Aventure - Parapente : sa traversée de l'Himalaya en six moments forts

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Blutch, le film retraçant la première traversée intégrale de l'Himalaya en parapente, en quatre mois, par Jean-Yves Fredriksen, fait partie de la programmation du festival Montagne en scène. L'occasion pour l'aventurier de revenir sur certains moments clés de cette expédition en vol bivouac. À la fin du mois de décembre 2016, quelques jours avant Noël, Jean-Yves Fredriksen, guide de montagne à Abondance (Haute-Savoie), est rentré chez lui après quatre mois de traversée de l'Himalaya en parapente. En vol bivouac. Uniquement accompagné de son violon et de sa voile, il a filmé son périple à travers le Tadjikistan, le Pakistan, le Népal, l'Himachal Pradesh, le Sikkim et l'Arunachal Pradesh (trois états indiens) et en a fait un film, monté par Nicolas Alliot et intitulé Blutch. À l'occasion de la présentation de son film au festival Montagne en scène, Jean-Yves Fredriksen est revenu sur les moments forts de sa traversée. « C'est celui qui m'a été offert lors de mon vol le long du Nanga Parbat (au Pakistan). J'ai pu le longer à quelques mètres de distance pendant presque deux heures en me promenant tranquillement à 6 500 m d'altitude. C'était vraiment incroyable, le versant Rupal du Nanga Parbat est la plus grande face de la planète avec plus de 4 000 m de long. C'est une face glaciaire, avec des séracs, des crevasses, des pentes gigantesques. J'en ai pris plein les mirettes ! En termes de paysages de montagne, je crois que c'est le plus démentiel que j'ai vu de ma vie. » « Un des bivouacs les plus incroyables, c'est une scène qu'on voit dans le film. C'est quand je suis super content d'avoir dévié de mon plan, en plein vol. Un vent assez fort me poussait vers la vallée pour entrer dans le Dolpo, au Népal, j'ai décidé de me laisser partir. Je croise la moitié du Dolpo et je me pose en hauteur, sur une crête magnifique. J'assiste à un coucher de soleil incroyable à 3 800 m d'altitude. Je suis vraiment heureux, parce que ce n'était pas du tout prévu, et je me retrouve dans une région du monde que j'ai toujours rêvé de découvrir, je suis en transe. J'ai passé plus de 6 mois sur Google Earth à zoomer sur les vallées, à essayer d'anticiper la puissance des brises pour déterminer le meilleur parcours possible. Mais j'ai quand même improvisé à ce moment-là et cela s'est super bien passé. Un chouette bivouac ! » « En 2014, j'avais organisé un voyage au Népal avec ma chérie, mes filles, mes parents et ma belle-mère. Tout à fait par hasard, on a fait un détour par une vallée qui n'est pas très touristique. On a trouvé un alpage magnifique, perché à 3 200 mètres et qui s'appelle Naghtali. On est tombé amoureux de l'endroit et on y est resté 4 jours. Le 25 avril 2015, la région est parmi les plus touchées par le tremblement de terre. Dès qu'on a pu reprendre contact avec eux et avoir des nouvelles, on a réfléchi à la meilleure façon de les aider. On a récolté 32 000 euros et on est retourné sur place. On a reconstruit une école, le mobilier, remis en état et amélioré le réseau d'eau potable. En 2016, lors de ma traversée du Népal, j'ai une baisse de moral suite à une chute. J'avais besoin de recharger mes batteries en me faisant chouchouter par mes amis Passang et Nima. On était très heureux de se retrouver. Ils m'ont offert du raksi (l'alcool népalais traditionnel, ndlr). Et de la naissent d'incroyables conversations, on a passé une très bonne soirée entre amis. Ce sont des gens qui n'ont rien mais qui sont toujours en train de rire, c'est une très belle vision de la vie, moi ça me met la banane rien que de penser à eux. » « J'ai vraiment frôlé la catastrophe au moment de mon arrestation au Tadjikistan. Je suis au début de mon périple, je veux me poser pas trop loin d'un berger, qui, quand il me voit lâche ses chiens. Je me pose finalement plus loin mais il me rejoint et me tire dans les pieds avec sa carabine. Ensuite, il me livre aux militaires, mais ces derniers abattent son chien. Je me retrouve au milieu de ça, tout le monde est à cran. Les militaires ont l'habitude de traiter avec les terroristes afghans donc il n'y a pas de sommation. Ensuite, les militaires me prennent en charge, ils menacent de m'arracher la main à coups de kalachnikov, ils voulaient me mutiler. Je les ai suppliés et empêché d'attraper ma main. Donc j'ai pris des coups de crosse et de rangers, et finalement, ce fut un passage à tabac plutôt cool par rapport à ce qui était prévu ! J'ai été interrogé par les services secrets pendant 4 jours. À la fin, ils m'ont proposé soit de m'extrader soit de payer une amende. Ce que j'ai fait, ils m'ont ensuite raccompagné à Douchanbé, la capitale, et j'ai pris un avion pour quitter le pays. Mais cela aurait pu très mal tourner. » « Définitivement, c'est ma rencontre avec quatre gamins livrés à eux-mêmes dans la jungle népalaise. Il fallait que je me pose, mais il n'y avait que des arbres assez haut en dessous de moi. J'ai donc visé l'endroit ''le moins pire'', c'est-à-dire une zone de bananiers. Les enfants sont venus à ma rencontre et m'ont invité chez eux. Leur maman était gravement malade et leur père absent, le plus grand s'occupait de ses frères et soeurs. On a d'abord eu du mal à communiquer, moi je disais trois mots de népali et eux trois mots d'anglais. Mais quand j'ai sorti mon violon, les gamins ont pris plaisir à en jouer, on a passé une super soirée grâce à cela. Cette rencontre m'a tellement bouleversée que j'y suis récemment retourné avec le réalisateur du film, Nicolas Alliot. Ils ont été placés en famille d'accueil mais n'ont pas d'argent pour la payer ! Les gamins bossent pour payer leur droit d'être nourris et logés ! On s'est servi de mes traces GPS lors de la traversée pour localiser la maison. Ça a été laborieux de la retrouver mais on a réussi, c'était incroyable. » (Un nouveau film est actuellement en préparation sur ce retour dans la jungle népalaise.) « La région où le parapente se développe et devient à la mode c'est Bir Billing à côté de Dharamsala, en Inde, il y a quelques sommets de 4 000 mètres, les conditions sont clémentes. Une autre région agréable est celle de Pokhara mais ils sont actuellement en train d'y construire un deuxième aéroport international. Donc dans deux ans, c'est terminé, et les locaux cherchent un autre spot pour le parapente. En dehors de ces deux endroits, il faut se faire discret en parapente bivouac, quel que soit le pays. De façon générale, ça va devenir de plus en plus compliqué de faire du vol bivouac en Himalaya. Même si, à part au Tadjikistan, je ne pense pas qu'ils envoient l'aviation s'ils voient un parapente, il faut être très prudent. » Montagne en scène : la programmation du festival

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