Carlos Alcaraz vient à bout de Jannik Sinner et se qualifie pour les demi-finales

L'Espagnol Carlos Alcaraz s'est qualifié pour les demi-finales de l'US Open en dominant en cinq sets (6-3, 6-7 [7], 6-7 [0], 7-5, 6-3) et plus de cinq heures de jeu l'Italien Jannik Sinner. Il affrontera l'Américain Frances Tiafoe.

C'est une soirée gravée à jamais dans l'histoire du tennis. Bien sûr des nuits magiques, qui ont réveillé les hommes et les loups, des matches d'anthologie qui ont convoqué les dieux antiques, ce sport en a connu de tout temps. Il en regorge, s'en nourrit et les légendes se sont sculptées ainsi, sur des instants de bravoure que les mots ne suffisaient plus à conter. Mais la victoire à 2h50 du matin heure new-yorkaise, soit la plus tardive de l'histoire de l'US Open, du prodige espagnol de 19 ans, Carlos Alcaraz, sur le talent italien, Jannik Sinner, 21 ans, si elle trouve évidemment, et sans contestation possible, une place déjà fort décente dans les annales de Flushing Meadows, semble surtout ouvrir en grand les portes d'un nouveau monde.

Ce n'était évidemment qu'un quart de finale. La dimension sportive n'atteignait sans doute pas les duels Federer-Djokovic des grandes années à l'US Open ou même la finale monumentale Nadal - Medvedev de 2019. Mais ce que ces deux jeunes hommes, increvables après 5h15 de jeu, ont produit dans la nuit de mercredi à jeudi, sans paraître à aucun moment rattrapés par la fatigue, mais seulement par l'enjeu, la crispation, un slice manqué, un revers qui fuit, fut tout à la fois exceptionnel et presque même, parfois, un peu effrayant.

Alcaraz écarte une balle de match à 5-4 dans le 4e set

Au final, les chiffres sont vertigineux. Le match compile 119 coups gagnants (Sinner 61, Alcaraz 58) pour 101 fautes directes (Sinner 63, Alcaraz 38). Et tout cela avec 13 aces seulement ! Leur tennis, parfaitement apparié, basé sur un engagement total, une férocité dans chaque frappe, cette envie de faire mal, d'agresser, d'oppresser, de se ruer littéralement, plus présente encore chez l'Espagnol que chez Sinner, qui peut parfois glisser un ou deux coups pour voir dans le jeu, semblent construits pour régner sur le tennis des dix prochaines années.

Le Arthur Ashe ne voulait donc pas manquer cela. Et il a été servi, se remplissant jusqu'à la glotte de coups phénoménaux, comme celui en extension dans le dos, avant passing de revers d'Alcaraz, à 6-5 dans le deuxième set, sorti d'une autre planète !

Avec dix-huit breaks dans ce deuxième match le plus long de l'histoire de l'US Open après le Edberg - Chang de 1992 (5h26), avec une nuit qui ne parvenait jamais à tomber tranquille, il y eut mille histoires dans ce match que l'Espagnol fut à un point de perdre, avec balle de match contre lui dans le 4e set à 5-4 sur service de l'Italien, qui sortait alors un revers sur le deuxième coup de raquette, avant de céder sa mise en jeu, une fois, puis deux fois en suivant, et permettre au n°4 mondial de se relever, de survivre et d'envoyer le match dans un 5e qu'il jouerait encore à la traîne, breaké à 2-2, avant de remettre les compteurs à 3-3 et de venir taper dans les mains des spectateurs du premier rang, comme lors d'un match NBA !

En réalité, plus rien n'avait vraiment de sens. Le Arthur Ashe refusait d'aller se coucher et ces deux-là continuaient de taper avec la même rapidité, la même brutalité dans la balle. « J'ai l'impression de voir un match de tennis de table », glissait Feliciano Lopez, quand Coco Gauff décidait de ne pas se coucher malgré un avion à 6h du mat pour « ne pas manquer ça » !

Alcaraz-Ruud, duel en décalé pour la place de n°1 mondial

Sinner peut évidemment nourrir des regrets. Même quand il a semblé dominé, souvent, l'Italien, qui restait sur deux victoires de rang face à Alcaraz (à Wimbledon et en finale à Umag) a eu cette capacité à jouer avec justesse les points clés. Ébouriffant sur les temps de jeu plus « neutres », Alcaraz ne parvenait pas à faire la différence et il s'est retrouvé sur un fil, à un point de la défaite. Mais la pépite d'El Palmar est sans doute un spécimen unique. Il y a deux ans et demi, il était 490e mondial et faisait sa route d'ado de 16 ans sur le circuit challenger. Mercredi, dans une nuit de dinguerie, il a terminé la rencontre sur un ace pour s'offrir sa première demi-finale en Grand Chelem en carrière (6-3, 6-7 [7], 6-7 [0], 7-5, 6-3).

lire aussi

Le tableau messieurs de l'US Open

Mais l'histoire va bien plus loin que cela. Vendredi, Alcaraz croisera la route de l'Américain Frances Tiafoe, tombeur en trois sets secs du Russe Andrey Rublev (7-6 [3], 7-6 [0], 6-4), avec pour horizon la place de n°1 mondial, qu'il va disputer, en décalé, à Casper Ruud. L'équation est simple : si l'un des deux accède à la finale, il deviendra n°1 mondial. Si les deux se retrouvent dimanche pour le dernier acte, le vainqueur de l'US Open sera alors proclamé. D'autres douces folies risquent bien de tomber sur Flushing d'ici la fin de semaine.