Cauchemar matinal en Argentine après la défaite contre l'Arabie saoudite

À Buenos Aires, les enfants se rendent à l'école avec le maillot de la sélection malgré la défaite contre l'Arabie saoudite. (Agustin Marcarian/Reuters)

L'Arabie saoudite est venue mettre fin mardi à une série de 36 matches sans défaite de l'Albiceleste (2-1), qui n'a plus de marge d'erreur dans cette Coupe du monde. Un cauchemar éveillé au petit matin pour l'Argentine.

« Insolite », « Inattendu », « Douloureux ». Les mots tournent en boucle sur les chaînes de télé argentines. « Un coup mondial », titre le quotidien sportif Olé. Plus qu'une douche froide, c'est un coup de massue. La défaite (2-1) contre l'Arabie saoudite, mardi, a laissé l'Argentine aussi abasourdie que sa sélection lorsque l'arbitre a sifflé la fin de la rencontre.

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À l'image des regards perdus de Messi ou de Di Maria, à l'issue de 108 minutes qui ont semé plus d'inquiétudes que de certitudes, les souvenirs d'un passé noir sont revenus en bloc dans la tête des fans qui ont tout de même dû prendre le chemin du travail ou de l'école, dépités.

Un pays prêt à jouer le 12e hommeTout le pays s'était pourtant préparé à jouer le 12e homme lors de cette rencontre. Les élèves avaient le choix de voir le match à la maison ou à l'école. Les boulangeries avaient prévu une ouverture prématurée pour assurer à ceux qui avaient mis leur réveil d'être prêts, concentrés, dès que l'hymne allait résonner, à 7 heures. Convaincus que leurs protégés allaient s'imposer, sans imaginer une seconde que l'Albiceleste, invaincue depuis 36 matches, allait finalement être battue par une Arabie saoudite bien plus faible sur le papier.

Accompagné de cafés et de medialunas, petits croissants argentins, en lieu et place de la bière, le pays avait vu un Leo Messi détendu et sûr de lui ouvrir le score sur penalty après dix minutes de jeu. Le dix, à la dixième minute : « Un signe ! Diego nous aide depuis là-haut », se réjouit le pompiste d'une station-service de Buenos Aires, planté devant l'écran avec tous ses collègues alors qu'une file d'attente se forme à la pompe.

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C'était sans compter sur le piège tendu par Hervé Renard et l'intelligence artificielle, ni le courage d'une sélection saoudienne qui n'avait rien à perdre et a renversé le score en cinq minutes après la pause, ni la réaction nerveuse d'une Albiceleste qui n'avait jamais été menée au score depuis 26 rencontres.

En voyant cette équipe d'Argentine imprécise, tendue dès que l'Arabie saoudite est passée devant, journalistes et consultants argentins ont malgré tout voulu y croire jusqu'au bout. Ils ont demandé des minutes additionnelles, accéléré leur débit de paroles comme pour donner une nouvelle impulsion au match, et personne ne voulait croire que cette équipe ne ramènerait même pas un petit point à l'issue de cette première journée.

L'optimisme reste de mise« Le pire match de l'ère Scaloni », a titré après coup le journaliste Hugo Balassone dans sa chronique pour TyC Sports. « L'acteur est arrivé à Broadway mais a oublié son texte », a-t-il écrit. Mais cette fois, contrairement aux éditions précédentes, médias et journalistes argentins veulent rester optimistes, éviter le défaitisme et la critique immédiate qui leur ont coûté de nombreux conflits avec Messi et la sélection par le passé.

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À l'instar de leur capitaine en zone mixte, ils appellent donc à l'unité derrière la sélection. « Maintenant, plus que jamais, il faut supporter l'Argentine », a twitté le commentateur de la télévision publique Pablo Giralt. Même son de cloche pour la journaliste Veronica Brunati : « L'Argentine doit retrouver l'Argentine. Le pire de ce qu'il s'est passé aujourd'hui, c'est qu'elle a perdu le sens de son jeu. Elle a perdu le nord. [...] Heureusement, il est encore temps. Ça ne fait que commencer ».

Le coup est dur et les prochains jours vont être agités au pays. Mais le champion d'Amérique en titre ne baissera pas les bras si facilement. De la Quiaca à Ushuaia en passant par Doha, on refuse de se rendre et d'envisager un scénario à la 2002 lorsque, avec Bielsa aux commandes, on avait vu une Argentine pourtant favorite rentrer à la maison à l'issue de la phase de groupe.

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