Benjamin Biolay : « Les photographes de sport, ce sont de gros malins »

Benjamin Biolay, fan de sport et d'images. (S. Mantey/L'Équipe)

Président d'honneur du jury du Prix Richard-Martin et du concours photo amateurs de « L'Équipe » cette année, le chanteur et acteur n'est pas qu'un passionné de basket et de F1. Il adore aussi l'iconographie de sport.

« Quel est votre rapport à la photographie de sport ?
Je vis avec depuis tout petit. Mes oncles et mes cousins achetaient L'Équipe, France Football, Onze et les magazines de basket. Je découpais celles qui me touchaient et je les encadrais avec une marie-louise, comme un petit musée perso sur un mur de ma chambre. Prost et Senna étaient en bonne place, Michael Jordan, évidemment.

Et depuis, la photographie de sport vous accompagne.
J'aime qu'elle me rappelle un moment qui m'a secoué. Par exemple, même si c'est un souvenir horrible, Battiston sur la civière avec Platini en panique (Mondial 82). Même chose pour le tir au but décisif de Luis Fernandez face au Brésil (Mondial 86). J'avais 13 ans, je n'y croyais plus et tout à coup, la France se qualifie pour la demi-finale ! Une autre photo est ancrée dans ma mémoire : l'arconada en finale de l'Euro 84 sur le coup franc de Platini. Le moment est dingue ! Dans ma chambre, j'avais même une photo de Cubaynes, champion olympique la même année, à Los Angeles.

Êtes-vous familier des photographes de sport ?
J'aime bien les observer dans les stades, les salles. Ce sont de gros malins. Ils connaissent les athlètes, leurs déplacements, leurs réactions... Ils savent exactement que c'est à ce moment que ça va passer. Ils sont tellement rapides. Dans le sport automobile, il faut bien connaître les pilotes pour les photographier. Je l'ai vécu fin août, à Spa. Un photographe s'est fait dégager sèchement par Pierre Gasly car il s'approchait très près. Deux minutes plus tard, un autre a pointé son objectif dans l'habitacle et Pierre l'a laissé faire car il le connaissait.

En F1, quelle photo reste ancrée dans votre esprit ?
Imola 1994, malheureusement... La mort de Senna. Pas une photo du crash, surtout pas ! J'ai en tête le visage des gens dans le paddock bouleversés, qui n'y croient pas. J'ai aussi en mémoire la photo du visage de Niki Lauda à Monza en 1976, six semaines après son accident. Il se présente comme un survivant, c'est affreux. Son visage brûlé, quel choc ! Sinon, je possède une très belle photo de Jim Clark. Il vient de gagner à Silverstone. Son visage est noir de poussière et le pourtour de ses yeux est blanc car il vient de retirer ses lunettes.

Et en basket ?
Une action des Pistons un peu sale de la fin des années 1980 avec Isiah Thomas en meneur de jeu et Dennis Rodman, des méchants garçons. En plus, c'est Detroit, « Motor City », la Motown, une ville de soul et de rock.

Quelle photo raconte le mieux votre amour pour l'Argentine, où vous avez vécu ?
Diego, bien sûr ! Chez moi, dans la pièce où je fais de la musique, entre des images de John Lennon et Bob Dylan, j'ai la photo encadrée de la Main de Dieu. Je l'ai achetée et l'ai fait signer par le commentateur Victor Hugo Morales qui, en direct, avait comparé Maradona à un « cerf-volant cosmique ».

Quelles autres photos ornent vos murs ?
On m'a offert un magnifique dunk de Jordan avec 45 dans le dos. Un numéro qu'il a porté quelques semaines en 1995 lors de son retour chez les Bulls avant de retrouver son légendaire 23. J'ai aussi un cliché noir et blanc de Serge Chiesa sous le maillot de l'OL offerte par mon oncle. Je ne l'ai jamais vu jouer mais j'ai l'impression de le connaître tant on en parlait dans ma famille.

Vous passez beaucoup de temps à Sète. Les joutes entrent-elles dans votre panthéon photographique ?
J'ai des tas de photos de joutes ! Moi-même, j'en ai fait d'assez dingues. J'adore quand le jouteur est capturé juste avant qu'il touche l'eau. Il a lâché son pavois, c'est un moment suspendu un peu magique. Et très humiliant pour l'intéressé. »