Basket - Jeep Élite - Chalon - Dominique Juillot, président de l'Élan Chalon : « Ce n'est pas la bonne voie »

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Alors que son club vit des heures sportives difficiles, le président historique de l'Élan Chalon est vent debout contre la réduction de la Jeep Élite à seize clubs la saison prochaine. Les grandes heures sont déjà loin. Champion de France en 2017 pour la deuxième fois de son histoire, Chalon vit depuis des saisons beaucoup plus délicates. Battu par Pau vendredi (92-86) et actuel avant-dernier du classement, le club du président Dominique Juillot est sous la menace directe d'une relégation en Pro B. Un danger encore renforcé par le passage de 18 à 16 clubs en Jeep Élite la saison prochaine. Une réforme à laquelle le patron de l'Élan Chalonnais depuis 1993 s'oppose fermement depuis le début. Avant la réception de Roanne, demain, dans un match crucial pour la survie du club dans l'élite, il pose un regard lucide et confesse ses doutes sur l'avenir de l'Élan et du basket français. « Depuis son deuxième titre de champion de France en 2017, Chalon est dans le dur. Quel est le problème ?
Je pense que l'on n'a pas compris certaines mutations sur le plan sportif. On a imaginé que parce qu'on avait été champion, les joueurs viendraient et qu'on allait réussir. Mais le monde du sport a changé. Avant, on avait des joueurs qui étaient historiquement formés chez nous, que l'on savait garder. Il y a eu une bascule en 2017. Ces joueurs-là, comme Axel Bouteille par exemple, on les a perdus. Et avec eux, on a perdu nos repères, on a perdu une certaine identité et on s'est trompés de cibles. Dans vos profils de recrutement ?
On a cherché des joueurs, avec des références certes, mais qui, s'ils avaient eu des "vraies" références, ne seraient pas venus à Chalon de toute façon. Ces joueurs-là sont venus à Chalon un peu par défaut. Et ça, on ne l'a pas compris. Cette année, beaucoup de clubs ont d'ailleurs commis les mêmes erreurs que nous. Le Championnat de France ne peut pas garder ses meilleurs joueurs français, pas simplement pour des raisons financières, mais aussi pour des raisons d'image. Quand certains vont signer dans des clubs étrangers pour des sommes bien inférieures à ce que des clubs français pouvaient leur donner, ça interpelle. Pour moi, notre Ligue n'est pas attractive. C'est un beau Championnat, mais on n'est pas compétitif, on n'est pas un tremplin suffisant pour aller demain dans les grands clubs. Il faut se poser les bonnes questions. Comment vivez-vous cette période ?
Cela fait d'autant plus mal que les interrogations ne sont pas sur le manque de moyens ou l'organisation. C'est la partie sportive qui fait défaut depuis trois ans. Ça interpelle le président que je suis. Je suis évidemment en bout de course, mais je ne voudrais pas laisser les choses mal en point. «Si demain le basket français ne s'adosse plus qu'à deux clubs, voire un seul, le reste va se décourager» On sait combien vous êtes proche de Philippe Hervé, lui-même très lié à l'histoire de ce club. Reste-t-il le coach de la situation ?
Aujourd'hui, il n'y a pas de raison objective d'écarter l'entraîneur. Et puis ce serait pour mettre qui, comment ? Quand on a un jeune coach, ce n'est pas tout à fait la même réflexion. C'est peut-être injuste. Quand on a Jean-Denys Choulet, quand on a Philippe Hervé, quand on a, comme à Strasbourg, Vincent Collet, il faut prendre le recul nécessaire, être un peu lucide et ne pas tomber dans la panique tout de suite. Mais si d'aventure le club se retrouvait dans une situation inextricable, il faudrait bien trouver des solutions et il n'y a pas tant de leviers à disposition, on le sait bien. Vous êtes président depuis 1993, avec un relationnel presque paternaliste avec les membres de votre club. Mais ce modèle de gestion n'est-il pas obsolète dans le monde sportif d'aujourd'hui ?
Je me pose la question. Je ne suis pas loin de penser effectivement que ce modèle-là vit ses derniers moments. Je le regrette profondément. Le sport n'est pas un produit comme les autres. On n'est pas seulement des entrepreneurs de spectacle, on est aussi des promoteurs d'émotion. Si on veut que les gens viennent voir le sport comme ils vont au cinéma ou au théâtre, c'est-à-dire en zappant, où va-t-on trouver la fidélité, comment va-t-on entraîner des gens derrière nous sur un projet ? Il n'y a plus de projet collectif. Et cette réforme (le passage de 18 à 16 clubs en Jeep Élite la saison prochaine) va promouvoir ce changement, faire du sport une entreprise de spectacles. Coupe de France : Chalon déjà éliminé en 32e En quoi, selon vous, le passage de 18 à 16 clubs est-il néfaste pour le basket français ?
Ce qui fait la force du basket en France, c'est sa couverture géographique sur l'ensemble du pays, le fait que le basket se joue dans des grandes villes, des villes moyennes, voire des petites villes. Quand on réduit le nombre, on réduit cette couverture. Dans quel but, pour quelles raisons on fragilise quelque chose qui fonctionne bien ? On va insécuriser les clubs encore plus qu'ils ne le sont aujourd'hui, on va décourager les investisseurs. Qui va venir investir dans un club, dans un Championnat avec autant de probabilités de se casser la figure ? À quoi va servir la formation ?
Quel club va risquer de mettre des jeunes joueurs sur le terrain, avec une incertitude sportive aussi forte ? Tu vas peut-être te couper de clubs historiques quand tu n'auras plus dans le paysage des Pau, Chalon, Le Mans, Nanterre ou Limoges. Qu'on m'explique ! Quel est l'objectif ? Je soutiens des projets différents, comme celui de Tony Parker à Villeurbanne. Je suis admiratif. Pour une fois qu'on a quelqu'un qui redonne au basket français, on va le saluer. Mais Villeurbanne a aussi besoin de clubs comme nous à côté. Villeurbanne pouvait très bien se développer dans un Championnat à 18, ça ne changeait rien ! Les écarts se creusent, c'est la vie, je ne suis pas jaloux de ça. Mais si demain le basket français ne s'adosse plus qu'à deux clubs, voire un seul, le reste va se décourager. Pour moi, c'est une erreur, ce n'est pas la bonne voie.

Ne tenez-vous pas cette position parce que votre club est en situation sportive délicate, et donc directement menacé par la réforme ?
Absolument pas ! Cette position a toujours été la mienne. Si j'étais premier du Championnat, ce serait exactement la même chose ! J'ai toujours été contre depuis le début. Il n'y a ni posture ni réaction partisane. D'ailleurs, la réforme imaginée avec Alain Béral n'était pas celle-ci au départ. Quelle était-elle ?
Au début de cette aventure, quand il s'est agi de savoir qui, d'Alain ou moi, était le plus en capacité de candidater à la présidence de la Ligue (en 2011), la réflexion était de se dire qu'il valait mieux élargir la Pro A, promouvoir des endroits où on avait envie que le basket arrive et diminuer la Pro B pour en faire une ligue promotionnelle avec des passerelles pour les jeunes joueurs français. Et on a fait le contraire ! »

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