Culture - Maurice Barthélémy : « Mon corps en mouvement, ma tête au repos, c'est parfait »

L'Equipe.fr
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À l'occasion de la sortie de son livre « Fort comme un hypersensible », l'acteur et réalisateur de 51 ans raconte son rapport au sport dans la rubrique « Fenêtre sur corps » du magazine L'Équipe.

« Je me suis mis au sport avant de découvrir mon hypersensibilité. À partir de 35 ans, je me suis dit "mais ça me fait vraiment beaucoup de bien, ça !" Parce que c'était l'un des rares moments où j'arrêtais de penser. Naturellement, je me suis mis à courir. Beaucoup. Ça me rendait plus calme toute la journée. Après, ça devient vite un peu addictif. J'y allais preque tous les jours, sinon je n'étais pas bien, je culpabilisais... Mais il faut réguler. J'ai d'abord arrêté de courir les week-ends puis je me suis fait mal au dos - j'ai une hernie discale, à la dernière lombaire -, alors je suis passé au vélo elliptique. Mais je ne peux pas m'en passer non plus. J'en ai besoin, pour me dépenser, me calmer, me recentrer.

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C'est même une forme de méditation : un mouvement répétitif qui ne nécessite pas de réflexion, qui me permet vraiment de me vider l'esprit. Mon corps est en mouvement, ma tête est au repos, c'est parfait. D'autant que j'y mêle une sorte d'exercice de méditation : je ne pense à rien et je visualise l'endroit où je vis quand je vais en Espagne. Je vois la mer, les plantes pliées par le vent, le bruit du vent, des vagues, l'odeur très particulière de la dune, mélange de pin et d'herbes, ça crée un effet d'apaisement immédiat.

Je suis très réceptif aux odeurs, aux lumières, aux sons - c'est l'une des caractéristiques de l'hypersensibilité -, ce qui fait que je les emmagasine très rapidement, que la photo que j'ai est tout de suite enrichie par tous les autres sens. Les hypersensibles, on a cette capacité à ressentir davantage le monde qui nous entoure, à choper toutes ses informations. Le toucher, aussi, est important. Dès que je me mets en contact physique avec la nature, que je touche la terre, le sable, un arbre, ça me fait du bien.

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En Espagne, j'adore me promener pieds nus, sentir l'herbe. Si je suis dans un bar sur le sable, je vais enlever mes chaussures pour enfoncer mes pieds dedans. Sentir sa chaleur, sa texture, va m'apaiser tout de suite. Ça peut être embarrassant, ces sensations exacerbées mais, une fois qu'on le sait, on fait en sorte d'être moins agressé. On choisit un appart plus calme, des restos moins bruyants, des endroits où ils n'ont pas foutu des néons partout !

Après, on peut profiter à plein de ces qualités sensorielles. Chez moi, c'est la vue et l'ouïe qui sont le plus développées : je suis misophone, je ne supporte pas les gens qui font du bruit en mâchant, et je suis dérangé par quelqu'un qui écoute la radio deux étages en dessous de chez moi ; j'ai toujours tendance à tamiser les lumières, à mettre des serviettes sur les lampes à l'hôtel et à colmater les leds de la télé qui éclairent toute la chambre en vert ! Mais je suis en paix avec ça, comme avec tout ce que signifie être hypersensible. J'ai compris qu'il n'y a pas de complexe à l'être. Ce n'est pas une hyper-fragilité, il y a un malentendu là-dessus, c'est une hyper-réceptivité. En revanche, comme on a l'esprit qui reçoit sans arrêt beaucoup d'infos, c'est fatigant. Moi, à 22 heures, je tire le rideau ! »