Cyclisme - Milan-San Remo - Milan-San Remo : mais où sont passés les sprinteurs ?

L'Equipe.fr
·3 min de lecture

Absents du palmarès des dernières éditions de Milan-San Remo, les sprinteurs sont à la peine sur le Monument italien. La faute aux puncheurs, trop vifs lors de l'ascension du Poggio.

Le blues des sprinteurs
Depuis quatre ans, le seul Monument accessible aux sprinteurs, Milan-San Remo, fuit les coureurs aux cuisses maousses. Le Français Arnaud Démare est le dernier représentant de cette caste à avoir triomphé sur la Via Roma, en 2016. Cette série noire est une anomalie dans l'histoire récente de la Primavera, puisque entre 1980 et 2020, les sprinteurs ont représenté 44 % des vainqueurs de la course.

Mais si les chiffres récents ont de quoi faire râler Elia Viviani et ses adversaires, l'histoire de Milan-San Remo devrait leur permettre de relativiser. Depuis Lucien Petit-Breton, vainqueur en 1907, 49 éditions de la Primavera se sont conclues par une arrivée en solitaire. Soit 44 % du total des victoires. Au XXIe siècle, le triomphe d'un coureur seul sur la Via Roma fait toutefois figure d'exception. Seuls Fabian Cancellara en 2008, et Vincenzo Nibali en 2018, y sont parvenus.

L'arrivée au sprint, loin d'être une habitude
Les sprints massifs (plus de 20 coureurs), deuxième issue la plus fréquente, ne représentent eux que 21 victoires, sur 111 éditions. Milan-San Remo est le seul Monument accessible aux sprinteurs, mais il ne leur est pas pour autant dédié exclusivement. La domination des sprinteurs est en réalité une nouveauté, apparue à la fin des années 1990.

L'hégémonie d'Erik Zabel, sprinteur capable de passer le Poggio, a installé une tendance. Avec quatre victoires entre 1997 et 2001, l'Allemand est d'ailleurs le troisième coureur le plus titré de l'épreuve. Ces vingt dernières années, au total, 11 arrivées massives ont consacré le vainqueur de Milan-San Remo. Une nette amélioration - au regard des six petits sprints disputés au cours des cinquante années précédentes -, qui commence déjà à s'estomper.

Au punch dans le Poggio
Le profil type semble donc maintenant être celui du puncheur. Une attaque sèche dans le Poggio, couplée à une bonne descente et à deux kilomètres de résistance sur le plat : voilà la recette gagnante. Ce scénario, absent de la décennie 2000-2010, a refait surface au cours des dix dernières années. Entre 2010 et 2020, quatre puncheurs l'ont emporté, soit 36 % des victoires. La tendance est encore plus forte depuis 2017, puisqu'un grimpeur (Vincenzo Nibali) et trois puncheurs (Kwiatkowski, Alaphilippe et Van Aert) se sont partagé toutes les victoires.

Les nouveaux rois de San Remo ne se réinventent pas à chaque printemps pour surprendre le peloton. Placé à 10 kilomètres de l'arrivée, le Poggio, courte montée peu pentue (3,7 kilomètres à 3,7 %), est presque toujours utilisé comme rampe de lancement. Hors sprint massif, au cours des 20 dernières années, 70 % des attaques décisives ont eu lieu dans cette ascension. Le reste représente des attaques sur le plat, dans les rues de San Remo (20 %), ainsi qu'une accélération dans la descente du Poggio (10 %).

Strade Bianche, la préparation idéale
Symbole d'une victoire construite en montée, dans un effort violent, les Strade Bianche s'affirment ces dernières années comme la course de préparation idéale pour Milan-San Remo. Trois des quatre derniers vainqueurs sur la Via Roma s'étaient imposés auparavant à Sienne : Kwiatkowski en 2017, Alaphilippe en 2019, et Van Aert en 2020. À l'inverse, le maillot de champion du monde ne porte pas spécialement chance aux coureurs alignés sur la Primavera. Dans l'histoire de la course, seuls cinq champions du monde se sont imposés avec l'arc-en-ciel sur le dos. Le dernier en date, Giuseppe Saronni, avait réalisé cette performance en 1983. L'occasion pour Julian Alaphilippe de briser la malédiction ?