Aventure - On a participé au Marathon des sables : 240 km de course dans la fournaise du Sahara

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Samedi, sept jours après le départ, le premier des 700 participants au Marathon des sables a franchi la ligne d'arrivée, au Maroc. Notre journaliste est l'un d'entre eux et il raconte cette expérience extrême. Le soleil culmine à son zénith. Devant, au loin, nous discernons déjà les contours blancs encore flous de l'arche du bivouac. Cette ligne d'arrivée est un mirage : si nous ressentons déjà l'urgence de finir, il nous faut encore marcher pendant 5 kilomètres pour la rejoindre. Après 4h20 de course, complètement abrutis par une chaleur qui nous semble alors déraisonnable, nous ne pouvons plus courir et n'avons qu'une idée, obsédante, en tête : il fait chaud, trop chaud. Et ce n'est que le début. Une heure plus tard, avachis à même le sol sous la tente berbère, l'euphorie ressentie le matin même semble bien loin. Nous cherchons à garder le sourire mais tous le confirment : ce n'est pas le climat habituel du MDS. Alors que nous installons laborieusement nos quelques affaires et les 5 kg de nourriture transportées pendant plus de 32 km, sacerdoce de la course en autonomie, les premières rumeurs parviennent jusqu'à notre tente. Après cette première journée, il y aurait déjà beaucoup d'abandons, plus que sur l'ensemble d'une édition « normale ». Il faut dire que la course, bien que loin d'une promenade de santé, affiche un pourcentage de réussite moyen insolent de 95 %. À l'issue de cette édition 2021, seuls 50 % des coureurs sont parvenus à boucler les 6 étapes. Il n'y a pas de place pour les certitudes mathématiques dans le désert. Et au crépuscule de la première étape, alors que le soleil se couche sans emmener avec lui les températures élevées de cette journée de course, nous savons déjà que nous venons d'embarquer dans quelque chose de différent : le 35e MDS restera dans l'histoire. lire aussi Mérile Robert, 3e du Marathon des sables : « Sans s'organiser en équipe, il est impossible de battre les Marocains » 58,8 degrés Le lendemain matin, il est bien difficile d'afficher un quelconque enthousiasme. Nous venons de l'apprendre : la veille, les températures ressenties sont montées à 58,8 degrés ! Certains dans notre tente envisagent déjà de jeter l'éponge. D'ailleurs, le lendemain, beaucoup d'entre nous ne se rendront pas sur le départ de l'étape 3. Il faut dire que la nuit fut mauvaise, le vent qui traverse de part en part notre tente berbère a emmené avec lui tout le sable du désert et nous sommes littéralement recouverts, jusque dans les plis des yeux et l'intérieur des narines. Pendant que nous dégustons sans appétit notre muesli lyophilisé - le poulet curry lyophilisé de la veille n'est pas encore bien digéré - nous faisons le planning de la journée. 32 km dont la première grosse difficulté du MDS 2021 : l'impitoyable traversée de 13 km des dunes de Merzouga. Merzouga. Nous le voyons au loin cet immense massif de sable fin, vision aussi envoûtante qu'effrayante. Une poignée d'heures plus tard, chargés de plus de 3 litres d'eau, nous posons les premiers pas sur le sable brûlant et nous voilà plongés en plein désert. À l'instar de la veille, la chaleur fait des dégâts. Et si l'environnement merveilleux qui nous entoure, ces montagnes de sable à perte de vue, nous rappelle régulièrement ce que nous faisons dans cette fournaise, l'attention permanente à apporter à la gestion de la course - adapter son rythme, chaque minute, pour ne pas trop monter en température, se forcer à s'alimenter et boire, surtout toujours boire - fait de la contemplation un luxe secondaire. Cette deuxième étape s'est terminée comme la première et comme les trois suivantes, assommé par la chaleur, mais sain et sauf au bivouac. Les nouvelles dans la longue allée de tentes noires ne sont pourtant pas aussi bonnes pour tous les coureurs. Il y a eu des dégâts dans le peloton, beaucoup d'abandons et, bien plus grave, de nombreux malaises dont l'un s'est soldé par le décès d'un des coureurs. Les secours ont beau s'être rendus sur place en quelques minutes, le concurrent n'a pu être réanimé. Le Marathon des sables est en deuil. lire aussi Marathon des sables : les pieds de Loury n'ont pas tenu L'euphorie a disparu sur le bivouac L'euphorie a disparu sur le bivouac, mais l'aventure a continué. Avec deux maîtres-mots, prudence et camaraderie. Face à ces conditions difficiles, les coureurs se sont serré les coudes. Le partage d'expérience, central dans l'aventure MDS, a permis à ceux qui ont eu la capacité de gérer les aléas de la course et la chance de ne pas tomber malades au mauvais moment (une forme de gastro-entérite a circulé dans le bivouac), de parvenir au bout de leur défi. Ces coureurs ont vécu une semaine difficile. Mais ils n'ont pas retenu que la fournaise et les 7 jours sans se laver à ne se nourrir que de plats déshydratés noyés dans plus de 20 litres d'eau quotidiens : le Marathon des sables est avant tout une aventure humaine. Une expérience en communauté, rare pour une course d'ultra-endurance. Des amitiés sincères naissent dans l'adversité, durant ces longues heures dans le désert. Le dernier court épilogue de 8 kilomètres du dernier jour que chacun complète avec ses compagnons de tente a des allures de réunion d'anciens combattants. Et c'est bien cela qui explique l'engouement pour la plus célèbre des courses à pied dans le désert. Ce qui explique pourquoi certains reviennent 3, 4, 15 fois se frotter au Sahara marocain : le Marathon des sables n'est pas qu'une course dans le désert. C'est une histoire de femmes et d'hommes qui cherchent, ensemble, à venir au bout de l'aventure de leur vie.
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