Coupe du monde : Jules Lapierre, le talent récompensé

Jules Lapierre porté en triomphe par ses compatriotes dimanche dernier à Val di Fiemme. (M. Bertorello/AFP)

Régulièrement blessé depuis plusieurs années, le skieur de Saint-Hugues-de-Chartreuse (Isère) a décroché ce dimanche son premier podium (3e) en Coupe du monde sur les pentes de l'Alpe Cermis (Italie), récompensant un talent reconnu de tous.

Finalement, il y a une certaine logique que la récompense soit arrivée en haut d'une pente avec des passages à 28 % et des lacets à faire reculer les plus téméraires. La carrière de Jules Lapierre n'a jamais été un long fleuve tranquille et sa devise - « une mer calme n'a jamais fait un bon marin » - colle parfaitement à ses skis.

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Comme dimanche dernier à Val di Fiemme, où Lapierre a eu mal aux jambes, et à la tête, quand le Norvégien Roethe vissait dès les premiers mètres de l'ascension. Mais le fondeur de 27 ans s'est accroché dans les skis de l'Allemand Friedrich Moch, avant de saisir sa chance à 800 m de la ligne, là même où, quelques minutes plus tôt, Delphine Claudel s'était envolée vers le premier succès d'une Française en Coupe du monde. « Je me suis senti de mieux en mieux au fil de la montée, expliquait-il. Il me restait un peu d'énergie. Quand le plus raide est passé, j'ai tout mis et c'est rentré. C'est tellement dur de faire de belles places en ski de fond en ce moment, avec la domination des Norvégiens, que je suis vraiment heureux d'avoir fait ça. Le podium, j'en rêve depuis gamin, je fais du ski pour ça. »

Troisième derrière les monstres norvégiens Krueger et Holund, Lapierre est entré dans le cercle fermé des Français déjà montés sur un podium en Coupe du monde, rejoignant notamment Maurice Manificat et Vincent Vittoz. « Le podium de Jules on le considère presque comme une victoire, juge Alexandre Rousselet, l'entraîneur des distanceurs français. Ça fait longtemps qu'il galère. » D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si, une fois la torture terminée, ses coéquipiers rescapés du Tour de ski - Hugo Lapalus (7e), Clément Parisse (10e) et Renaud Jay (35e) - l'ont porté en triomphe, étant eux-mêmes les mieux placés pour comprendre cette douleur qui brûle le corps. Surtout qu'ils ont toujours été les témoins d'un Lapierre ralenti.

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Un corps qui siffle « un peu partout »Depuis de nombreuses saisons, le natif de Grenoble est ennuyé par des tendinites, qui le freinent au gré des inflammations. Ces deux dernières années, les tendons d'Achille (surtout le gauche) ont beaucoup sifflé mais les genoux aussi, voire « un peu partout », comme il l'avoue dans un sourire de celui qui subit mais essaie garder le cap. « J'ai ces tendinites qui m'embêtent pas mal depuis quelques années. Je dois composer avec, ce n'est pas toujours simple. Ça me gêne surtout pendant les préparations car je ne peux pas m'entraîner correctement en faisant des gros mois d'entraînement. Donc je ne peux pas vraiment progresser d'une année à l'autre. J'ai l'impression que je ne peux pas faire tout mais que je peux un peu faire, c'est un entre-deux frustrant. »

« J'essaie de trouver un équilibre, poursuit-il. J'ai essayé plein de trucs kiné, ostéo... Ce qui marche le mieux c'est s'écouter. Je trafique aussi un peu les chaussures avec les semelles (il a d'ailleurs changé d'équipementier à l'intersaison), il y a plein de petits facteurs qui font que ça s'améliore et que ça va de mieux en mieux. J'ai plutôt bien réussi à le gérer cet automne. J'ai pu faire une bonne préparation bien qualitative comparée à l'année d'avant. C'était de bon augure pour cet hiver. »

« Même son été n'a pas été optimum, reprend Rousselet. Il a un problème du sang qui fait qu'il a les tendons qui s'enflamment très vite. Il ne peut pas faire la même charge d'entraînement que les autres. Il faut s'adapter. Il est fragile mais il a tellement de qualités techniques et physiques qu'il arrive à compenser ce manque d'entraînement. Je connais ses capacités. C'est pour ça que, malgré des saisons difficiles, on l'avait amené aux Jeux l'année dernière (14e du skiathlon, 15e du 50 km à Pékin) ou aux Mondiaux l'année d'avant (médaillé de bronze avec le relais à Oberstdorf). Quand il faut être là, il est au rendez-vous. »

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Également champion du monde espoirs en 2019, Lapierre reste donc une valeur sûre quand il peut mettre des skis sous ses pieds. Son début de saison consistant en est d'ailleurs la preuve avec une quinzième place sur le 20 km libre de Davos (Suisse) et un Top 10 au général du Tour de ski (10e, premier Français), à la suite de son podium. « C'est une belle récompense pour toutes les années de galère », livre-t-il. Et une promesse de futurs coups.