Badminton - Proprioception, élastiques, cardio, développé-couché : la préparation physique de l'équipe de France de badminton à l'INSEP

L'Equipe.fr
Les championnats d'Europe de badminton (25-30 avril) débutent demain, mardi, à Kolding (Danemark). Vendredi dernier, les joueurs français effectuaient leur dernier entraînement à l'INSEP, avant cette compétition. Depuis deux ans, la préparation physique prend une place croissante dans leur quotidien.

Les championnats d'Europe de badminton (25-30 avril) débutent demain, mardi, à Kolding (Danemark). Vendredi dernier, les joueurs français effectuaient leur dernier entraînement à l'INSEP, avant cette compétition. Depuis deux ans, la préparation physique prend une place croissante dans leur quotidien.Un nouveau cycle. En avril 2015, Peter Gade (Danemark), ancien numéro 1 mondial, a été nommé directeur de la performance de la Fédération française de badminton pour 5 ans. Autour de lui, un nouveau staff a été constitué, au sein duquel Joran Love est en charge de la préparation physique.L'accent est mis, entre autres, sur ce facteur prépondérant dans le sport de haut niveau, qui était jusqu'alors traité lors des entraînements mais pas isolément. Joran love considère que « de bonnes choses ont été faites » avant ce changement de cap. « Mais on a insisté sur le cardio, apporté quelques corrections techniques et des apprentissages sur la musculation » ajoute-t-il, avant de détailler sa méthode. Une méthode qui va être mise à l'épreuve des championnats d'Europe à Kolding (25-30 avril), sur les terres de Peter Gade.« La proprioception ? Tout le monde y passe ! »L'une de ses priorités : la proprioception. « Tout le monde y passe ! Lors des échauffements : il y a de la proprio. Lors de la muscu : il y a de la proprio. Par exemple, sur un cycle de force max, avant de faire du développé-couché, l'athlète va faire un exercice de proprio-épaule, pendant quinze secondes, détaille le préparateur physique, qui précise que chaque joueur a un tableau "rehab" individualisé, en fonction de ses pathologies récurrentes. C'est de la prévention. »Il prend l'exemple de Thomas Rouxel, qui est en plein programme de développement (sept semaines, dont une de récupération) : « cet exercice (voir vidéo ci-dessus), c'est de la proprio et du renforcement-épaule. » Avant d'insister sur la variété des ateliers qu'il met en place : « en se plaçant dans cette position instable, on peut faire des échanges, des lancers de balle, de medecine ball... il y a tellement de possibilité ! »Mais jusqu'où va cette recherche de la zone d'inconfort par l'absence de repères, l'alternance ? « Il y a des bases sur lesquelles on ne "bouge pas trop", comme le squat, le relevé de bassin, les montées de banc (vidéo ci-dessous), mais sur les exercices d'accompagnement (fentes, tirages), on essaie d'apporter de la nouveauté. » Le premier travail de Joran Love a été de poser les jalons d'une bonne préparation physique, avec une approche très éducative : « Certains ont dû faire de la technique pendant 3 mois. Par exemple, un athlète venu d'un pôle n'arrivait même pas à s'asseoir avec un bâton sur les épaules. Maintenant, il est très bien sur un squat. Le sportif a tendance à vite vouloir soulever de plus en plus lourd, il faut gérer la frustration si la phase d'apprentissage technique doit durer plus longtemps que pour d'autres. »Il peut maintenant aller plus loin dans le développement musculaire des joueurs de l'équipe de France. Mais, spécificité du badminton, sans chercher la prise de masse : « On fait parfois un cycle de volume de 3 semaines dans l'année, mais pas plus ». Ni l'augmentation de la force à partir d'un certain seuil : « On a un joueur qui soulève 100 kg au développé-couché. L'objectif n'est pas qu'il aille au-delà. »"Ils pourraient tous soulever plus lourd"Il préconise justement un mouvement particulier sur l'exercice du développé-couché : « Je demande une prise largeur d'épaules. Je préfère adapter un chemin anatomique propre qui permet de développer de la force et de conserver l'épaule en bon état. Le chemin n'est pas rectiligne, vertical, il part de la base des pectoraux et va vers le repose-barre, presque au niveau du regard. Ils pourraient tous soulever plus lourd, mais ce n'est pas le but ! »Il développe : « L'épaule reste protégée, elle ne sort pas, elle ne remonte pas, il n'y a pas de frottements qui sont créés. On ne tire pas trop sur le deltoïde antérieur.On soulève intelligent et utile. C'est primordial pour les joueurs de badminton, qui ont déjà une épaule fragilisée. Notamment les joueurs de double, qui ont beaucoup de frappes main haute à réaliser au-dessus de la tête. »Là, aussi, cela a induit un temps d'adaptation : « Il faut d'abord le faire barre à vide. Je me mets derrière et je tire doucement avec un élastique, vers moi, quand ils poussent. Quand c'est maîtrisé, on commence à charger. »*« le badminton est un sport à dominante aérobie »La progression des joueurs passe par la motricité, la force, la proprioception etc. mais aussi par des séances de cardio, dites "stamina". Toma Junior "Tomi" Popov (18 ans), récemment sacré double champion d'Europe junior (en simple et en double, avec Thom Gicquel), à Mulhouse (7-16 avril), va participer à sa première grande compétition internationale en individuel à Kolding. Il a conscience du cap qui lui reste à franchir dans ce domaine : « Mon point fort est l'attaque. Je donne tout dedans ! Je pense avoir une bonne lecture en défense (...) mais physiquement, niveau cardio, je ne suis pas encore au point (sourire). (2) »Joran Love revient sur cette donnée importante : « Malgré l'enchaînement des mouvements explosifs, le badminton est un sport à dominante aérobie. Il faut récupérer entre les points, entre les matches etc.» Il poursuit : « Le cardio, on le travaille via du vélo ou de la course à pied. Toujours sur de l'intermittent court, du 30-30, 40-20, 40-40, selon le niveau de récupération de l'athlète (...) On n'a pas vraiment d''intersaison, même si on peut parfois caser un ou deux bloc(s) (souvent l'été et/ou l'hiver) de prépa physique. On le fait donc dans l'année. »Le calendrier est serré : « Entre ces séances "stamina" et celles en salle de musculation, on est sur trois séquences "physique" par semaine, lorsqu'il n'y a pas de tournoi le week-end – les joueurs jouent entre 25 et 27 tournois par an, interclubs compris – et on passe à deux quand il y a une compétition. »Mais les vélos qui sont situés autour des terrains ne servent pas seulement pour le cardio. Ils servent aussi pour la récupération et l'échauffement. Un échauffement qui s'articule en cinq phases :- Préparation des articulations : « C'est un travail de mobilité, de déverrouillage. »- Individualisation : « Chaque athlète a ses exercices à faire, c'est l'équivalent du tableau "rehab" en musculation. »- Augmentation du rythme cardiaque : « On fait monter le cœur avec des gammes, des changements de direction, des ateliers de prise d'informations, des "start and stop". C'est là que selon les douleurs de certains, à un tendon notamment, on peut privilégier le vélo à la course. »- Coordination et dissociation : « L'idée est d'être capable de faire un mouvement latéral sur le bas du corps et frontal sur le haut du corps, avec deux rythmes différents : vite sur les jambes et lentement sur les mains par exemple. Tout cela répond à la sollicitation du contrôle pendant l'échange : si quand les jambes vont vite, le volant va toujours vite... l'adversaire sait tout ! »- Accélération/résistance: « On intègre les mouvements de badminton, avec la contrainte des élastiques qui permet de créer une accélération, impose une résistance sur le retour, et donc un contrôle, pour être totalement chaud sur les frappes (vidéo ci-dessous). Cela verrouille la bonne posture. »Enfin, l'entraînement commence par quelques échanges en deux contre un, sans être à intensité maximale, pour effectuer une transition entre l'échauffement athlétique et la séance en elle-même. Retrouvez notre article consacré aux exercices de la séance en question, dans les jours à venir. * Si vous souhaitez tenter de modifier votre mouvement sur un exercice de musculation, ne le faites qu'avec une barre à vide, voir avec un bâton, et en présence de quelqu'un pour vous assurer. Rappel : avant de vous mettre, ou de vous remettre, à une activité physique et sportive, consultez un médecin.(2) Tomi Popov s'entraîne actuellement « hors structure », dans son club à Fos-sur-mer : « Pour l'instant ce système me convient, mais je devrais peut-être le changer dans les années à venir pour aller chercher les meilleurs mondiaux. »

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