Boxe - Ancien champion du monde de boxe, Hacine Cherifi brille désormais au théâtre

L'Equipe.fr
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Depuis quatorze ans, Hacine Cherifi, l'ex-champion du monde WBC des poids moyens, est l'un des deux acteurs de la pièce « La plénitude des cendres ». Il l'a encore jouée la semaine dernière, à Paris, devant un public restreint. « J'étais tellement sonné en me relevant que j'avais l'impression que le ring tournait. C'est ça. Mais je suis retourné au combat. Je suis encore tombé. Je me suis encore relevé. Et j'ai réussi à finir le round. Pendant la minute de repos, mes hommes de coin me parlent, mais je ne comprends pas. C'est ça. » La semaine dernière, la scène du théâtre de l'Étoile du Nord, près de la porte de Saint-Ouen, dans le dix-huitième arrondissement de Paris, est plongée dans l'obscurité, à l'exception d'un projecteur braqué sur Hacine Cherifi. Dans la salle, pour une représentation unique de La plénitude des cendres, il n'y a que des journalistes et des professionnels du théâtre, épidémie de Covid oblige. lire aussi Toute l'actualité de la boxe Un short de boxe, les mains bandées, le récit de Cherifi Assis sur un tabouret de bois, semblable à ceux utilisés sur les rings, uniquement vêtu d'un short de boxe, les mains bandées, Hacine Cherifi raconte, pendant une dizaine de minutes, le plus spectaculaire combat de sa carrière, contre l'Anglais Neville Brown, le 26 avril 1997, près de Manchester. Envoyé trois fois au tapis, il finira par s'imposer par arrêt de l'arbitre au sixième round et conservera son titre européen des poids moyens. Là, sur scène, il confie pourquoi il a boxé, ses rituels dans le vestiaire, ses sensations en combat. Depuis sa création en 2007 par Yan Allegret, auteur et metteur en scène, la pièce, d'une durée d'une heure, tourne avec les deux mêmes acteurs, Jean-Baptiste Epiard et donc Hacine Cherifi, sacré champion du monde WBC des moyens en 1998. « Yan est venu me voir en 2003, quand je boxais encore, se souvient le Lyonnais (53 ans). Il m'a demandé de lui raconter ma vie, car il voulait écrire une pièce sur la boxe. Un an plus tard, il m'a dit qu'il ne voyait pas un comédien pour tenir mon rôle, qu'il me voulait moi. Ça m'a étonné mais comme j'aime les défis, j'ai accepté. » Yan Allegret, auteur et metteur en scène de la pièce « Dans la boxe comme au théâtre, il y a des risques, on ne peut pas refaire la prise » Yan Allegret, qui a fondé sa compagnie (&) So Weiter, en 1998, est depuis deux ans co-directeur de la fabrique d'arts à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), le « Nouveau Gare au Théâtre ». « J'ai deux passions depuis mes seize ans, la boxe et la scène, raconte-t-il. J'ai donc voulu faire une rencontre de ces deux langages. Quand on creuse, on retrouve des racines similaires qui remontent à l'Antiquité grecque. Ce sont des affrontements, un processus de représentation devant un public, les mêmes cendres après la confrontation. Ce sont des endroits dangereux. Dans la boxe comme au théâtre, il y a des risques, on ne peut pas refaire la prise. Ce n'est pas du cinéma. Je voulais donc un représentant de ces deux mondes. » Après avoir lu une interview de Cherifi, il décide de le contacter. « Alors qu'il se préparait à affronter le légendaire Portoricain Felix Trinidad, se souvient Yan Allegret, Hacine avait déclaré que ses défaites avaient été quelque chose de fondateur dans sa carrière. Cela m'a intrigué et, après avoir regardé son parcours, que j'ai trouvé assez fascinant, je suis allé le voir chez lui, près de Lyon. Je ne savais pas encore ce que j'allais écrire. » La pièce jouée une quarantaine de fois Le résultat, La plénitude des cendres, est surprenant, envoûtant, avec une voix off, des effets sonores, des jeux de lumière et un décor minimaliste : un sac de sable, une ampoule pendue au bout d'un fil, un tabouret et la grosse ceinture dorée de champion WBC. « Après avoir parlé avec Hacine pendant un an, reprend l'auteur, je savais tout de lui. Plutôt qu'un documentaire sur lui ou une pièce de théâtre sur la boxe, j'ai pensé à une représentation qui s'écrirait un peu comme un rêve, avec des choses mouvantes, comme un K.-O. » Depuis sa création, la pièce s'est jouée une quarantaine de fois à travers la France, y compris en Guyane et à La Réunion. « Ça me rappelle un peu la boxe, s'amuse Cherifi, aujourd'hui employé au service des sports de Rillieux-la-Pape depuis trente ans (il est responsable du matériel sportif) et entraîneur dans trois clubs de la région lyonnaise. Au théâtre, on n'entend le public qu'à la fin, mais on le sent pendant toute la représentation. Et, un quart d'heure avant, je ressens les mêmes sensations (qu'avant de boxer), sauf que je sais que je ne vais pas avoir mal. »