Basket - Les dessous de la rencontre de Tony Parker avec les lecteurs de «L'Équipe»

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L'ex-meneur des Spurs et des Bleus a offert de vibrants moments de partage à une quinzaine de lecteurs, subjugués par son aura et son naturel.Lundi, c'était jour de marathon médiatique pour le tout jeune retraité Tony Parker, qui donnait de sa personne à deux radios nationales, à l'émission «C à vous» en fin de journée, mais qui a consacré près de deux heures à «L'Équipe», lundi après-midi. Oui, TP est venu se poser dans nos salons, pour échanger avec quinze lecteurs, dont trois lectrices, sur sa carrière, ses secrets, sa nouvelle vie. Non, il n'était pas là que pour présenter sa biographie (Au-delà de tous mes rêves, Ed. Solar), coécrite avec notre confrère David Loriot, qui fut l'animateur de cette rencontre.Le patron de l'Asvel est arrivé frais, disponible et élégant. Il a pris un plaisir visible à répondre aux questions de son auditoire, mêlant à ses réponses humour, convivialité et anecdotes. On n'a pas vu un signe de lassitude, pas un coup d'oeil discret à sa montre, pendant une heure vingt de discussion, mais un homme volubile, juste heureux de transmettre des émotions, de l'expérience, du rêve aussi.Sa carrièreAvant d'aborder la première thématique de l'après-midi et de remonter le fil de sa carrière, il fallait d'abord faire les présentations. Pas pour Tony Parker, qu'on ne présente plus, et qui s'est d'abord excusé en prenant place sur le canapé face à son auditoire : «Je vais garder mon manteau, parce que j'arrive du Texas. Et il fait très chaud là-bas», de quoi rompre la glace instantanément, déclencher quelques rires et plonger l'assistance dans le souvenir de la cérémonie et de l'hommage rendu, la semaine passée, au meneur français dont le maillot n°9 des Spurs a été retiré puis accroché, à jamais, au ciel de l'AT&T Center.Honoré par les Spurs, Tony Parker a touché le cielEt, c'est au moment où il a été demandé à nos lecteurs de se présenter qu'on a pu mesurer à quel point Tony Parker véhicule avec lui cette forme de vénération qui emprunte autant au respect admiratif pour le sportif, son palmarès, ses quatre titres NBA qu'à son aura, à une certaine idée du sport français qui réussit, avec cet attachement loyal qu'a toujours manifesté TP au basket français. Et comme il a le tutoiement spontané, la perspective de rentrer, d'un coup, dans la sphère de Tony Parker en fait bafouiller plus d'un d'émotion. «J'ai vingt ans de basket derrière moi... grâce à toi», lâche, très ému, Romain Agbo (28 ans) avec la voix qui tremble. Idem pour Julien Vieilleville (29 ans), qui n'ose pas tutoyer. «Vous êtes le rêve américain, mais à la française. Vous avez tellement apporté à la France.»Thomas Dieu (28 ans), lui, passe aux aveux : «Mes premières nuits blanches, c'était à cause de toi...» La première question sera pour Catherine Lescurier (49 ans), une question à laquelle il était difficile d'échapper, sur le plus fort moment de sa carrière. «Notre victoire contre l'Espagne et ce titre de champion d'Europe 2013. Au niveau émotion, c'est ce qu'il y avait de plus fort. J'étais trop heureux d'affronter et de battre cette équipe d'Espagne-là, la meilleure de leur histoire.» Bien sûr, les quatre titres NBA (2003, 2005, 2007, 2014) sont bien au chaud dans son coeur, explique-t-il aussi, «surtout celui de 2014, parce que je me rappelle chaque détail, chaque moment. En 2003, ça allait trop vite, j'avais 21 ans, je ne me rendais pas bien compte.»Il répond à toutes les questions sur ses faits de gloire, mais aussi sur ses moments faibles. L'Euro 2005, au hasard. «J'ai eu trois mauvais matches de suite, je n'avançais pas, je ne mettais pas un panier. J'étais fatigué, après le titre NBA de 2005. Mais vous, devant votre télé, vous vous en foutez, vous vous dites juste : "Mais qu'est-ce qu'il fout ?"» Tout le monde acquiesce et sourit. Jean-Marc Fabre (49 ans), vigneron dans l'Hérault, et qui a eu la délicatesse de lui offrir trois belles bouteilles de ces vins méconnus qu'on élève entre Méditerranée et Pyrénées, le relance sur sa relation avec Gregg Popovich.Et TP se replonge avec délectation dans sa relation quasi fusionnelle et électrique avec son ancien coach. «Mais là où il était le plus incroyable, c'était dans sa façon d'être en dehors du terrain.» Il emmène tout le monde avec lui et raconte un soir de Noël, chez «Pop», où Boris Diaw, omniprésent dans le fil rouge de sa carrière, et invité ce soir-là, les avait retrouvés, en plein réveillon, en train de débriefer la vidéo d'un match de la veille ! «C'est vrai, c'était ça, Pop», sourit-il.Les secrets de sa réussiteDix-sept ans d'une folle épopée avec San Antonio, quatre titres NBA, on ne gravit pas les plus hauts sommets du sport, avec une telle continuité, sans avoir quelques secrets. Tony Parker ne pouvait pas échapper aux questions sur les principes qui ont contribué à forger sa réussite et cette incroyable longévité. Romain est fasciné par sa capacité à être resté au top si longtemps, Julien est surtout impressionné par sa faculté à rester mentalement aiguisé, concentré dans un contexte de pression permanente. «J'ai toujours été hyper exigeant, dur avec moi-même. À être prêt à faire tout ce qu'il faut pour atteindre mes objectifs, être compétitif.» Et la méthode Parker, insiste-t-il, c'est aussi de ne rien laisser au hasard.«À un moment, il faut faire des choix. J'ai toujours privilégié mon hygiène de vie. Là où d'autres préfèrent sortir, faire la fête, j'ai compris qu'à un moment on ne peut pas tout faire. J'ai fait des choix, développe-t-il. Ce n'étaient pas des sacrifices.» Il insiste sur «la rigueur, il faut de la rigueur» qui l'a toujours accompagné. Même hors NBA. Et de raconter l'anecdote de ses potes qui viennent sur ses camps de basket. «Le premier jour, pour aller courir le matin sur la piste d'athlé, vers 6h30, on est quatorze ; le lendemain, il y en a qui ont passé la soirée dehors, au casino, on n'est plus qu'une dizaine ; et au fil des jours, je finis par me retrouver tout seul. Je leur dis : "Eh les gars, on ne peut pas tout faire." Et il ne faut jamais oublier que, quand, toi, tu fais la fête, il y en a d'autres qui travaillent.»Il raconte aussi comment, à son arrivée aux Spurs, il a appris à ne rien lâcher dans l'adversité, à ne jamais se plaindre, mais à travailler encore plus. «Quand je suis arrivé aux Spurs, Tim Duncan ne m'a pas parlé pendant un an. Il fallait gagner sa confiance, gagner leur confiance. Le basket français, ça ne représentait rien pour lui, ça n'existait pas.» Il s'autorise à rappeler que des joueurs «hors USA» draftés à cette époque étaient une rareté et que «des joueurs comme Andrei Kirilenko, Manu Ginobili et moi avons ouvert le chemin, avons cassé les barrières», pour démontrer que la hauteur de la motivation doit être proportionnelle, ou même aller au-delà, de la hauteur du challenge, comme une condition sine qua non pour ouvrir le champ de tous les possibles.À Caroline Ten (37 ans), qui s'interroge sur ce que sa double culture franco-américaine a pu lui apporter, il répond sans hésitation «qu'avoir un père américain, c'est vraiment cool, ça apporte une autre vision, une autre mentalité.» Quand le MVP de la finale NBA 2007 parle, la concentration est maximale, le public est captivé. TP insiste fort sur la nécessité de s'améliorer sans cesse, de se fixer des étapes de progression. «En 2005, mon prochain objectif, c'était de devenir un All-Star. Alors j'ai décidé de prendre un coach, Chip Engelland, pour travailler mon shoot. J'ai bossé avec lui tout l'été. Il m'a dit qu'il fallait que je change ma mécanique de tir.» Il confirme ainsi les valeurs qu'avait énoncées, en préambule, Laurent Lignon (36 ans) qui ne voyait en lui «qu'exigence, passion et fidélité». Tout ce qui lui a permis de boucler, à 37 ans, une carrière royaleSa nouvelle vieDevant nos lecteurs se tenait donc lundi le nouveau visage de la star NBA, un jeune retraité des parquets, homme d'affaires, dont le dernier investissement en France s'est fait dans la station de ski de Villard-de-Lans, et qui est aussi président de l'Asvel, club phare du basket français. Et peut-être, un jour, sera-t-il investisseur dans une franchise NBA, même si, comme il le dit, c'est pour l'instant «un rêve lointain». Il reste que cette success story hors parquets interpelle Cyrille Boucher (37 ans), qui se demande si le joueur n'est pas en manque de sensations, d'adrénaline ; si la retraite, «peut-être prématurée», ose-t-il, ne lui pèse pas trop ? Le sourire de TP est une première réponse.«J'ai 37 ans. J'entendais des joueurs autour de moi parler de leur retraite, de leur inquiétude. Et moi, je ne voulais pas tomber dans ce truc de "petite mort". J'ai toujours été intéressé par le business. J'avais hâte de passer à une autre vie, de créer des choses, d'entreprendre. Je suis bien dans cette nouvelle vie. Et je n'ai plus mal nulle part le matin quand je me lève», s'amuse-t-il. Sa retraite ne l'a donc pas traumatisé. Mieux : il raconte comment il a apprécié l'hommage rendu par notre journal ce jour où il a annoncé l'arrêt de sa carrière. «Et, ce matin-là, j'ai reçu un coup de fil de Jean-Michel Aulas qui m'a dit :"Dans L'Équipe, ils n'ont jamais fait ça pour un footballeur"», s'amuse-t-il.À Laurent Samyn (51 ans), qui lui demande s'il ne se verrait pas un jour coach, président de la FFBB ou ministre des Sports, TP a la réponse spontanée. «Mais je ne veux pas être coach, ce sont de grands malades ! C'est un métier à part. Moi, j'aime bien l'aspect plus global du sport, comment améliorer l'expérience du spectateur dans une salle, faire évoluer le marketing, la billetterie. J'aime toucher à tout. Sans perdre de vue le basket, puisque je discute du recrutement. Je touche aux deux aspects comme ça. Après, président de la Fédé, non ; ministre des Sports, encore moins, c'est trop de politique.»Et puis, bien sûr, il y a l'Asvel, qui trace un joli chemin en Euroligue. Gauthier Helloco (30 ans) s'interroge sur les ambitions européennes du club, qui va recevoir deux clubs turcs à l'Astroballe cette semaine : Efes Istanbul ce mardi soir, puis Fenerbahçe vendredi soir. «Pour l'Euroligue, je n'ai pas de timing précis», répond le boss du club villeurbannais, qui ne cache pas sa satisfaction quant au parcours européen de son groupe et prévoit une salle comble, notamment pour la réception de Fenerbahçe. «On est encore un petit budget à ce niveau. Il faut qu'on continue à grandir, à construire. Bien sûr qu'à terme on voudrait être champion d'Euroligue un jour.» Une ambition et un objectif qui ont résonné agréablement dans l'atmosphère de complicité et de convivialité que Tony Parker avait installée, dans ce salon où l'on avait fort bien causé.

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