Culture - Arthur Teboul, chanteur de Feu ! Chatterton : « J'ai découvert comment rester volcanique sans me faire mal »

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Le chanteur et leader du groupe Feu ! Chatterton se confie sur son rapport au corps dans la rubrique Fenêtre sur corps du magazine L'Equipe.

« Longtemps, je me suis pensé sans corps. Il n'était qu'un outil au service de ma pensée. C'est autour de 20 ans que j'ai réalisé que je pouvais lui faire confiance, comme je le faisais avec mon esprit. Le déclic est venu après une succession de concerts à nos débuts, il y a dix ans. On arpentait la France en minibus, on dormait peu. On allait de ville en ville, enchaînant les représentations. J'ai senti la limite. Chanter ne sollicite pas que la voix. Le corps tout entier entre en résonance, de l'occiput à l'extrémité des pieds. J'ai pris conscience que je fais un métier du corps, presque de sportif. Quand tu donnes un concert de 90 minutes le mardi, le mercredi, le jeudi, le vendredi, que tu remets ça trois jours plus tard, tu deviens un athlète. Tu comprends l'absolue nécessité de préparer ton corps, de le ménager.

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Je me suis mis aux assouplissements, à faire des trucs que j'imaginais à mille lieux de ce que devait faire un rockeur. J'ai perçu des choses nouvelles : "Tiens, si je bouge un bras sur scène, j'exprime quelque chose !" J'ai commencé une exploration de moi-même. Chanter n'est pas réciter des textes, c'est stimuler les émotions par le texte et la mélodie mais aussi par une performance incarnée. J'avais peu de technique de chant, des kystes sur les cordes vocales qui me donnent ce timbre rauque. Il me fallait chercher des espaces dans tout mon corps, sans forcer. Comment rester explosif et volcanique sans me faire mal ? En me relâchant. Quelle découverte ! J'ai découvert la danse, aussi. C'est merveilleux, intime. Plus on en sait, moins on en sait, chaque arbre qu'on découvre en soi cache une forêt. C'est magnifique !

J'adore mon métier de chansonnier. Il me permet de partager des émotions, de transmettre des histoires. Je me suis inspiré de la méthode Feldenkrais (gymnastique d'harmonie corps-esprit développée dans les années 1940 par l'ingénieur Moshe Feldenkrais.) Et j'ai suivi les cours de Ghislaine Lenoir, professeur au Studio des Variétés (centre de formation des artistes). Technique vocale, posturologie. Elle m'a appris à gommer ces micro-erreurs qui, après deux heures, créent de la fatigue. Kinés ou ostéos nous soignent ponctuellement d'un mal, c'est bien, mais Ghislaine m'a aidé à me comprendre, à prendre en charge l'équilibre de mon corps.

J'ai découvert la notion de récupération. Là, j'ai cru à de la magie. On pouvait donc être crevé le jeudi et moins fatigué le vendredi ? C'est fou ! Sur scène, le corps doit être souple, les articulations bien échauffées. La base de tout, c'est de bien respirer. Avant un concert, je passe une demi-heure à faire des exercices au sol, à respirer avec le diaphragme et le ventre. à me masser la tête. Chanter fort pendant deux heures, ça fait mal au crâne, aux cervicales, à la bouche et aux lèvres. Après, la technique est un outil mais ne doit pas devenir une obsession. Elle doit être toujours au service de l'exploration des émotions. »