Cyclisme - "Sang enrichi en oxygène", "con", "ridicule" : l'intégralité de la confession d'Armstrong à lire

Voici le script intégral de l'entretien accordé par Lance Armstrong à Oprah Winfrey, dans lequel il a livré le détail de ses pratiques dopantes. Document.

OPRAH WINFREY : On va donc faire une interview sans concessions LANCE ARMSTRONG : C’est mieux pour nous deux !

On commence par un Oui ou Non. Vous êtes-vous dopé dans votre carrière ? Oui

À l’EPO ? Oui

Transfusion sanguines ? Oui

Autres (cortisone, hormones de croissance) ? Oui

Sur le Tour de France ? Oui

Était-il humainement possible de gagner vos sept titres sans le dopage selon vous ? Non, pas selon moi.

Comment cela a-t-il commencé ? Au début de ma carrière il y avait la cortisone, puis la génération EPO a commencé, au milieu des années 90 pour moi.

Pourquoi admettre maintenant, après avoir virulemment nié ? C’est la meilleure question, la plus logique. Je ne sais pas si j’ai la bonne réponse. Il est trop tard sûrement, pour beaucoup de gens, et c’est ma faute. J’ai constamment répété ce mensonge et pas seulement cela, j’ai accusé les autres, les traitant de menteur... Je connais la vérité. Ce n’est pas ce que j’ai dit ou ce qui a été dit depuis les révélations. (Pause) Cette histoire était tellement parfaite pour tant de temps. Vous triomphez d’une maladie, vous gagnez sept fois le Tour de France, vous avez un mariage heureux et des enfants... Et cela n’était pas la vérité. Je suis un personnage avec des défauts et j’ai essayé de dépeindre cette image aussi. Toute la faute est sur moi, mais derrière, il y avait les fans et les médias. Ça a continué et je me suis perdu la dedans. D’autres ne s’en seraient pas sorti, mais j’ai su gérer tout cela.

Vous dites qu’il aurait été impossible d’avoir vos victoires sans le dopage... Je n’aurais pas pu gagner sans me doper dans cette génération. Je n’ai pas inventé cette culture (du dopage), mais je ne l’ai pas arrêtée, et c’est mon erreur. Je n’avais pas accès à des choses que d’autres n’avaient pas. Et ce n’était pas « le système le plus sophistiqué que le sport - tous les sports - ont connu ». C’était professionnel, c’était conservateur, bien au courant des risques encourus. Mais dire que c’était plus gros que le programme en Allemagne de l’Est dans les années 70 et 80... (pause, regard sûr) Ce n’est pas vrai.

Pouvez-vous décrire cette culture ? C’est dur de décrire cela. Je ne veux pas parler d’autres personnes. C’était mes décisions et mes erreurs. La culture était ce que c’était. Je ne connaissais pas tout le monde, je ne vivais pas avec tout le monde, mais je ne peux pas dire que c’était tout le monde. Je connais au moins cinq gars qui étaient propres. L’idée que qui que ce soit était forcé ou encouragé est fausse.

Comment réagissez-vous en voyant les images de Tyler Hamilton vous accusant, notamment de jeter des seringues dans des cannettes de Coca-Cola alors que les fans sont juste là dehors ? Je ne me rappelle pas avoir jeté des seringues comme Tyler le dit. Je ne souhaite pas trop parler des autres.

Comment gériez-vous ce système ? Je le voyais comme très simple. L’utilisation de sang enrichi en oxygène était très utile, déjà, comme dans tout sport d’endurance. Mon cocktail était l’EPO, mais pas beaucoup, transfusions sanguines et testostérone. Que, dans un sens un peu bizarre, je justifiais avec mon histoire... Cancer des testicules et perdre... Je pensais compenser.

Aviez-vous peur d’être pris ? Non, cela a beaucoup changé depuis. Maintenant on est aussi testé hors compétition. Mais pour la plus grande partie de ma carrière, il n’y avait pas cela. Car vous êtes propre sur les courses ! C’est juste une question de timing. Le passeport biologique aussi a changé la donne.

Le rapport de l’USADA dit que vous vous êtes dopé lors de votre retour aussi. Quelle est votre réaction ? S’il y a une chose dans tout le rapport qui me met en colère, c’est ça. Le fait qu’ils disent que je me suis dopé après mon retour. Ce n’est juste pas vrai. La dernière fois que j’ai franchi cette ligne, c’était en 2005. Je ne me suis pas dopé lors de mon retour. Il y avait le passeport biologique. Je ne me suis pas dopé en 2009 et 2010. Pas de dopants, pas de transfusions sanguines...

Etiez-vous en charge du programme de dopage lors de vos sept titres ? J’étais le leader de l’équipe. Pas le manager. Je n’auraiS pas renvoyé un membre de l’équipe s’il ne voulait pas se doper. Est-ce que j’aurai pu ? J’imagine que oui, mais je ne l’ai jamais fait. C’était un temps de haute compétition. Mais il y avait des membres de l’équipe qui ont choisi de ne pas se doper.

Christian Vande Velde a dit que vous l’avez menacé de le renvoyer s’il ne se conformait pas au programme de dopage... Ce n’est pas vrai. Il y avait des attentes de forme. Mais je n’ai pas fait ça. Je sais qu’étant le leader, même si je ne le dis pas, je peux comprendre que cela a été pris comme tel. Mais il y a une grande différence. Et puis quand il va dans d’autres équipes et qu’il fait pareil... sans vouloir m’en laver les mains, je n’étais pas dans ces équipes.

Etiez-vous un agresseur ? Comment ? Oui. J’ai essayé de contrôler la version des faits. Et si je n’aimais pas ce que quelqu’un disait, je le traitais de menteur.

Est-ce dans votre nature ? Oui. Toute ma vie. J’ai grandi comme coureur cycliste. Et j’avais l’impression d’avoir toujours le dos au mur (les larmes montent). On était des combattants. Ma mère était une combattante, l’est toujours. Avant mon diagnostic, j’étais un compétiteur, mais pas acharné. Et dans une tournure des évènements étrange, ce processus m’a transformé en quelqu’un qui voulait gagner à tout prix. J’aurais tout fait pour vaincre le cancer, et c’est quelque chose de bien. (Encore des larmes aux yeux et sanglot étranglé). Et j’ai amené cela, cette attitude de gagner à tout prix, dans le cyclisme. Et ça c’est mauvais.

Mais vous aviez déjà pris des dopants avant, non ? Oui.

Mais vous n’étiez pas un agresseur avant cela ? Non, je ne l’étais pas.

Pourquoi avoir continuellement nié et agressé vos accusateurs ? Je crois pour essayer de continuer mon histoire et cacher la vérité... Ce n’est que la deuxième fois de ma vie que je ne peux pas contrôler l’issue de ce qui m’arrive. Le cancer, puis maintenant. La chose effrayante, c’est que gagner les sept tours de France... je savais que j’allais le faire !

L’envie de gagner est-elle encore en vous ? J’aurais pratiquement tout fait pour gagner. J’aime toujours cela, mais différemment. Ce n’est pas quelque chose de très acceptable, mais gagner à l’époque était comme avoir de l’air dans la roue du vélo et de l’eau dans la bouteille. Dans ma façon de voir les choses, cela faisait partie du boulot.

Avez-vous demandé à vos coéquipiers de voir le docteur Ferrari ? Il y a des gens dans cette histoire qui ne sont pas de mauvaises personnes. Et je vois toujours le Dr. Ferrari comme l’une d’elles.

Diriez-vous qu’il était le leader et le cerveau derrière le programme de dopage ? Non. Je ne suis pas confortable... de parler d’autres personnes.

La célébrité amplifie qui vous êtes, un salaud ou un philanthrope par exemple, qu’est-ce que cela vous a fait à vous ? Si on prend les mots ‘salaud’  et ‘philanthrope’, comme vous l’avez dit, cela a fait les deux pour moi. Mais sûrement plus le côté salaud, on le voit maintenant. Et en plus avec mon attitude, j’ai encore plus amplifié cette perception de salaud que les gens ont de moi. J’en paie le prix, et c’est normal. Il y a eu des moments où je trouvais que l’on s’en prenait trop à moi, mais de moins en moins, au fur à mesure. Et maintenant je sais que je mérite tout cela. Mon défaut majeur a été de trop vouloir gagner à tout prix. Cette arrogance... Quand je me regarde maintenant, je me dis que je suis un con.

Comment réagissez-vous en voyant vos déclarations lors de votre dernière victoire sur le Tour, disant à ceux qui doutaient de vous qu’ils étaient des cyniques, des sceptiques, incapable de rêver ? J’ai fait pas mal d’erreurs dans ma vie et ç’en est une. C’était la première année que l’on donnait le micro au vainqueur. Et c’est sorti. Cela semble ridicule quand je vois cela maintenant. Je suis embarrassé. C’était la dernière fois que je gagnais le Tour de France et je pars là-dessus ? Tu aurais pu faire mieux que cela Lance, c’était naze ! 

Y avait-il de la joie dans vos victoires ? Il y en avait plus dans le processus, la préparation. La victoire était pratiquement téléphonée. Et pour moi, le dopage faisait simplement partie de toute l’organisation.

Est-ce que cela vous semblez immoral ? Non. Ça fait peur...

Vous sentiez-vous mal ? Non. C’est encore plus effrayant.

Sentiez-vous que vous trichiez ? Non. C’est ça le pire.

Vous n’aviez pas le sentiment de tricher ? J’avais l’habitude qu’on me traite de tricheur. Donc je suis allé regarder la définition dans un dictionnaire. Cela dit ‘gagner un avantage sur un rival ou adversaire, auquel ils n’ont pas accès’. Je n’ai rien fait de tel ! Je pensais que c’était une manière de se battre à armes égales.

Mais vous saviez que l’on vous attendait à des standards plus élevés. Vous êtes Lance Armstrong ! Je le savais. Mais je le sais mille fois plus maintenant. Regardez où on en est.

Vous ne saviez pas à quel point c’était énorme ce que vous viviez ? Je commence à comprendre, et je vois la colère, le sentiment de trahison que j’ai provoqué. Et ces gens ont entièrement raison. C’est ma faute. Je vais passer le reste de ma vie à regagner la confiance des autres et m’excuser. Ce n’était en tout cas pas le moment de ma vie où j’étais le plus heureux. Je peux vous dire en toute honnêteté que je suis plus heureux aujourd’hui.

Même avec tout ce qui est arrivé ? Oui, je suis plus heureux aujourd’hui. Mais aujourd’hui, pas hier...

Vous avez souvent dit que vous n’aviez jamais été testé positif. Le dites-vous encore aujourd’hui ? Oui, cela n’est jamais arrivé. Y a-t-il des tests rétroactifs, qui ont été mis à jour plus tard ? Oui. Donc j’imagine qu’on peut le dire là-dessus, après coup. Mais les autres centaines, je les ai passés avec succès. Il n’y avait rien dans mon corps.

Tyler Hamilton et Floyd Landis vous ont accusé du contraire... Cette histoire sur le Tour de Suisse est fausse. Il n’y avait pas de test négatif, pas de paiements, pas de rendez-vous secrets avec le directeur du laboratoire.

Et l’UCI n’a pas fait disparaitre tout cela non plus selon vous ? Non. Et je ne suis pas un fan de l’UCI ! Mais ce n’est pas arrivé.

Vous avez fait des donations à l’UCI pourtant. Pourquoi alors ? Parce qu’ils me l’ont demandé... C’est impossible pour moi de répondre à cette question et avoir qui que ce soit pour me croire. Et encore une fois je ne suis pas un fan de l’UCI. J’ai toutes les raisons de vous répondre oui. Mais ce n’est pas arrivé ainsi. Ils m’ont appelé en disant qu’ils avaient besoin d’argent. J’étais retraité et j’en avais. Ils m’ont demandé si je pouvais faire une donation. J’ai dit oui.

Quid de l’histoire racontée par O’Reilly disant que vous aviez fait faire une prescription antidatée pour couvrir une prise de cortisone en 1999 sur le Tour de France? Ça c’est vrai. Elle est une des personnes auprès de qui je dois m’excuser. Elle a été accusée. Pour être honnête, on a fait un procès à tellement de personnes que je ne sais même plus en ce qui la concerne... Je suis sûr qu’on a dû le faire... Je l’ai contactée et j’ai essayé de faire amende honorable.

C’est ce qui ne semble pas faire sens. Vous avez accusé des gens, fait des procès quand ils vous dénonçaient... À quoi ça rime ? C’est un défaut majeur. C’est un gars qui s’attendait à avoir tout ce qu’il voulait et contrôler tout. Il y a des gens qui ne me pardonneront jamais. Tout cela va être un long processus. Je vais devoir les appeler, leur dire qu’ils avaient raison et que j’avais tort.

Avez-vous appelé Betsy Andreus ? Oui.

Mentait-elle sur l’épisode concernant l’épisode à l’Indiana Hospital ? Je ne vais pas répondre à cela. Je lui ai demandé et elle m’a demandé de ne pas en parler. C’était une conversation personnelle de 40 minutes. J’ai aussi parlé avec Frankie.

Etes-vous réconcilié avec eux ? Non ! Car ils ont trop souffert. Une conversation de 40 minutes n’est pas assez.

Vous l’avez traitée de folle... Oui. Je crois qu’elle sera OK si je dis ça. Je lui ai dit : ‘écoute, je t’ai traité de folle, de salope, toutes ces choses... mais je ne t’ai jamais traitée de grosse’. (silence). Car elle pensait que j’avais dit cela. Mais je n’ai jamais dit qu’elle était grosse.

Avez-vous tendance, au milieu de trois choses, à en prendre une seule fausse et dire que tout est faux ? Oui. A la limite, une sur trois ça va. Mais quand c’est juste deux choses vraies sur dix, et juste parce que l’une d’entre elle est que j’ai triché sur le Tour de France... Vous ne pouvez rien faire contre cela ensuite !

Vous avez traitée O’Reilly de pute... Je ne me sens pas bien par rapport à ça. J’étais juste en mode attaque. Mon territoire était menacé, mon équipe, ma réputation... Je suis partie à l’offensive.

Beaucoup pensent que le moment décisif a été la confession de Floyd Landis... Je suis d’accord avec cela. Je vais peut-être ajouter le come-back aussi. Ça ne lui a pas plu et c’est cette période qui a commencé tout cela. Je savais que Floyd allait parler. Il m’envoyait des SMS, disait qu’il allait tout dire sur Youtube. Je lui ai dit de faire ce qu’il voulait et me laisser tranquille. Et au final il est allé au Wall Street Journal.

Regrettez-vous d’être revenu ? Oui. On ne serait pas en train de faire cette interview si je n’étais pas revenu. J’aurai de bien plus grande chance de m’en sortir, même si c’est presque impossible à dire à coup sûr. Mais ce n’est pas ce qui est arrivé.

Ne pensiez-vous pas qu’à un moment on vous rattraperait ? Je pensais juste que les histoires aller continuer longtemps. Mais ce n’est pas pour les histoires médiatiques ou les interviews que l’on est assis ici en ce moment. C’est parce qu’il y a eu une enquête criminelle fédérale de deux ans.

Quand le Département de Justice a laissé tomber cette affaire, vous n’aviez rien à voir là-dedans ? Non. C’est très difficile d’influencer à ce niveau. Mais je pensais que je ne serai pas rattrapé ensuite.

Comment avez-vous réagi en apprenant que USADA allait reprendre le dossier ? Super question. Toujours la même réaction : qu’ils viennent, et je vais rendre les coups. Je ferais n’importe quoi pour revenir à ce jour. Je ne me battrais pas, je ne leur collerais pas un procès. J’aurai écouté. Je leur aurais aussi dit que c’était OK que je sois traité différemment des autres gars. Dans le sens où je n’ai pas été approché au même moment. Ils ont collecté toutes les preuves, puis sont venus vers moi et m’ont dit : ‘que vas-tu faire?’. Si je pouvais revenir en arrière et leur dire : ‘donnez-moi trois jours, je vais appeler certaines personnes, ma famille, ma mère, mes sponsors, ma fondation. Leur dire ce que je vais faire’. Puis le faire. J’aimerai pouvoir faire cela. Mais je ne peux plus.

Auriez-vous collaboré avec l’USADA pour nettoyer le cyclisme ? J’adore le vélo. Vraiment. Et je le dis en sachant que les gens vont me dire que j’ai manqué de respect au sport, aux évènements, au maillot jaune. Et je l’ai fait. J’ai abusé de mon pouvoir. Mais si on peut – sans avoir aucune plateforme morale me concernant – s’il y avait une commission ‘vérité et réconciliation’, et que je suis invité, je serai le premier à me présenter.

Quand George Hincapie a été appelé à témoigner, pensiez-vous que c’était votre dernière carte ? De tous les gars, c’est lui qui est resté fidèle. Et pour beaucoup de gens, tant que lui ne disait pas ce que les autres ont dit, ils restaient à mes côtés. C’est lui le plus crédible dans tout cela. On a fait tous les tours, on se connait depuis que l’on a 17 ans, on a pratiquement vécu ensemble – et on est toujours amis ! On se parle une fois par semaine. Je ne lui jette pas la pierre. Mais il connait l’histoire mieux que tout le monde...

La suite de l’entretien entre Lance Armstrong et Oprah Winfrey sera diffusée vendredi (samedi 3 heures françaises). Les sujets abordés : les sponsors, la fondation Livestrong, ses enfants, sa mère, le fait qu’il veuille revenir, son message à ceux qui croyaient en lui.

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