Breakdance - JO - Lilou, légende de la breakdance, au sujet des JO : « à nous de faire les bons choix pour que notre culture reste »

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Légende de la breakdance, Lilou (ou Ali Ramdani) a remporté deux fois le Red Bull BC One, la compétition la plus prestigieuse du milieu. Le Lyonnais a désormais un rôle de « grand frère », qui lui tient vraiment à coeur, et se réjouit de l'avenir olympique de sa discipline, à Paris 2024.

« Vous n'êtes plus compétiteur sur ce Red Bull BC One, vous avez désormais un rôle un peu plus de grand frère ?
Oui, j'aime bien ce rôle. J'ai cette expérience d'avoir remporté la finale internationale deux fois. Aujourd'hui, on est dans une génération qui a beaucoup changé : les réseaux, la manière de s'entraîner, de se faire connaître aussi. Avant, il fallait gagner des battles, des battles. Aujourd'hui, tu postes sur Youtube une vidéo qui fait le buzz et tout le monde parle de toi. Mais en battle, tu fais quoi ? Si tu gagnes le Red Bull BC One ici, tu peux te prétendre au titre de champion de France, et tu vas représenter la France à l'international. Est-ce que tu as les épaules pour ça ? Tu as beau être le meilleur dans ta salle de danse, c'est pas pareil quand tu es face à un adversaire qui veut gagner aussi, un jury, un public et des lumières.

Ces deux victoires, qui valent comme des titres de champion du monde, ça a marqué un tournant dans votre carrière ?
C'est la plus prestigieuse, chaque danseur rêve de participer à cette compétition. C'est la plus pro aussi. La gagner une fois a changé ma carrière, car j'étais l'outsider, 21 ans, blessé à la main en plus. J'ai pas réalisé réellement, car c'était la deuxième édition seulement. En 2009, quand j'ai re-gagné, ça a fait un boom de ouf. J'étais le seul double champion du monde. Ça m'a fait voyager partout, j'ai eu beaucoup d'opportunités (il a notamment dansé avec Madonna au Superbowl ou dansé dans un clip du groupe The Chemical Brothers). À la base, moi je danse dans la street, dans des petites MJC. Et ça m'a permis de faire autre chose, pas que dans la danse. Ça a changé ma vie, au-delà du monde du break.

Depuis l'annonce de l'arrivée du break aux JO, avez-vous du changement dans le milieu ?
Jusqu'à aujourd'hui, il n'y a pas encore eu d'énorme différence, parce que c'est encore jeune. Il y a eu pas mal de grands médias, certains sponsors qui s'y intéressent, ça commence à s'ouvrir. C'est vrai que quand il y a eu l'annonce, c'était un truc de ouf. Pour une discipline si jeune... ça a commencé dans la rue, dans le Bronx à New York, et ça continue aux Jeux Olympiques à Paris. Elle est là aussi la fierté : pour la première fois que ça rentre aux JO, peut-être la seule fois, ce sera à Paris. Pourtant, je suis un fervent Lyonnais (rires). Mais c'est un truc de ouf. On est une grande nation de break, ça valide tout ça.

La communauté semble scindée en deux, comme dans le skateboard, qui sera aux JO à Tokyo, avec une partie qui trouve que la discipline n'a pas sa place aux JO.
C'est un peu le même délire, avec le skateboard ou le snowboard. Tu avais les puristes ''non, il ne faut pas qu'on aille là-bas''. Et les autres. Moi, ce que je pense, c'est que ce milieu existe déjà, les compétitions, les événements internationaux. Il y aura les Jeux Olympiques, mais ça ne veut pas dire que le reste n'existe plus. C'est plus à nous, acteurs de cette scène, de faire les bons choix pour que cette culture reste. Ce n'est pas pour nous, ou pour moi personnellement, j'ai 37 ans, j'en aurai 40 aux JO à Paris. Je ne compte pas avoir un sponsor à 40 ans. Mais si les petits frères peuvent avoir ce truc-là...

Vous êtes satisfait de ce que vous voyez ?
On est vraiment dans une étape transitoire. On a une Fédération depuis une an et demi (une commission au sein de la Fédération française de danse depuis 2019), ça a divisé la scène française au début, il y a presque eu deux Fédé qui allaient se monter. C'est cool d'aller aux JO, après c'est à nous de bien faire les choses pour bien s'organiser, s'améliorer. Il y a des talents français, on peut faire quelque chose. Mais quelqu'un qui est décisionnaire doit être quelqu'un de notre milieu, et qui comprend notre milieu. On est vraiment un mouvement autodidacte. Avant, on n'avait pas de fédérations, on ne sait pas forcément comment ça fonctionne.

Ça aurait pu vous intéresser les JO ?
(Il coupe). Franchement oui. J'aurais été fier de dire à mes parents ''je suis médaillé olympique ''. Les JO, c'est un truc de ouf. Quand j'étais petit, je regardais les JO. Je n'aime pas la natation, mais je connais et je regardais Laure Manaudou à la télé. Pourtant, je m'en fous de la natation (rires). Mais elle est championne olympique. Ou Djamel Bourras (champion olympique de judo en 1996)... On les a connus grâce aux JO. C'est grandiose. Et là, les premiers JO à Paris. J'ai toujours voulu être le premier à faire ci ou ça. Là, celui qui va gagner va être le premier champion olympique de break, c'est la classe. Moi, à mon niveau, je suis content de participer à ça, à faire évoluer le break. »

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