Le cours magistral de Billie Jean King à Roland-Garros

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L'immense championne américaine Billie Jean King s'est exprimée sur diverses thématiques liées au tournoi, samedi, à Roland-Garros, au lendemain de la réception à l'Elysée au cours de laquelle le président Macron lui a remis la Légion d'Honneur.

A 78 ans, Billie Jean King a reçu vendredi la Légion d'honneur des mains d'Emmanuel Macron. Et samedi, la légende américaine, qui fut à l'origine de la création du circuit féminin au début des années 1970 (WTA) et qui a remporté douze titres du Grand Chelem en simple (trente-neuf en comptant les doubles !), a pris la parole à Roland-Garros, peu avant la finale du simple féminin. Défenseuses acharnées des libertés et des minorités, elle a abordé en conférence de presse certains thèmes chers à son coeur.

La non-parité dans les night-session : « Je suis sûr qu'Amélie modifiera quelque chose l'an prochain »

Sur les dix matches programmés en nocturne (21 heures), durant cette édition 2022 de Roland-Garros, neuf étaient issus du tableau masculin (seul match féminin en « night » : Cornet-Ostapenko). Billie Jean King a d'abord expliqué qu'elle n'en tenait pas rigueur à Amélie Mauresmo : « C'est sa première année, je crois qu'il faut se donner deux trois ans avant de porter un jugement. Elle occupe aujourd'hui une formidable position de pouvoir. Je pense qu'elle fait un super boulot et qu'elle changera des choses l'année prochaine. »

« BJK » estime que c'est aussi via les organisateurs que l'équilibre dans l'attrait des circuits pourra se rétablir : « Ça restera comme ça si on continue à moins exposer les matches féminins. Il faut donner les mêmes opportunités aux deux genres. Tant qu'on continue à nous traiter comme de la seconde classe, ça restera de la seconde classe. On parle de la longueur des matches, peut-être faudrait-il que tout le monde joue au meilleur des trois sets ?... En tout cas, il faut bien sûr qu'il y ait plus de matches féminins le soir, et je suis sûr qu'Amélie modifiera quelque chose en 2023. Je la connais, c'est une gagnante. »

L'exposition des joueurs : « Les gens veulent connaître les personnes »

Billie Jean King estime que les Tours, qu'il s'agisse de la WTA ou de l'ATP fonctionnent parfois trop en circuit fermé. « Le tennis est le sport le plus incroyable. Ils sont tellement fit ! J'aimerais voir comment ça se fasse en coulisses, comment ils s'entraînent. Je crois que Netflix prépare ça. On a besoin de plus de choses comme ça. Parce que les gens veulent connaître les personnes. Par exemple, s'il n'y a pas autant d'histoires écrites sur le tennis féminin que sur le tennis masculin, alors les joueuses continueront à être moins connues, moins reconnues. J'aimerais qu'on raconte davantage les histoires en dehors du court, ce sont des êtres humains. »

La santé mentale : « A mon époque, on ne parlait pas de ces choses-là »

Mis en lumière à la suite du mal-être qui avait conduit Naomi Osaka à refuser de participer aux conférences de presse de Roland-Garros en 2021, les problèmes de santé mentale dans le tennis ne sont pourtant pas une grande nouveauté, dans l'univers impitoyable du tennis, sport individuel extrêmement pressurisant. « Les problèmes de santé mentale existaient à mon époque, évidemment, mais on ne parlait pas de ces choses-là, rappelle Billie Jean King. Ça a toujours existé. En 1970, on ne pouvait pas évoquer ce genre de choses. La part d'émotionnel, chez quelqu'un, c'est probablement la partie la plus importante. Depuis les années 1990, la WTA oeuvre dans ce domaine, avec l'embauche de spécialistes. »

L'Américaine a réussi à nouer de nombreuses amitiés au cours de toutes ces années, et aujourd'hui, quand on lui demande quelle est la meilleure partie, dans le fait d'être BJK, elle répond : « Les relations, tout tourne autour des relations créées avec les gens. »

Relations aux médias : « Ça fait partie du travail d'un athlète professionnel »

Interrogée sur le fait que les parois sont de plus en plus épaisses entre l'univers des compétiteurs et celui des médias, notamment au nom de cette fameuse santé mentale, Billie Jean King a une opinion très tranchée : « Les journalistes sont essentiels parce qu'ils racontent les histoires. S'ils ne l'avaient pas fait en 1971 quand on a essayé de lancer le circuit féminin, on n'en serait pas là où on en est aujourd'hui. Je ne suis pas du tout fan du fait que les portes se ferment entre joueurs et médias. Ça fait partie du travail d'un athlète professionnel d'échanger avec la presse. Ça donne de l'inside, c'est intéressant, parce que les journalistes comprennent mieux la part d'humain. On a une super école WTA pour les rookies (les jeunes apprentis champions pas encore installés sur le circuit, NDLR). Quand on me demande ce qu'il faut apprendre aux joueuses en priorité, je réponds le business de leur sport. Parfois je discute avec une fille et je lui demande si elle a pris des nouvelles de l'organisateur du tournoi. Elle me dit : « Pourquoi ? » « Toi tu as gagné de l'argent, cette semaine, non ? » « Oui » « Et lui, tu sais s'il a fait des profits ou pas ? Parce que c'est lui qui prend les risques de promouvoir ton sport, l'as-tu remercié ?... » Il faut remercier tous les gens impliqués chaque semaine dans tous ces tournois, souligne « BJK ».

La victorieuse de Roland Garros 1972 poursuit : « Plus globalement, je trouve qu'on ne devrait pas laisser un jeune commencer à jouer sur le circuit tant qu'il n'a pas saisi toutes les obligations qui incombent à un sportif professionnel. Des journalistes, ils vont en croiser presque tous les jours. Je sais bien qu'il y a les réseaux sociaux aujourd'hui et que ça double le temps, mais ils doivent pouvoir accorder quelques interviews. En tout cas, même si c'est compliqué dans un sport individuel, il faut qu'ils soient informés sur le business, les médias, les spécificités de chaque métier auquel ils vont être confrontés. Je leur dis : chacun essaye de gagner sa vie exactement comme vous le faites en jouant au tennis. Ce n'est pas juste à propos d'eux, c'est à propos de nous tous. »

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