Bains de sang et amours entre seigneurs de guerre: le Japon féodal "queer" de Kitano

Le réalisateur japonais Takeshi Kitano pose durant une séance photo lors du 76e Festival de Cannes pour la présentation de son film "Kubi", le 23 mai 2023
Le réalisateur japonais Takeshi Kitano pose durant une séance photo lors du 76e Festival de Cannes pour la présentation de son film "Kubi", le 23 mai 2023

Une quête du pouvoir sanglante et ponctuée de trahisons, parfois sentimentales: Takeshi Kitano présente à Cannes (hors compétition) "Kubi", fresque épique dans le Japon féodal qui n'est pas sans rappeler "Les sept samouraïs" de Kurosawa.

Treize ans après "Outrage", le réalisateur touche-à-tout de 76 ans (animateur à la télévision, écrivain, peintre...) fait son retour sur la Croisette avec ce qui pourrait être son dernier long-métrage.

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Au XVIe siècle, Oda Nobunaga veut unir tout le Japon mais un de ses généraux se rebelle contre lui avant de disparaître. Les autres seigneurs de guerre se lancent alors dans une chasse à l'homme, avec l'ambition de devenir un jour le successeur désigné de Nobunaga.

Production à gros budget pour des standards japonais (1,5 milliard de yens, soit plus de 10 millions d'euros), "Kubi" est aussi le film le plus cher de Kitano à ce jour.

Dès les premières minutes, il donne le ton avec une bataille épique, lors de laquelle les décapitations s'enchaînent et le sang coule à flots. Mais la violence n'est pas la seule caractéristique du réalisateur de "Hana-bi" (Lion d'or à Venise en 1997), réputé pour ses oeuvres plongeant le spectateur dans l'univers des yakuzas.

On retrouve dans "Kubi" une tension shakespearienne où la loyauté occupe une place centrale, qu'elle soit politique ou amoureuse entre ces guerriers. "Les films historiques japonais évoquent rarement la question de l'homosexualité masculine", alors qu'elle "était commune à cette époque", a expliqué le cinéaste à l'AFP, lors d'un entretien réalisé au Japon, avant son départ pour le Festival de Cannes.

Il refuse de comparer ces seigneurs de guerre aux yakuzas, malgré des similarités comme l'importance des codes d'honneur, les luttes intestines ou la place essentielle de la notion de loyauté. "Le mot +violence+ peut être employé" pour ces deux époques "mais il a une signification totalement différente", a-t-il insisté.

Kitano avait rédigé un synopsis de "Kubi" il y a 30 ans, au tout début de sa carrière de réalisateur. Le projet du film n'est toutefois entré dans sa phase concrète qu'en 2019, quand il a écrit et publié un roman éponyme au Japon.

Comment toutefois s'approprier un genre sublimé par Akira Kurosawa, grand maître japonais du genre dont Kitano est un fervent admirateur ? "J'ai essayé de ne pas regarder les scènes de bataille dans les films de Kurosawa pour éviter qu'elles m'influencent", a-t-il assuré.

mch-etb/may/hj

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