Aventure - Soul Flyers - Fred Fugen (Soul Flyers) : « Quand je pense à Vince (Reffet), ça me donne envie de continuer »

L'Equipe.fr
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Fred Fugen a perdu son frère de vol, Vince Reffet, de l'équipe légendaire des Soul Flyers, fin novembre. Le parachutiste et spécialise de la wingsuit nous explique qu'il a décidé d'aller au bout des projets commencés ensemble, pour lui rendre hommage.

« Comment abordez-vous cette nouvelle année ?
J'ai pas mal de motivation, pour avancer. J'ai envie d'aller au bout des projets qu'on avait en cours (avec Vince, décédé fin novembre 2020 dans un accident à l'entraînement). Pour lui, pour nous, pour moi. Ce ne sont pas forcément de gros projets, mais il y en a un paquet. On avait des tournages prévus notamment en Egypte, Liban, Inde, ou en haute montagne. Mais cela dépendra si on peut voyager, ou pas.

C'est Vince Reffet qui vous pousse d'une certaine manière ?
Vince avait toujours énormément d'énergie pour faire des choses, et j'ai l'impression que je ressens beaucoup cette énergie. Quand je pense à lui, ça me donne envie d'aller de l'avant, de continuer pour mener à bien tous ces projets-là. C'est l'image que je veux que les gens gardent de lui : l'envie de faire plein de choses. C'est ce qui me pousse, et de garder l'esprit Soul Flyers (l'équipe a été créée en 2003, avec pour but de réaliser des choses techniques en mixant les disciplines, dans des beaux endroits). Je pense que c'est ce qu'il aurait voulu. C'est peut-être ce qu'il aurait fait à ma place, je ne sais pas. C'est dur à envisager, mais c'est comme ça que je le ressens maintenant.

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Le premier projet, c'est la face de Bellevarde à Val-d'Isère, avec Vincent Cotte.
C'était une idée qu'on a eu il y a deux ans avec Vince, un vol technique dans un environnement pas évident. C'était le premier projet sans lui, donc forcément beaucoup d'émotions... Mais ça m'a fait du bien d'être en l'air.

Vous aviez besoin de ça, vous remettre rapidement dans ces projets ?
Besoin... Oui, c'est bien de rester occupé. Des gens m'ont dit ''fais un break pendant six mois ou un an''. Mais je vais faire quoi pendant six mois ? Si c'est pour attendre et cogiter, ça ne sert à rien. Avec Vince, on avait l'habitude de continuer même quand on était blessés. Personne ne m'a mis la pression, mais j'ai envie de le faire.

Vous allez convier de nouveaux membres au team des Soul Flyers ?
Les Soul Flyers, c'est un état d'esprit, qui a été créé par les premiers membres (en 2003, par Loïc Jean-Albert, Valéry Montant, Claud Remide et Stéphane Zunino), ils nous avaient vraiment inspirés. Antoine Montand s'était rajouté à un moment. Et puis Vince et moi. Le binôme qu'on avait avec Vince était particulier, unique. C'était au-delà des Soul Flyers, c'était notre couple à nous. Le but n'est pas de retrouver une personne pour faire un binôme. C'est juste de continuer à pouvoir utiliser ce qu'on a créé pour partager des bons moments en l'air, faire des choses nouvelles et belles à des endroits différents. Après, qu'on soit 2, 3, 4 ou 5... ça dépendra des opportunités et de la motivation des gens. Pour l'instant, c'est encore un peu tôt, mais j'en ai déjà parlé avec des potes pour m'accompagner sur certains tournages.

Est-ce que vous vous voyez faire des projets seul ?
On n'est jamais seul, il y a toujours un cameraman en vol, une équipe de tournage... Mais pour le vol, le faire seul, ça ne me branche pas trop, c'est plus cool de partager. La plupart des projets en wingsuit, je vais pouvoir les faire avec d'autres personnes, même si ce ne sera jamais pareil. Mais il y en a un en particulier où ça va être compliqué de trouver quelqu'un, car il y a beaucoup d'entraînement, une préparation hyper spécifique.

Est-ce qu'il y a des projets tournés avec Vince que vous n'avez pas encore sorti ?
Oui, forcément. On avait prévu de faire un film pour nos 20 ans (cet été, ils ont fêté leurs 20 ans de vol ensemble), avec plein d'images d'archives. J'espère qu'on pourra faire quelque chose cette année, ce serait une belle manière de lui rendre hommage. Il y a aussi un projet avec Jetman qui a été tourné en décembre 2019, qui n'est pas encore sorti, avec des images de fou.

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Concernant le projet Jetman, quelle est la suite ?
Je vais retourner à Dubaï au mois de mars, pour rencontrer les ingénieurs, car c'est avec eux qu'on travaille au quotidien, et voir de quelle manière on peut continuer le projet, ou pas. Déjà, le simple fait de se retrouver à Dubaï ensemble, ça va déjà être quelque chose (Vince Reffet s'entraînait pour Jetman lors de son accident). Dans le hangar, reprendre à bosser sur le matériel... C'est déjà une grosse étape. On s'est donné l'année pour voir. Peut-être que ça va bien se passer, peut-être qu'on ne va pas le sentir... Après, envisager de retourner voler, c'est encore... compliqué, mentalement.

Vous ne savez pas si vous avez envie de revoler avec Jetman (une aile motorisée, avec 4 réacteurs) ?
Je pense que j'ai envie. (Il réfléchit). J'ai envie car je me dis que c'est dommage que ça s'arrête là. Sans parler d'atterrissage ou de décollage (lors de son accident, Vince Reffet s'entraînait pour atterrir sans parachute, il avait déjà réalisé un décollage depuis le sol, une première), il y a encore beaucoup de choses à faire. Et d'un autre côté, je ne sais pas comment je vais réagir à l'approche du truc. Peut-être que ça va être too much, mais ça, on ne le saura pas si on n'y est pas. Il faut y aller.

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En décembre, vous nous disiez que vous ne saviez pas si cet accident allait vous freiner dans votre pratique. Qu'en pensez-vous maintenant ?
Je ne pense pas que ça va me freiner. Après, au niveau de la sécurité, on avait l'habitude de réfléchir à deux. On se connaissait tellement qu'on était capable d'imaginer ce que l'autre allait dire ou penser à ce moment-là. Du coup, j'ai l'impression de pouvoir avoir cette vision d'ensemble qu'on avait tous les deux, même sans lui. (Il marque une pause). Jetman, c'est vraiment particulier. Pour le reste, le parachutisme et la wingsuit, je vais continuer à faire ce qu'on avait toujours fait : être méticuleux, faire attention au maximum, préparer les projets le mieux possible.

Ce serait quoi le plus beau saut hommage à Vince que vous aimeriez faire ?
Ce qui me vient à l'esprit tout de suite, ce sont les gros projets qu'on devait faire cette année, dont je ne peux pas parler (il a pour habitude de garder secret jusqu'à la publication des vidéos). Ce sont des choses qu'on avait imaginées ensemble depuis longtemps, donc ce sera vraiment une manière de lui rendre hommage. Au-delà de ça, donner un saut, c'est difficile. On avait l'habitude de faire tellement de disciplines différentes. Faire un seul saut, c'est pas très représentatif de ce qu'on était, ou de ce que Vince pouvait faire. Des hommages, il va y en avoir beaucoup. »