Cavani : l’éternel mal aimé du PSG ?

Alors que des petites tensions se font sentir entre Neymar Jr et Edinson Cavani, c’est la personnalité de l’Uruguayen qui interroge.

Les images parlent pour elles-mêmes : entre Edinson Cavani et Neymar Jr, les tensions sont palpables lorsqu’il s’agit de déterminer qui va tirer au but. Depuis ce fameux match contre Lyon et malgré la victoire des Parisiens (2-0), la polémique enfle dans la capitale, alimentée par des rumeurs sur les tensions entre le Brésilien et l’Uruguayen dans le vestiaire francilien.

Difficile de connaitre le vrai du faux mais une chose est sûre : Cavani est un attaquant, et un attaquant n’aime pas partager le but. Numéro 9 pur sang, l’ancien Napolitain n’a jamais caché son obsession pour la victoire, ni concédé une minute de relâchement dans ses efforts pour y parvenir. C’est une qualité que personne ne pourra jamais enlever à « Edi » : sa combativité à toute épreuve. Alors forcément, difficile pour lui d’accepter de partager l’affiche… Et la zone de vérité. Mais n’est-ce pas le cas de tous les avants-centres, en mal de statistiques et d’adrénaline ?

Les prémices avec Ibrahimovic

Arrivé en 2013 dans la capitale, Cavani a pourtant beaucoup pris sur lui. Oubliée, la superstar aux 104 buts en 138 matches sous le maillot de Naples, quand il a fallu se rendre au service d’un collectif… Et d’un homme. Retranché sur une aile, pendant que Ibrahimovic vampirisait les ballons et l’attention dans l’axe de l’attaque francilienne, l’attaquant a rongé son frein, attendant son heure et essuyant une pluie de critiques acerbes. Nombreuses sont les fois, aussi, où Cavani a « menacé » de quitter Paris s’il n’avait pas enfin la reconnaissance qu’il s’estimait mériter. Comme lorsqu’il avait manqué la reprise lors d’un stage hivernal au Maroc puis avait fait resurgir des envies de départ après avoir été sanctionné par son club. Difficile aussi, pour lui, de partager l’affiche avec un autre attaquant à l’égo surdimensionné…

« S’il était mal dans sa peau et dans son équipe, s’il avait des rapports difficiles avec certains, il ne ferait pas tous les efforts qu’il fait », expliquait Laurent Blanc lui-même, pour répondre à la difficile cohabitation entre le Suédois et l’Uruguayen, tandis que l’intéressé bottait en touche : “Zlatan, je le connais en tant que partenaire de vestiaire. Nous avons des caractères différents mais dans un groupe il y a toujours des personnalités différentes. Je ne peux rien dire de négatif sur lui parce que honnêtement il apporte beaucoup en positif au groupe. Après, dans sa vie personnelle, chacun fait ce qui lui semble le mieux”.

Mais le déclic, face aux buts et dans le vestiaire, n’est pourtant bien arrivé qu’avec le départ d’Ibra. Comme la condition sine qua non de sa réussite. Une année aura suffit pour qu’il se désinhibe. Une année de champ libre à Cavani pour que ce dernier n’explose les records et prouve enfin qu’il avait les épaules pour être un leader d’attaque et un tueur de stats (49 buts en 50 matches)… Quand le jeu était à son compte.

Cavani, un buteur redoutable.

L’arrivée de Neymar… Et le retour des débats d’égo ? 

Logique que lorsque Neymar a débarqué, avec toute l’attention des médias, du club, de ses partenaires et même de ses adversaires, la pilule a sûrement été difficile a digérer pour l’attaquant n°1. D’autant qu’Unai Emery souhaite faire du goleador de la Seleçao le dépositaire du jeu francilien. Difficile d’accepter que l’histoire avec Ibra, son ego et son traitement réservé par le club, allait recommencer. Bis repetita.

Difficile aussi, d’accepter qu’un jeune joueur comme Neymar, aussi talentueux soit-il, débarque dans « son » équipe, prenne « ses » ballons et s’estime légitime pour lui manquer de respect devant les caméras du monde entier. De se dire que tout le travail effectué depuis trois ans sera remis en cause par les ambitions d’un néo-parisien.

“La vérité, c’est qu’il n’y a aucun problème. Neymar vient d’arriver. Il va surement se faire voir de plus en plus. Nous, comme je l’ai dit depuis le début, on a toute la bonne volonté pour qu’il puisse s’adapter au mieux”, avait pourtant expliqué Cavani auprès de Gol de Medianoche le mois dernier.

L’avis du spécialiste

Romain Molina, auteur qui boucle la biographie du Matador (sortie en novembre prochain, aux éditions Hugo Sport), et s’avoue très proche du clan Cavani, nous a livré son avis sur la question : « Contrairement à beaucoup de joueurs, Cavani n’a jamais cherché le conflit, à s’opposer à un coéquipier. Avec Ibra, il y avait comme un accord tacite de non-agression et beaucoup de respect entre deux compétiteurs. Cette saison, c’est différent, il est passé de « tout le monde joue pour lui » à un statut encore indéfini. Donc quand il fait quatre appels et que les ballons n’arrivent pas, il est frustré. Il a une obsession du but très chiante pour ses coéquipiers, mais il est profondément collectif. » 

« Cavani, être un leader, battre des records, avoir la lumière, il s’en fout. Il veut marquer, il veut gagner. Cavani, quand il gueule, c’est qu’il est énervé avant tout contre lui-même. Être sous utilisé pendant quelques années, ça lui a peut être donné l’envie d’exister, de se rendre indispensable. Il n’a simplement pas envie de passer aux oubliettes. Mais il préfère ceux qui se respectent à ceux qui sont les meilleurs », a finalement conclu son biographe.

Discret dans la vie, nerveux sur le terrain, Cavani est donc un homme d’affect, un « mal-aimé » qui a simplement besoin d’être rassuré par son club, son vestiaire et son public. Et si en privé, il affirme vouloir s’adoucir et travailler sur cette nervosité, il sait aussi que dans ce PSG là, qui se rêve d’épopée européenne, il faudra partager le haut de l’affiche pour gagner… Avec les meilleurs.

Ambre Godillon

 

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