Cyclisme - Chronique - La fin de la position Mohoric, sorte de 135 euros du peloton

L'Equipe.fr
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Pierre Adrian est écrivain. Dernier ouvrage paru : « Les bons garçons », aux éditions des équateurs. Ce samedi, dans le magazine L'Équipe, il évoque l'interdiction de la position Mohoric qui vient d'entrer en vigueur.

On ne verra plus Rémi Cavagna, en échappée dans la plaine, résister au peloton les avant-bras posés sur son cintre. On ne verra plus Julian Alaphilippe, en maillot de couleur, basculer dans la descente d'un col alpin blotti contre son cadre. À cette position audacieuse, on devait l'une des plus belles envolées de Chris Froome sur le Tour de France qu'il berçait alors de son ennui. C'était en 2016 vers Luchon, dans la descente du col de Peyresourde. Ces images ne sont pas vieilles mais elles appartiennent au cyclisme d'avant. Car un nouveau paragraphe est apparu dans le règlement de l'UCI concernant la « position sur la bicyclette ».

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Il est entré en vigueur ce jeudi 1er avril et prévoit que « l'usage du tube supérieur horizontal de la bicyclette comme point d'assise est interdit. De la même manière, l'usage des avant-bras comme d'un point d'appui sur le guidon est interdit sauf lors des épreuves contre-la-montre ». S'il contrevient, le coureur est passible d'une amende de 1 000 francs suisses, sorte de 135 euros du peloton professionnel. Elle pourra être majorée en cas de récidive, et entraîner un retrait de points au classement UCI voire l'exclusion de la course.

La sécurité des coureurs est invoquée sans qu'on n'ait jamais vu un champion chuter dans cette position. Ces garçons sont des acrobates et au nom du principe de précaution on les prive d'une position technique offensive. Cette infantilisation répond aussi au soi-disant devoir d'exemplarité. Pour grappiller de précieuses secondes, un champion n'aurait plus le droit de se recroqueviller contre son cadre car le petit Jérémie tenterait de reproduire la même chose le mercredi suivant avec ses copains. L'imitation fait partie de l'apprentissage de la vie. On a tous voulu, un jour, faire comme les pros.

On exige l'exemplarité des champions tout en rappelant avec nostalgie les excès de leurs aînés

Mais je pense qu'un champion a le droit pratiquer son sport comme il l'entend, dangereusement s'il le faut. Il a aussi le droit d'être un salaud, de ne jamais sourire, d'être provocant, déconneur, hautain, de penser au fric. À 20 ans, il peut refuser d'être un modèle pour quiconque. Paradoxalement, on exige l'exemplarité des champions tout en se rappelant avec nostalgie des excès de leurs aînés. En football, Maradona, Cantona, Gascoigne, c'était le bon temps : on rigolait. En cyclisme, Vandenbroucke, Pantani, c'était génial ; on pleurait.

Enfin, des coureurs ont évoqué la rareté des contrôles antidopage inopinés ces derniers temps. N'est-ce pas une priorité ? Ainsi que la régulation de certains produits de récupération plus dangereux pour la santé des coureurs qu'une position qu'ils maîtrisent. Mais les règles apparaissent aussi pour légitimer l'existence de ceux qui les édictent, 1 000 francs suisses ou 135 euros, même combat. En cyclisme comme ailleurs, prendre des décisions consiste aujourd'hui à trouver le juste équilibre entre la liberté et la sécurité. Hélas, le monde qui se prépare a déjà choisi son camp.