Chute libre freefly - Chute Libre freefly - Grégory Crozier : «On enchaîne jusqu'à douze sauts par jour»

L'Equipe.fr
·7 min de lecture

Le champion du monde de chute libre freefly, Grégory Crozier, 39 ans, s'est confié sur sa discipline, ses envies de record du monde et la chance de pouvoir sauter dans le monde entier avec son binôme, Karine Joly. « Comment s'est passée votre préparation pendant le confinement ?
Pour l'instant, tout est en suspend. Normalement, il devait y avoir deux manches de Coupe de France et le championnat de France en 2020, mais seule une étape sur deux jours sera honorée pour sauver la saison, et bien sûr, le championnat du monde 2020 en Russie est reporté à 2021. Les mondiaux devaient se tenir cette année, mais il y a encore pas mal de federations qui n'ont pas pu reprendre l'entrainement, donc ce sera sans doute encore decale a 2022. Techniquement, nous sommes toujours champions en titre ! lire aussi Fred Fugen (Soul Flyers) : « Quand je pense à Vince, ça me donne envie de continuer » Les compétitions ont-elles repris ou tout est encore arrêté ?
Pour l'instant, tout est en suspens. Normalement, il devait y avoir deux manches de Coupe de France et le championnat de France cet été, et surtout le championnat du monde 2020 au Canada, mais ils ont été annulés. Les mondiaux devaient se tenir en 2021, mais il y a encore pas mal de fédérations qui n'ont pas pu reprendre l'entraînement, donc ce sera sans doute encore décalé à 2022. Techniquement, nous sommes toujours champions en titre !

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Comment se déroule une compétition de chute libre ?
Tous les deux ans se déroulent le championnat du monde. Et les années entre, c'est plus léger. Il y a des compétitions nationales sinon, Coupe de France et championnat de France. Dans la chute libre, en freestyle, nous devons réaliser sept sauts. On a deux sauts qui sont imposés par le jury, que tout le monde devra réaliser, puis cinq sauts libres. Une fois dans l'avion, qu'est-ce qu'il se passe dans votre tête ?
On fait le vide, on est dans notre bulle donc on ne fait pas vraiment attention aux autres equipes. En freefly, on ne remplis pas l'avion, on met six trios, le binome et le cameraman. Puis c'est le saut. Jusqu'a il n'y a pas si longtemps, les sauts duraient 45 secondes, maintenant, c'est 42. Et une fois en l'air, il n'y a plus de communication possible, tout doit se faire au sol. Une fois lance c'est trop tard, tu es parti jusqu'a l'atterrissage. Tu dois connaitre tes partenaires par coeur. Si tu fais des signes, ils se verront, et en plus de perdre du temps, il peut y avoir incomprehension et on risque de perdre beaucoup de points (je ne mettrais pas ça mais c'est toi qui vois). La chorégraphie entière repose sur le rythme et les axes de travail. C'est pour ça que la maîtrise du temps et donc les années d'entrainement sont indispensables. La seule option est de ralentir pour attendre le videoman, ou faire des pauses entre chaque figure et bien sûr, accélérer par la suite pour finir le saut dans les temps. lire aussi Ludovic Dulou, tel un albatros Combien de temps est-ce que ça demande pour avoir une synchronisation parfaite ?
Avec Karine, ça fait plus de dix ans qu'on saute ensemble. On a fait notre première victoire en 2018, lors de notre dixième année. Pour qu'une équipe fonctionne bien et se lance en compétition, il faut qu'ils passent minimum trois ans d'entraînement intensif ensemble. D'ailleurs, notre participation au Mondial 2022 est compromise à cause de ça. Notre vidéo man, Baptiste, est partie après le titre pour faire des projets personnels, et si on avait voulu être compétitif, il aurait fallu rechercher dès la descente du podium un nouveau membre. On a enchaîné les cameramans depuis notre formation, on en a eu quatre ou cinq, mais à part lui, beaucoup sous-estimaient le temps et l'investissement au haut niveau, et partaient après quelques mois. En parlant d'entraînement, comment se passent vos séances ?
Il faut savoir qu'on est aussi instructeur en soufflerie, donc on fait beaucoup de sauts et de temps de vols avec des élèves, et ça nous permet de pratiquer le plus possible, et même de pouvoir nous nous améliorer. La soufflerie représente la moitié du temps d'entraînement, mais si on enlève les heures de cours on tombe à 10 % du temps. Pour ce qui est des sauts grandeur nature, la fédération nous paye des stages. Il faut savoir que la fédération française est celle qui s'occupe le mieux des athlètes. Les autres, notamment en Russie et aux États-Unis, les deux autres grandes nations avec la nôtre, donnent des enveloppes avec le budget pour cinquante à cent sauts. Notre fédération met tout en place pour nos stages, sans qu'on ait de frais, avec un entraîneur détaché du ministère, ce qui nous garanti entre 300 et 500 sauts à l'année selon la présence d'un championnat du monde ou non. Pendant ces stages de préparations, on enchaîne jusqu'à douze sauts par jour, au-delà, on perd vite en qualité. lire aussi Mike Horn : « Réussir à motiver un peu les gens » Vous avez participé à des records du monde, racontez-nous cette aventure ?
J'ai participé aux deux derniers records du monde, tête en haut en 2019 avec 84 personnes, et tête en bas en 2015 avec 164. Les deux étaient à Chicago, et c'était impressionnant. D'ailleurs, c'est plus simple de le faire tête en bas que tête en haut, car dans cette dernière, vos bras servent à l'équilibre. Quand on est tête en bas, ce sont les jambes, donc, plus facile de tenir une formation. Quand tu es dans l'avion, il y a tout le monde, et l'ambiance est moins pesante car là, c'est une gigantesque équipe et non une compétition. On est main dans la main avec des athlètes qui viennent de partout dans le monde, et l'ambiance est juste incroyable. C'est un événement qu'on attend tous, et je pense que j'y participerai jusqu'à mon dernier saut. Qu'est-ce qui vous a marqué dans votre carrière ?
Avant tout, les endroits d'exception ou on a pu sauter. J'ai du mal a choisir, car on est vraiment chanceux de ce cote la. Dernierement, on a saute a Bora-Bora, aux Maldives, par dessus des Pyramides de nuit en Egypte... Et meme au-dessus de Copa Cabana a Rio. Pour ce saut, on a dû negocier longtemps avec le ministere de la défense bresilien, qui nous a donne une autorisation pour sauter très tot le matin, avant la reprise du trafic aerien. Ce sont les pilotes de la Police de Rio qui nous ont emmene en helicoptere pour voler autour du christ et sauter dessus de la plage de Copacabana. C'etait vraiment une experience magnifique. En competition.. Je dirai la derniere seconde de vol aux championnats du monde 2018 en Australie. On termine la derniere figure, et comme on avait de l'avance, et que le saut était réussi, j'ai su tout de senti que c'etait bon, et meme si c'est qu'une petite seconde, elle est inoubliable. Parce dans les sauts, a l'entrainement ou en competition, on a rarement le luxe d'apprécier le moment... la concentration est trop forte. On met l'emotionnel de cote, et ca devient pas robotique mais presque. Ce sont des sauts de travail et la qualite du saut en depend. Surtout quand tu ne sautes pas seul, et que tu as un trio avec toi. C'est l'equipe avant tout. Si tu fais une erreur, que ce soit en sortie d'avion, ou dans les airs sur une figure, c'est facilement un an de travail qui tombe par terre, en une fraction de seconde. Quel sera votre prochain projet ?
Pour l'instant, on revient juste de Namibie, donc ça va être un peu calme. On essaye de prévoir des choses, mais c'est compliqué en ce moment. La seule certitude, c'est le prochain record en juillet 2022. Il y a tellement de ressources humaines et financières qui vont dans l'organisation que la date est déjà réservée. Cette fois, nous serons 200 à nous élancer tête en bas, et j'ai très hâte d'y être.»