Cyclisme (F) - Le calendrier féminin est lui aussi à rebâtir

L'Equipe.fr
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Très touché par la suspension de sa saison en raison de la pandémie de coronavirus, le circuit féminin attend son nouveau calendrier, et espère limiter les dégâts économiques alors qu'il devenait un peu plus professionnel.« Notre petite grogne a payé. » En voyant le calendrier féminin absent du communiqué de l'UCI sur les nouvelles dates du Tour de France, Audrey Cordon-Ragot et les autres membres de The Cyclists' Alliance (syndicat indépendant des coureuses) avaient fait connaître leur mécontentement.Une position payante : le 23 avril, les représentants du peloton et l'UCI ont promis de « joindre leurs forces » pour aider le cyclisme féminin engagé dans une saison décisive en pleine pandémie de coronavirus. « C'est la première année avec de vrais contrats professionnels dans les huit équipes World Tour avec un salaire minimum », explique Élisabeth Chevanne-Brachet, coprésidente de l'Association française des coureures cyclistes (AFCC), lancée aux derniers Championnats de France.Des blocs de courses dans un même pays ?Cette saison, une seule course du calendrier World Tour a pu avoir lieu : la Cadel Evans Ocean Road Race le 1er février. Absente en Australie, Audrey Cordon-Ragot n'a disputé que trois courses d'un jour en Belgique. La Bretonne espère voir un maximum d'épreuves replacées dans le nouveau calendrier UCI attendu d'ici au 15 mai.« Des filles veulent aller plus loin pour finir la saison et d'autres sont plus réservées, explique la cycliste tricolore. Les Australiennes ont leur championnat en janvier et finir en novembre supprimerait une partie de leur temps de repos. Mais je pense qu'on peut trouver un compromis. »Plusieurs idées émergent pour aller au bout de la saison et limiter les pertes économiques. « On peut envisager des blocs avec plusieurs courses dans un même pays pour éviter les allers-retours », estime Marion Clignet, coprésidente de l'AFCC. Cela faciliterait notamment la logistique en évitant que des courses soient courues en même temps. « Avec des équipes de 15 filles maximum, où il n'y a pas toujours deux véhicules ateliers pour les techniciens, être sur deux fronts c'est compliqué », complète Audrey Cordon-Ragot.Le communiqué de l'UCI et des représentantes du peloton avançait une autre piste : la réduction du nombre obligatoire de coureuses par équipes au départ d'une course. « Avec Trek-Segafredo, notre manager veut montrer le maillot un maximum. Il faut plus de flexibilité : si on ne peut être que deux au départ d'une course, ça doit être possible », approuve Audrey Cordon-Ragot.Le Giro féminin veut des dates communes avec le TourReporté de deux mois, le Tour de France des hommes (29 août - 20 septembre) aura aussi un impact sur les nouvelles dates de la saison féminine. « Le Giro Rosa (10 étapes) veut être organisé en même temps pour que les étapes soient diffusées à la télévision italienne après celles du Tour », explique Audrey Cordon-Ragot. Les organisateurs ont demandé à replacer la course du 5 au 13 septembre, au milieu de la Grande Boucle.Une grand rendez-vous dans une saison qui a déjà perdu plusieurs épreuves World Tour comme le Trophée Alfredo Binda en Italie, annulé en raison de la pandémie. Le peloton suivra aussi de près le report des classiques. Cinq d'entre elles, dont le Tour des Flandres et Liège-Bastogne-Liège, proposent une épreuve féminine le même jour que la course masculine.Le Grand Prix de Plouay espère se faire une place dans les deux calendriers. Prévues les 22 et 23 août, les courses féminine et masculine doivent être reportées pour laisser place aux Championnats de France à Plumelec. « Nous avons proposé à l'UCI la seule date qui nous semblait faisable : le 24 août pour les femmes et le 25 pour les hommes, explique le président du comité d'organisation, Jean-Yves Tranvaux. L'UCI nous a dit que certaines filles courraient peut-être le dimanche donc on pourrait décaler la course féminine d'un ou deux jours ».Difficile de reculer un peu plus la classique bretonne tant le calendrier masculin promet d'être chargé après le Tour de France. « Comme nous avons une course masculine et une course féminine, et que l'UCI a dit vouloir sauver le cyclisme féminin, on sera peut-être prioritaires, espère Jean-Yves Tranvaux. Des équipes m'ont contacté pour me demander si j'allais organiser la course qui fait partie du World Tour féminin. Les équipes sont fragiles et ont besoin de cette exposition. »Dans une lettre ouverte publiée dimanche, les coureuses de l'équipe Bigla-Katusha ont même appelé leurs sponsors à « honorer leurs engagements » après qu'ils ont suspendu leurs versements. La formation suisse ne sait pas si elle sera présente à la reprise de la saison début août qui pourrait commencer à Vagarda en Suède avec un contre-la-montre par équipes.