Boycott, manque d'engouement, coût financier : les supporters français peu nombreux au Qatar

Des supporters des Bleus lors de l'arrivée de l'équipe de France à Doha, mercredi. (N.Luttiau/L'Equipe)

Il y aura moins de supporters français au Qatar qu'en Russie il y a quatre ans. Certains fans entendaient notamment protester contre l'organisation de cette Coupe du monde dans l'émirat. Mais pas tous.

« Allez les Bleus, tes supporters sont là ! » Mardi, vers 20 heures, on devrait entendre les Irrésistibles Français donner de la voix dans les tribunes de France - Australie. Tes supporters sont là... pas tous en fait. Selon la principale association de fans des Bleus, ils seront un peu moins d'une centaine au Qatar contre plus de 600 en 2018 en Russie. Hervé Mougin, leur président, y sera.

En revanche, pas Fabien Bonnel, le porte-parole, ni Fabian Tosolini, membre du bureau qui explique : « Nous avons laissé libre choix à nos membres de participer ou pas, et de vivre leur passion du foot comme ils l'entendent. Je suis impliqué socialement, je défends les droits des travailleurs à longueur de journée. La Russie était déjà un questionnement, mais on s'est dit : allons-y, allons discuter. L'Euro 2021 à travers l'Europe était une aberration écologique... Alors là, trop c'est trop. Le Qatar a eu douze ans pour faire les choses bien, et il a tout fait dans la démesure sans aucun respect de la vie qui nous entoure aujourd'hui. Il n'est pas impossible que certains de nos adhérents soient gays ou lesbiennes et on ne voudrait pas qu'une appli de rencontres sur leur téléphone leur fasse courir des risques. »

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Tout le monde n'est pourtant pas de cet avis-là. Laurence, Irrésistible travaillant dans la logistique internationale, prépare son voyage depuis un an : « Je n'ai pas hésité. J'ai programmé mes quatre semaines de vacances dès le printemps. C'était au moment de l'attribution qu'il fallait boycotter. Pourquoi faire ''supporter'' aux supporters qui ont envie de vibrer des décisions prises il y a douze ans ? Là, on n'en entendait pas parler. Aujourd'hui, au-delà du Mondial, on culpabilise beaucoup trop les gens - les jeunes surtout - sur ce qui se passe. Autour de moi, tout le monde me demande de partager ce que je vais vivre là-bas. Il n'y en a que deux qui m'ont dit qu'ils boycottaient. Plus jeunes, dans les 20, 30 ans, ils appréhendent le futur. Il faut arrêter de faire porter toute l'angoisse du monde sur ces jeunes. On est en train de créer une génération d'anxieux ».

Un coût financier qui freine les supportersMais s'il y a moins d'engouement, ce n'est pas uniquement en raison des problématiques environnementales, sociologiques et sociétales. « Ce n'est pas une Coupe du monde pour les supporters », poursuit Tosolini. Déjà pas pratique pour se libérer à l'automne, elle est aussi beaucoup plus onéreuse selon Tosolini : « Si les Bleus vont au bout, le supporter devra payer plus de 20 % de plus qu'en 2018 pour ses billets et entre 15 et 25 % de plus pour les chambres d'hôtel. »

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« C'est une Coupe du monde pour ''privilégiés'', constate Laurence, qui estime « entre 8 000 et 10 000 euros », son budget en cas de parcours complet des Bleus. Et dire que ça aurait pu être gratuit ! Tosolini confirme : « Le Qatar a cherché de fervents supporters, avec invitations tous frais payés. J'ai reçu une demande il y a un an et demi... Chez nous, beaucoup ont été invités, tous ont décliné ! Et les influenceurs qui ont accepté, je ne les vois pas à tous les matchs de l'équipe de France ! »

Autre argument justifiant la faible présence française au Qatar et avancé dernièrement sur France Bleu Sud Lorraine par Sylvain Quirot, président du ''Supporters club de France'': « Ce n'est pas le pays qui fait le plus rêver. Rien à voir avec le Brésil, avec les chutes d'Iguazú, ou la place Rouge en Russie. Il y a des buildings, du sable et des chameaux ».

Fabian Tosolini, qui animait mardi le dernier entraînement des Bleus à Clairefontaine, ne verra rien de tout ça. Pas même les matchs à la télé. « Le nerf de la guerre, ce sont les droits de diffusion, avoue-t-il. À notre modeste échelle, essayons de réduire les audiences... Il n'y a que ça qui touchera la FIFA. Mais je vais m'intéresser aux résultats ! » Pas tous là, les supporters des Bleus, mais jamais loin du coeur.

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