Confusion et critiques perdurent sur les drapeaux jaunes

Léna Buffa
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Depuis le renforcement de la règle sur les drapeaux jaunes, beaucoup de pilotes continuent à exprimer leur opposition à la fermeté actuelle sur le sujet, qu'ils estiment dénuée de bon sens, ou à critiquer une mise en application qu'ils jugent confuse. Ce fut le cas à nouveau lors du Grand Prix de Teruel, et notamment lors d'accidents survenus pendant les EL2 et à la fin des EL3 et de la Q2.

La règle sur les drapeaux jaunes est appliquée avec une fermeté scrupuleuse depuis que plusieurs pilotes ont été chronométrés en amélioration pendant les qualifications du Grand Prix d'Espagne alors qu'ils traversaient une zone de drapeaux jaunes à la suite d'un double accident. La direction de course a dès lors souhaité durcir le ton et renforcer la mise en pratique de cette règle afin que tout chrono établi en présence d'un drapeau jaune (et pas seulement sous double drapeau jaune) soit supprimé, qu'il s'agisse d'essais libres ou de qualifications. Les pilotes étaient prévenus : aucune flexibilité ne serait désormais consentie dans l'application de cette règle, ce qui a depuis engendré nombre d'annulations de chronos après des chutes.

L'un des problèmes qui se pose est que les pilotes ne voient pas toujours les drapeaux, raison pour laquelle ils militent désormais pour le recours à des panneaux lumineux, plus visibles depuis la piste. Avant une éventuelle mise en pratique généralisé de ce système, ils doivent cependant se satisfaire des conditions actuelles et savent que le couperet peut tomber à tout moment.

"Ils ont voulu donner plus d'importance à la sécurité et dans ce cas-là le tour est annulé, qu'on ait vu le drapeau ou pas", décrit . "Tout le monde sait que le tour sera annulé et donc on ralentit et on risque moins de faire une erreur à un endroit où se trouvent les commissaires ou le pilote à terre. Mais ça conditionne de nombreux tours et on peut avoir planifié un programme qui prévoit qu'on fasse beaucoup de tours et qu'on attaque à un moment donné, et ensuite on nous annule un tour et c'est gâché. Il faut donc beaucoup de chance et c'est un peu compliqué à gérer."

"Je ne sais pas ce que serait la meilleure règle, franchement. Ça dépend à quoi on veut donner plus d'importance et cette année c'est ça qu'ils ont décidé", souligne l'Italien, plus pondéré que certains de ses collègues, qui jugent que les pilotes savent mieux que quiconque évaluer le degré de risque dans une zone d'accident.

"La règle est stupide, quoi qu'on en dise," estime notamment . "Oui, on fait des courses de motos et on peut tomber. Dans un sens, je suis d'accord avec la règle, mais d'un autre côté les médias et les gens qui regardent la télévision à la maison veulent du show. Ils veulent que les EL3 soient une séance de qualifs, et s'il y a une chute à chaque tour de qualifs, [les gens] ne verront donc rien à cause des drapeaux jaunes."

Alex Marquez, Repsol Honda Team , Pol Espargaro, Red Bull KTM Factory Racing

Alex Marquez, Repsol Honda Team , Pol Espargaro, Red Bull KTM Factory Racing<span class="copyright">Gold and Goose / Motorsport Images</span>
Alex Marquez, Repsol Honda Team , Pol Espargaro, Red Bull KTM Factory RacingGold and Goose / Motorsport Images

Gold and Goose / Motorsport Images

Dans la foulée, le sujet a une nouvelle fois été abordé à la Commission de sécurité, vendredi soir, où les pilotes ont pu exprimer leur frustration quant au travail mené par la direction de course, sans toutefois avoir le sentiment qu'un quelconque changement pourrait intervenir en dépit de l'écoute qui leur est accordée. Le lendemain, un nouvel incident a encore alimenté la colère de certains, lorsque quatre chronos ont été supprimés à la fin de la Q2 suite à la chute de , puis réattribués lorsque la direction de course a été alertée, tardivement, que les drapeaux jaunes avaient déjà été enlevés au moment où les pilotes en question sont passés dans la zone concernée, l'une et l'autre des décisions prenant de longues minutes à être annoncées.

Directement impacté par ce yo-yo du classement, ne mâchait pas ses mots pour critiquer le manque de sérieux d'une telle situation : "On dirait une blague, franchement, ces choses-là ne peuvent pas arriver. Ça n'est pas possible ! C'est peut-être une erreur commise par les ordinateurs ou la direction de course, mais ça n'est pas possible que ça arrive. Si je fais une erreur au freinage à 300 km/h, je tombe et je vais à l'hôpital, c'est ma faute. Donc je sais que leur job est difficile, mais le mien l'est encore plus, alors il faut qu'ils le fassent correctement. Ça n'est pas une question de faire de son mieux, non : ils DOIVENT faire leur job à la perfection, ils ne peuvent commettre aucune erreur, parce que c'est très important pour nous. Pour moi, ça change beaucoup de choses de partir septième ou neuvième."

"Et puis les infos que vous obtenez sont les mêmes que celles que j'obtiens", déplorait encore le pilote espagnol auprès des journalistes. "J'ai donc vu en terminant la séance que j'étais neuvième, puis je suis monté à la septième place et ensuite quand j'ai reçu le papier j'étais de retour à la neuvième place. C'est super dur pour nous de comprendre ces situations."

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Particulièrement volubile sur le sujet, Pol Espargaró critique autant la confusion d'une telle situation et la lenteur des décisions que ce qu'il juge être un manque de cohérence entre un fait et l'autre de la part de la direction de course. "Il est clair que tous les pilotes sont mécontents − pas de la règle, elle est bien, mais de la manière dont elle est appliquée", estime-t-il. "Ce genre de règles doivent être vraiment bien appliquées, car on enlève par exemple des tours de qualifs, or on prend tellement de risques dans ces tours-là que c'est super douloureux d'en voir supprimés, ça n'est pas comme supprimer un tour d'EL2."

"Si la règle s'applique à tous de la même manière, ça va. Le problème est que la règle ne s'applique pas de la même façon pour tout le monde", poursuit-il. "Le week-end dernier, j'avais un gars devant moi [Álex Márquez] et je n'ai pas pu finir mon tour parce qu'il s'est arrêté dans le dernier virage. J'ai failli tomber. C'était super clair, mais il ne s'est rien passé ! En République Tchèque, même si le drapeau jaune était très loin et que je ne pouvais pas le voir, ils m'ont enlevé mon tour, qui m'aurait valu la deuxième ligne. Pendant le week-end du Mans, [...] en qualifs, Bagnaia n'a pas pu finir son tour alors qu'il était rapide, parce qu'un autre gars se trouvait devant lui et s'est arrêté, et pourtant ils n'ont pris aucune décision et il ne s'est rien passé."

"Ce que je veux donc dire, c'est que s'ils appliquent les règles comme ils l'ont fait pour moi et qu'ils font toujours la même chose, ça va. Le problème c'est la manière dont les règles sont appliquées. Si vous supprimez tous les tours bouclés sous drapeau jaune, parfois ça n'est pas juste, comme cela m'est arrivé en République Tchèque, mais je suis d'accord. Par contre, si vous n'appliquez pas cette règle de la même façon à tous les pilotes, alors ça va devenir un problème. On ne peut pas sélectionner quand la règle va s'appliquer et quand ce ne sera pas le cas."

Avec Vincent Lalanne-Sicaud