Aventure : il a traversé l'Afrique à vélo

Aventurier dans l'âme, Quentin Clavel a traversé l'Afrique à vélo. Parti en décembre 2021 en bikepacking, l'Isérois a parcouru 11 000 kilomètres en six mois. Il raconte sa première grande aventure.

Un rêve éveillé
« Je suis passionné par les activités outdoor donc je me suis logiquement tourné vers l'aventure : je trouve du plaisir et m'épanouis sans avoir un dossard sur le t-shirt. Mon travail en freelance dans l'événementiel sportif, cinq mois par an, finance mes aventures le reste du temps. J'en ai déjà fait des petites mais c'était un rêve de traverser un continent à vélo, en bikepacking ; ça me paraissait complètement fou avant de m'élancer. J'hésitais entre l'Amérique du Sud, l'Asie centrale et l'Afrique, mais plus je me renseignais sur le continent africain, plus ça devenait une évidence car ça avait l'air incroyable en termes de culture et de paysages. Ce qui m'anime dans l'aventure, ce sont les lieux et les humains. J'avais un itinéraire global mais ce n'était pas précis du tout, j'ajustais avec les conseils des locaux concernant les choses à voir et les routes à prendre. J'avançais quand même pas mal mais j'ai pris mon temps, le but était de découvrir les gens et me nourrir de tout ce que pouvait m'apporter l'Afrique. »

20 kg de bagages
« Il y a eu seulement un mois entre le moment où j'ai décidé de partir en Afrique et le moment où j'ai mis le premier coup de pédale, au Caire (Égypte). Je n'avais pas pris de billet retour, je savais juste que je ne rentrerais pas avant d'avoir atteint mon point d'arrivée, Le Cap (Afrique du Sud). J'ai une forme physique "de base" donc la préparation a surtout été logistique : j'ai essayé aussi d'anticiper tout ce qui pouvait m'arriver, de prendre tout le nécessaire pour ne pas me retrouver embêté sur le moment. J'ai pris du matériel spécifique au vélo, ma tente, un sac de couchage, des vêtements, des médicaments, un filtre à eau, et j'avais fait mes vaccins en amont. Il y avait environ 20 kg de bagages, le vélo chargé faisait 30-35 kg. J'avais prévu d'acheter de la nourriture locale sur place et de faire du bivouac mais, très souvent, j'étais invité chez l'habitant. Les gens étaient très accueillants : beaucoup de monde venait me parler et me questionner, toujours avec énormément de bienveillance et de gentillesse. »

Désert, virus mystère, accident...
« Mes deux traversées du désert - Nubie au Soudan et Namib en Namibie -, qui ont chacune duré une semaine, ont été très compliquées à gérer. Mon vélo pesait alors jusqu'à 50 kg car je devais être autonome en eau et en nourriture. Je buvais beaucoup plus que prévu donc j'ai dû économiser mon eau, ce qui a entraîné une grosse déshydratation puis des hallucinations : j'entendais des gens crier mon prénom, je voyais des ombres devant moi... J'ai aussi eu de gros problèmes gastriques car j'avais pris des sandwichs au poulet qui avaient tourné avec la chaleur. Les températures étaient extrêmes : jusqu'à 50 degrés le jour... mais moins de 10 degrés la nuit. En Zambie, j'ai attrapé un virus - je ne sais pas ce que c'était - qui m'a arrêté pendant une semaine. Et à deux jours de l'arrivée, en Afrique du Sud, une voiture m'a fauché par-derrière. J'ai perdu connaissance, mon vélo était cassé, mais j'ai quand même pu faire cette section et terminer mon périple : c'était un aboutissement car sinon, ça aurait eu un goût d'inachevé. Je pense que le jeu en vaut la chandelle et les mésaventures, c'est aussi de l'aventure. »

Humilité et bonté d'âme
« J'ai toujours eu une fascination pour les athlètes des hauts plateaux car à la base, je suis un coureur. Au Kenya, j'ai eu la chance de rencontrer Henry Kosgei par hasard en me promenant. Je suis resté une semaine avec lui sur un camp d'entraînement : je dormais, mangeais, vivais avec les athlètes. C'était fou parce que j'en rêvais. Le dernier jour, clou du spectacle, j'ai rencontré la légende du marathon Eliud Kipchoge, venu s'entraîner avec eux. J'ai échangé avec lui et ça a été un moment extraordinaire, d'autant plus qu'il est d'une humilité incroyable : on a plus parlé de mon aventure que de lui. Un autre moment marquant a été en Tanzanie, lorsque j'ai grimpé le Kilimandjaro. Sinon, le pays que j'ai préféré en termes de paysages a été la Namibie, et humainement parlant, ça a été le Soudan : les gens ont une telle bonté d'âme alors qu'ils n'ont presque rien et que leur pays est corrompu. C'est bouleversant. »

Le choc du retour
« Le contraste est si grand entre mes six derniers mois et la vie occidentale que j'ai quelques passages à vide. J'ai rapidement repris le travail pour ne pas tomber en dépression post-aventure. En Afrique, les gens sont d'une simplicité et d'une bonté alors que leur vie quotidienne est axée sur la survie. Le contraste avec nos vies en Europe est saisissant. Nous avons tout, nous pouvons vivre nos rêves et malgré ça nous sommes toujours en train de nous plaindre. C'est assez rude. J'étais déjà quelqu'un d'optimiste et de positif, cette aventure a renforcé mon état d'esprit et ma manière d'être. J'ai la sensation de vivre dans une vie de luxe : de l'eau coule quand j'ouvre un robinet, elle devient chaude quand je tourne à gauche... C'est basique pour nous mais ce n'est pas la normalité en Afrique où j'étais déjà content quand je pouvais me doucher avec un seau d'eau froide. Ça remet les idées en place et ça fait du bien. »

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