié à la rame les côtes de Brest depuis Chatham, aux États-Unis. À cause de vents capricieux et d'accidents cauchemardesques, le Breton a mis 107 jours pour boucler sa traversée.

« Vous venez de parcourir plus de 5 000 km à rame, comment vous sentez-vous ?
Je me sens soulagé. Je suis vraiment heureux d'être arrivé en Bretagne parce que ce n'était pas gagné. J'ai tellement donné, j'arrivais au bout de mes forces. J'ai perdu 14 kg, enchaîné du mauvais temps, du vent contraire... J'ai pas encore assez de recul parce que je suis passé par beaucoup de péripéties mais j'ai fini par atteindre mon objectif. C'est le bonheur.

Comment cette idée de traverser l'Atlantique a germé ?
J'ai fait une première traversée cette année, des Canaries jusqu'aux Caraïbes. J'avais qu'un seul bouquin à bord, celui de Gérard d'Aboville, le premier à avoir traversé l'Atlantique à la rame en solitaire. J'ai lu son livre et je me suis dit qu'il fallait absolument que je le fasse.

Dès le départ, vous êtes confronté à des vents très violents...
J'ai galéré parce que j'ai eu des courants contraires en partant des États-Unis. J'ai bataillé 20 heures par jour pendant deux semaines. J'ai réussi à m'en extirper et j'ai enfin pris ce fameux courant, le Gulf Stream (un courant chaud très emprunté par les navigateurs) et j'ai pu profiter. Mais 3 ou 4 jours après, une tempête tropicale m'est passée dessus.

C'est à ce moment que votre bateau se renverse au beau milieu de l'océan. Comment ça s'est passé ?
J'avais toujours un petit hublot ouvert pour alimenter le bateau en oxygène. À un moment, je n'avais plus d'air et je n'ai pas eu d'autres choix que d'ouvrir la porte principale. L'eau s'est engouffrée de partout, j'ai été projeté au fond de mon bateau. J'ai réussi à sortir et je me suis mis sur mon bateau, retourné. Je voyais toutes mes affaires partir et là je me suis dit : "Comment je vais faire ?". J'ai vu une ancre flottante en train de couler et j'ai plongé pour la récupérer. Je suis remonté sur mon bateau et avec le poids de mon corps, de l'ancre flottante et une grosse déferlante, j'ai réussi à le redresser.

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À quoi pensez-vous à ce moment-là ?
Là, je suis dans la merde (rires). Je commençais à vider l'eau au seau quand je me suis rendu compte que mes compartiments étanches n'étaient pas si étanches. Je n'avais plus de moyen de communication avec la terre. Ce que je voulais surtout c'était prévenir mes proches, ne pas les laisser sans nouvelles pendant des semaines. J'ai vraiment cru qu'on allait faire mon enterrement sans moi. Finalement j'ai une VHS portable qui fonctionnait et le lendemain, 30h après, j'ai pu les contacter grâce à un cargo. J'ai eu de la chance, parfois je n'en croisais pas pendant trois semaines.

Comment avez-vous tenu, seul, au milieu de l'océan sans moyen de communication ?
J'étais émerveillé pour rien. J'ai croisé des orques, des requins blancs m'ont suivi, des dorades aussi pendant des semaines, des baleines... C'était aussi génial de pouvoir déconnecter, avoir du temps pour soi. J'en ai profité pour réfléchir à plein de choses.

Qu'est-ce qui a été le plus dur, l'effort physique ou la solitude ?
Les vents contraires. Pas savoir quand ça allait s'arrêter, faire marche arrière alors que ça fait des mois, des semaines que tu es en mer. Fin août, je n'étais plus très loin et je m'imaginais rentrer d'ici 6 jours. Finalement, j'ai eu des vents contraires et je suis parti plein nord, direction l'Islande. J'ai mis 24 jours à revenir sur mon point initial, à tourner en rond. À un moment tu as juste envie d'arriver.

Que retenez-vous de ce voyage ?
Qu'il faut s'accrocher dans la vie. Je n'ai rien lâché, j'ai vécu une aventure hyper compliquée mais aussi hyper forte et le fait d'arriver en Bretagne, c'est le plus beau cadeau qu'on pouvait me faire. Il faut s'accrocher, donner tout ce que tu as et ça finit toujours par payer.

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Vous avez d'autres projets pour la suite ?
Je vais me reposer quelques jours, manger du frais, prendre une douche, dormir dans un vrai lit. Et retrouver mes proches, ça va être top (rires). Ensuite, je viens de faire l'acquisition d'un bateau Vendée Globe. L'idée, c'est de faire le prochain, en 2024, de faire la route du rhum l'an prochain. J'ai une histoire d'amour avec l'océan et je pense que l'océan est amoureux de moi parce qu'à chaque fois que j'y vais il ne veut pas me laisser repartir (rires). Ce sera un peu plus rapide et le fait de pouvoir traverser des océans à des super vitesses, ça va me changer. C'est un peu passer d'un tricycle à une Ferrari. »

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