Cristiano, la biographie de Ronaldo, l'homme qui voulait être aimé

Cristiano Ronaldo et Thierry Marchand à Turin, en 2019. (Ilyes Griyeb/L'Équipe)

Ex-responsable du foot étranger à France Football, Thierry Marchand publie ce mercredi 9 novembre une biographie singulière et personnelle de « son » Cristiano, nourrie à travers neuf interviews réalisées avec le Portugais, en route pour sa cinquième Coupe du monde.

Quintuple Ballon d'Or, chasseur de records et gloire frustrée à Manchester United, qui l'a un temps écarté après un refus d'entrer en jeu contre Tottenham (2-0, le 19 octobre), Cristiano Ronaldo est un personnage ambivalent. Thierry Marchand, ancien journaliste à France Football, s'est appuyé sur neuf rencontres en tête-à-tête avec CR7, 37 ans désormais, pour le décrypter et publier son premier livre aux éditions Flammarion. En vente dès ce mercredi 9 novembre (19,90 euros), Cristiano tire le portrait intime d'un homme bien plus sensible et tiraillé qu'en apparence. Nous avons sélectionné certaines des meilleures feuilles.

« Paris ? La porte est ouverte »CR7 (34 ans à l'époque), lors d'un repas suivant le match de C1 Juventus Turin-Lokomotiv Moscou (2-1), le 22 octobre 2019

« ''Alors, Cristiano, quand est-ce qu'on te voit à Paris ?'' Je savais que Ronaldo aimait la capitale. Et qu'il s'y déplaçait parfois sur ses jours de repos, incognito. Surtout, j'étais certain qu'il rêvait qu'on l'y convoque à nouveau, pour recevoir un sixième Ballon d'Or. Sa réponse résonna comme une promesse, mais pas dans le sens où je l'attendais : ''La porte est ouverte.'' C'était dit. [...] Il insista : ''Rien qu'avec les Portugais de la région parisienne, le club pourrait remplir le stade. Je me vois bien au Parc des Princes, devant cinquante mille Portugais. Ce serait génial.'' Ce n'était plus une chimère mais une offre de service. Si Nasser al-Khelaïfi avait été dans la salle ce soir-là, il n'aurait eu qu'un morceau de papier à lui tendre pour faire de lui un attaquant du PSG. C'était trop facile, presque irréel. Durant cinq minutes, CR7 me vanta ainsi les charmes du club parisien comme probablement aucun de ses dirigeants n'aurait su le faire.

Tout le catalogue y était. Paris était riche, Paris avait de l'ambition, Paris avait Neymar et Mbappé, deux joueurs qu'il adorait. Paris avait été témoin de son sacre avec le Portugal, en 2016. Paris le comprendrait mieux que n'importe qui, Paris le ferait scintiller plus qu'aucune de ses lumières. Et Paris lui offrirait forcément un nouveau Ballon d'Or. Dans la salle du restaurant Tàola, domaine du club turinois, CR7 déclamait à haute voix sa vibrante lettre d'amour pour le PSG. »

« Si Messi gagne le Ballon d'Or, j'arrête le football ! »Le 22 octobre 2019

« Lionel Messi. ''L'autre mec'', comme disait Jorge Mendes (l'agent de Ronaldo). Cristiano respectait ce que faisait Messi. Du fin fond de sa probité, je suis même certain qu'il l'admirait. Et c'est sans doute pour cela qu'il détestait non le joueur, mais l'homme. ''C'est tellement facile de rester dans sa bulle quand on a du succès, me lança-t-il soudain, sans jamais nommer la personne qui animait son ressentiment. De ne pas sortir de sa zone de confort (NDLR : Messi quittera le Barça pour le PSG, à l'été 2021), comme je l'ai toujours fait. Regarde, moi, j'ai osé venir à Turin, changer de club, de Championnat, de culture foot. Je me suis mis en danger. J'ai pris ce risque qui m'a, j'en suis certain, fait perdre le Ballon d'Or l'année dernière. Je ne regrette rien, mais...'' La conjonction l'avait trahi. Ce ''mais'' signifiait évidemment que oui, bien sûr, il regrettait !

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[...] Je sentais la sève monter. Mais je fus quand même stupéfait quand il m'asséna cette impitoyable sentence, toute droite émanation de son atavique ressentiment : ''Si Messi gagne le Ballon d'Or cette année, j'arrête le football !'' La charge était aussi surprenante que violente. Instinctivement, elle se voulait menace dissuasive et recelait toute l'aversion que lui inspire celui sans qui il aurait régné, sans partage et sans ambages, sur le royaume des manchots, ainsi que l'on surnomme le monde du football. Cette diatribe signifiait surtout qu'une victoire de l'Argentin lui était proprement insupportable. Elle mettrait fin à cet espoir, omniprésent chez lui, de le dépasser au palmarès du Ballon d'Or. De le surclasser. Et même de le rabaisser, ne fût-ce que l'espace d'une année. La toute-puissance de Messi le hérissait donc au point de jeter l'éponge. » (NDLR : Messi a finalement remporté le Ballon d'Or en 2019, puis en 2021, portant son total à sept trophées.)