Beñat Marmissolle, grande révélation de l'ultra-trail à 41 ans

Beñat Marmissolle, vainqueur de la Diagonale des Fous 2022. (Clément Berchet)

Fort d'une 6e place à l'UTMB et d'une victoire sur la Diagonale des fous, Beñat Marmissolle est la grande révélation de la saison 2022. À 41 ans, cet amoureux de skyrunning se découvre un véritable talent pour l'ultra-trail, débuté il y a un an seulement. Cet agriculteur basque ne compte pas en rester là.

Beñat Marmissolle. À part un tout petit nombre d'initiés, bien peu d'observateurs auraient pu prédire qu'un agriculteur pyrénéen de 41 ans serait un des noms les plus marquants de cette riche saison 2022. Et pour cause, ce montagnard pur jus n'y pensait pas lui-même. « Il n'y a que mon entraîneur Dimitri Grudet qui avait vu juste, explique ce Pyrénéen. Cela fait longtemps qu'il tente de me convaincre de passer du skyrunning à l'ultra. Jusqu'à la pause imposée par le Covid, je n'en ai pas fait cas. Je commence seulement à me rendre compte à quel point il avait raison. »

6e sur l'UTMB le plus rapide de l'histoire en août. Vainqueur sur un des parcours les plus difficiles de l'histoire du Grand Raid en octobre. Le tout dans sa première vraie saison avec le gratin du trail mondial : son émergence sur la scène de l'ultra a été spectaculaire.

Son parcours est celui d'un natif des alpages du massif franco-espagnol : les longues heures en montagne qui font naître un amour indéfectible pour ce milieu et, dès l'enfance, les transhumances qui inspirent le mouvement sur les sentiers techniques. Si sa première inclination fut pour le handball, l'âge adulte le ramène en montagne. Des randos au trail, quand on a le potentiel de Beñat Marmissolle et un frère coureur, il n'y a qu'un pas. Son attention se porte d'abord sur le skyrunning. « Je fais tout ça par amour de la montagne. Et la montagne que j'aime, elle est technique et aérienne. Le skyrunning était une évidence pour moi », explique Marmissolle.


Une famille, une ferme, un travail... Et le trail

Les résultats suivent : des tops 20 aux tops 10, avec des podiums dès que les distances s'allongent un peu comme cette 2e place au Pirin Ultra Skyrace 2018 (70 km) ou encore sa victoire l'année suivante sur la même course. « Mes entraîneurs l'ont toujours remarqué. J'ai cette capacité à tenir une allure moyenne voire élevée sur de longues distances. Et à performer quand le terrain devient trop technique pour beaucoup de coureurs », explique le Basque.

Pour autant, il n'a mis une basket dans l'ultra qu'en 2021. « Le Covid a changé beaucoup de choses. J'ai une famille, une ferme et un travail (à l'usine). Je ne savais pas si j'avais la motivation de revenir. Alors j'ai décidé de changer de paradigme : j'ai commencé à faire, seul, de longues sorties en trail. 6, 7, 10, 12 heures. Je suis un besogneux, un enfant de la terre et je sais que l'on n'a rien sans rien. Et ce process m'a plu. »


Un premier ultra en 2021

Prêt, Marmissolle s'aligne sur son premier ultra en 2021, l'Aneto-Posets dans les Pyrénées espagnoles. À la clé, une victoire éclatante dont il est le premier surpris, « avec 1h30' d'avance sur le 2e et proche du record de l'épreuve. » Changement de plan et fini les « petites » lignes de départ. Il s'aligne la même année sur un mythe : la Diagonale des fous 2021, son premier 160 km, et déjà un podium ! Et le déclic. Car l'homme est un compétiteur. Ce qui l'anime sur les sentiers, en plus de l'amour de la montagne, c'est de gagner : « La notion de plaisir en ultra est très relative. Il ne faut pas croire que tout est fluide en tête de course. Avancer à cette intensité sur ce type de terrain pendant ces si longues heures, c'est brutal. »

2022 sera donc l'année de l'explosion. Une première victoire sur la Restonica (Corse) début juillet (108 km/7 200 m d +) puis la 6000D (Savoie) trois semaines plus tard (69 km/3 450 m d +) le pousseront à s'aligner sur la course la plus relevée du monde : l'UTMB 2022.

« Honnêtement, dans ma tête, je me disais que j'aurais accompli quelque chose de grand en entrant dans le top 20, assure-t-il. Bien sûr, mon entraîneur n'était pas de cet avis. Je suis toujours en train d'essayer de comprendre mon potentiel et je n'arrive pas à me sentir concurrentiel face aux grandes stars de la discipline. Ils sont bien meilleurs que moi. Courir non loin de Kilian Jornet à l'UTMB, c'était un rêve et lorsque François D'haene a annoncé son retrait du Grand Raid cette année, je ne me suis pas dit, chouette une place de gagnée, j'ai été très déçu. »

Cette 2e participation au Grand Raid ne fut pourtant pas un long fleuve tranquille. « C'est un parcours irrespirable de difficulté, pointe Marmissolle. C'est ce qui fait le charme de la Diagonale des fous. On sait que cela ne va pas être une partie de plaisir : c'est tout simplement le 160 km le plus dur du monde et ça fout la boule au ventre à tout le monde au départ. »


Solidarité avec Tschumi en tête de la Diagonale des fous

Sur les sentiers réunionnais, Marmissolle suit la tête de course puis se trouve rapidement aux commandes, avec le Suisse Jean-Philippe Tschumi. « On a vite compris que pour assurer les deux premières places, on avait tout intérêt à collaborer. Et puis, les heures et discussions faisant, un grand respect est né entre nous. Même si j'ai toujours mené l'allure dans notre échappée, j'ai refusé de le laisser décrocher. Car si l'écart grandissait avec les poursuivants, il n'était pas question pour moi de laisser une de ces deux premières places à quelqu'un d'autre. Nous les méritions. Alors, je l'ai attendu à La Possession et la Grande Chaloupe, je l'ai poussé pour qu'il tienne mon allure tout en lui disant que je n'accepterais pas de finir à deux au stade de la Redoute : ça sera le meilleur qui l'emportera à la fin », raconte le Basque.

Touché par son effort à le garder à ses côtés, Tschumi aurait alors assuré à Marmissolle que même si la tendance s'inversait en fin de course, il le laisserait gagner car, à l'échelle de l'épreuve de 165 km et 10 200 m de d +, le Basque était le plus fort. Le Suisse n'aura pas à forcer le destin : Beñat Marmissolle s'envole dans la dernière descente pour aller prendre, ému, sa première grande victoire dans sa carrière. « C'est un rêve que j'ai vécu et, honnêtement, je ne suis pas encore redescendu sur terre. Mais cela ne va rien changer. Je vais rester l'homme que je suis. Je vais rester ce compétiteur, ce travailleur et j'espère pouvoir continuer encore 5, 6 ans comme ça. Car j'ai beaucoup d'autres objectifs. »

Le prochain ? « Dans l'idéal, ça serait la Hardrock, l'année prochaine. Mais le tirage au sort sera certainement défavorable. » Il n'en dira pas plus. Une chose est sûre : à l'instar de Ludovic Pommeret, par exemple, performant à plus de 47 ans, maintenant que Beñat Marmissolle a investi l'ultra, il ne compte pas prendre sa retraite de sitôt.


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