Coupe Davis - Jay Clarke, de Derby à Rouen : itinéraire d'un espoir du tennis britannique longtemps délaissé

L'Equipe.fr
Longtemps délaissé par sa Fédération, Jay Clarke (18 ans), sparring de la Grande-Bretagne à Rouen, est aujourd'hui le seul teenager britannique dans les 800 premiers mondiaux (420e). Itinéraire d'un enfant des East Midlands à la trajectoire singulière.

Longtemps délaissé par sa Fédération, Jay Clarke (18 ans), sparring de la Grande-Bretagne à Rouen, est aujourd'hui le seul teenager britannique dans les 800 premiers mondiaux (420e). Itinéraire d'un enfant des East Midlands à la trajectoire singulière.Au soir de l'élimination de l'équipe de France à Zadar, en septembre dernier, Yannick Noah avait formulé un souhait : «Si je suis là (en 2017), je veux qu'on emmène un junior avec nous, qui fasse sparring, qui shoote les mecs, je veux qu'il mette le survêt.» A Rouen, le sparring des Bleus se nomme Jonathan Eysseric, 26 ans, autrefois junior prometteur, aujourd'hui pro sur le circuit secondaire (225e). Leon Smith, le capitaine britannique, a lui retenu pour la préparation Jay Clarke, un gamin de 18 ans qui promène son sourire et son bonheur d'être là, en Normandie.«Quand Leon m'a appelé sur Facetime pour m'annoncer la nouvelle, j'étais sur un Future et j'en ai été choqué. Je ne l'avais pas vu arriver», avouait-il jeudi, dans la foulée du tirage au sort. «Jay est top, il a la bonne attitude, à l'entraînement il oppose une belle résistance, se félicitait, la veille, son capitaine, volontiers taquin avec son ouaille. Il lui reste encore à faire ses preuves, lors de son discours au dîner officiel (du mercredi soir).»Cinq kilomètres à pied pour aller s'entraîner, au pied de la cathédraleLe ton n'a pas toujours été aussi léger entre Jay Clarke et sa Fédération (LTA) : l'enfant de Derby (East Midlands), issu d'une famille modeste avec un père (Earol) ancien travailleur social, aujourd'hui retraité, et une mère assistante pédagogique, a régulièrement dû faire l'impasse sur des déplacements faute de financements. Fin 2015, sa sœur aînée, Yasmin (26 ans), ancienne n°18 de son pays, s'était publiquement interrogée sur les raisons de cette ostracisation. Champion d'Europe des moins de 14 ans en 2012, Jay était alors number one de son pays chez les juniors (25e mondial).C'est la grande sœur qui a initié son plus petit frère (il y a aussi Curtis, 22 ans), sur un terrain public de Derby, à deux pas de la cathédrale, cinq kilomètres du domicile familial (sans voiture pour faire le trajet), et à l'écart des clubs privés, hors de prix. «Elle a joué un rôle majeur dans mon développement», soutient Jay Clarke, dont les proches ont régulièrement cotisé pour lui permettre de vivre son rêve. La presse locale (Derby Telegraph), vite alertée sur le potentiel du garçon, a également soutenu la cause familiale, invitant à la fin de plusieurs articles d'éventuels sponsors à contacter le paternel. Début 2015, 24 000 livres seront également levés sur la plateforme de crowdfunding MeWeZen. Entre des séjours (sur invitation) à l'académie Bollettieri, en Floride, ainsi qu'à Barcelone chez Galo Blanco, ou une immersion en Suède il y a deux ans, le temps d'un trimestre, à la Good to Great Academy du trio Norman-Kulti-Tillström, Jay Clarke (1,83m), droitier au coup droit puissant et au revers à deux mains, a multiplié les expériences, se frayant son propre chemin en parallèle de la plus commune voie royale (filière fédérale). «Je pense que j'en veux plus que mes adversaires, assure-t-il. Les épreuves que vous traversez dans la vie, en dehors du tennis, vous rendent plus fort et peuvent vous aider sur le court, lors des moments difficiles.»Depuis six semaines, Clarke a ajouté à son team (Yasmin et Curtis Clarke) un coach privé basé à Gijon, l'Espagnol Esteban Carril (ancien entraîneur de Johanna Konta). Les résultats n'ont pas tardé à suivre : en mars, à Antalya, l'Anglais a remporté son premier «15000 dollars» (son troisième Future). Le voilà 420e mondial cette semaine (au-delà des 1000 premiers début septembre), dixième mondial des moins de 19 ans, et unique teenager britannique dans les 800 premiers.Une progression expresse qui lui ouvert des portes (celles de la Team GB) qu'il pensait sans doute verrouillées pour un moment. «En quelques jours, j'ai énormément appris, savoure-t-il. Sur la nutrition, la récupération, l'échauffement... Plein de détails très instructifs.» Qui pourraient accélérer, encore un peu plus, sa si singulière trajectoire. La France mène 2-0 contre la Grande-Bretagne

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