Cyclisme - Paris-Roubaix - Christian Prudhomme sur le report de Paris-Roubaix en octobre : « Certains étaient prêts à s'arracher le coeur pour que la course soit maintenue »

L'Equipe.fr
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Christian Prudhomme, directeur du cyclisme chez ASO, explique pourquoi et comment la décision de reporter Paris-Roubaix (du 11 avril au 3 octobre) a fini par devenir inévitable dans un contexte sanitaire de plus en plus tendu. « Annulé en 2020, Paris-Roubaix sera une nouvelle fois reporté...
Il n'est pas envisageable que cette course n'ait pas lieu pour la deuxième année de suite. Paris-Roubaix est la reine des classiques, une épreuve à nulle autre pareille, une course du XIXe siècle (créée en 1896) qui est encore dans son temps au XXIe, et qui représente une grande fierté pour les habitants des Hauts-de-France. Pour toutes ces raisons, et comme la préfecture du Nord ne nous a pas accordé l'autorisation de l'organiser le 11 avril, il était absolument indispensable de trouver le plus vite possible une nouvelle date. Paris-Roubaix aura donc lieu dans ses deux versions au mois d'octobre : le samedi 2 pour les femmes, le dimanche 3 pour les hommes. Pourquoi avoir choisi ces dates ?
Parce qu'il n'y avait aucune épreuve World Tour ce week-end. Il est bien évident que dans le calendrier national belge, italien et français, ce décalage risque de perturber certaines courses et nous en sommes désolés, mais c'était la date qui convenait le mieux à tous les différents partenaires. Par ailleurs, nous avons dû avancer l'épreuve féminine au samedi (initialement, les deux courses devaient avoir lieu le même jour) car le Tour de Grande-Bretagne féminin débute le lundi suivant, le 4 octobre. En 2022, nous espérons réorganiser les deux versions le même dimanche. Christian Prudhomme « Nous étions prêts à faire des sacrifices au nom de la course » Malgré l'évolution de la situation sanitaire ces derniers jours, avez-vous cru au maintien de la course ?
Nous avons eu un espoir lorsque nous avons fait la reconnaissance du parcours sur place, en fin de semaine dernière avec la police et la gendarmerie, parce que nous étions alors à la recherche de solutions concrètes, tangibles. Le but était de voir si en supprimant certains secteurs, on aurait pu tenir plus facilement le public potentiel. C'était une "reco" quasiment mètre par mètre, où l'objectif était de voir comment bloquer la route, quel dispositif mettre en place, quel affichage, quelle barrière... C'était très minutieux, mais cela n'a pas suffi. Nous n'avons pas obtenu d'autorisation. C'est un crève-coeur pour les coureurs et tous les fans de vélo...
Malheureusement, nous ne décidons pas de tout. La décision du report a été prise en étroite collaboration avec les élus et selon les contraintes sanitaires du moment. La situation n'est pas la même qu'il y a un mois : si nous avions pu modifier les deux dernières étapes de Paris-Nice, c'est grâce à la ville de Nice et au préfet des Alpes-Maritimes, bien sûr, mais aussi parce que nous étions en mesure de tracer un nouveau parcours entièrement hors zone confinée. Là, nous sommes en zone confinée partout... Des courses ont lieu de l'autre côté de la frontière, c'est vrai, mais la Belgique, elle, n'est pas confinée. Je peux vous assurer qu'on a fait tout ce qu'on pouvait faire, jusqu'au bout, pour maintenir l'épreuve à sa date initiale. lire aussi Comment le coronavirus a eu raison de Paris-Roubaix 2020 Contrairement au préfet du Nord, de nombreux élus ont soutenu le maintien de l'épreuve...
Certains étaient prêts à s'arracher le coeur pour que la course ait lieu. Par exemple, Salvatore Castiglione, le maire de Wallers et vice-président de la région, nous a dit, et je veux l'en remercier : "Si pour sauver Roubaix, il faut qu'il n'y ait pas la trouée d'Arenberg, ça m'arracherait le coeur, mais je serais d'accord." Nous étions prêts à faire ce genre de sacrifice au nom de la course, certains élus aussi, mais cela n'a rien changé. Ce genre de message prouve néanmoins l'attachement des gens des Hauts-de-France à leur région et à cette course. On m'a dit plusieurs fois : c'est notre Tour de France à nous. C'est une formule magnifique. Malgré ce report, êtes-vous confiant pour les futures grandes épreuves cyclistes ?
Les progrès indispensables de la vaccination nous permettent de voir l'avenir avec une relative sérénité. » Chez ASO, « il a fallu se rendre à l'évidence » Pierre-Yves Thouault, directeur adjoint du cyclisme chez ASO : « Il y a eu des liens quotidiens avec toutes les autorités compétentes : la préfecture, la gendarmerie, la police mais aussi le ministère de l'Intérieur avec qui on était en relation tous les jours. Nous avons présenté différents scénarios, notamment en s'inspirant de ce qui se passait à côté, sur les courses belges notamment. Mais les annonces du président Macron hier soir (mercredi) font que tout le pays est aujourd'hui en confinement, et il a fallu se rendre à l'évidence. La situation sanitaire ne nous permet pas d'organiser l'épreuve au 11 avril. »