Cyclisme - Romain Gioux (Novo Nordisk) : « Je n'ai jamais vu le diabète comme un fardeau »

L'Equipe.fr
Âgé de 30 ans, Romain Gioux vit sa première saison de cycliste professionnel, au sein de l'équipe américaine Novo Nordisk. Une formation entièrement constituée de coureurs atteints de diabète de type 1. Sa maladie ne l'a jamais empêché de pédaler, mais elle conditionne en certains points son métier.

Âgé de 30 ans, Romain Gioux vit sa première saison de cycliste professionnel, au sein de l'équipe américaine Novo Nordisk. Une formation entièrement constituée de coureurs atteints de diabète de type 1. Sa maladie ne l'a jamais empêché de pédaler, mais elle conditionne en certains points son métier. « La première chose que j'ai demandée au médecin, c'est : "Est-ce que je vais pouvoir continuer le sport ? " » Romain Gioux a quinze ans et pratique déjà le vélo depuis sept ans quand il apprend qu'il est atteint de diabète de type 1. C'est suite à un bilan sanguin, réalisé à l'issue d'une course durant laquelle il a souffert de crampes après seulement 30 km, que le verdict est tombé. Rapidement, son médecin le rassure : sa maladie ne l'empêchera pas de pratiquer le cyclisme. Quinze ans plus tard, il en a fait sa profession.Avec Novo Nordisk : un premier rendez-vous manquéTitulaire d'un master en communication événementielle, il a longtemps évolué au plus haut niveau de cyclisme amateur, en catégorie « Elite », tout en étant responsable de communication en préfecture. Est-ce que, durant cette période, la perspective d'une carrière cycliste gâchée par sa maladie lui a traversé l'esprit ? Jamais. « Je n'y ai même pas pensé. Je n'ai jamais vu le diabète comme un fardeau. Je ne me dis pas : "Sans lui, je serais meilleur". Je donne le meilleur de moi-même avec lui et c'est tout. »Et ce « meilleur de [lui]-même » l'a porté à un niveau suffisant pour aspirer au monde professionnel. En 2013, l'équipe Novo Nordisk (voir encadré) l'avait contacté, mais les deux partis n'avaient pas réussi à s'entendre : « Je devais aller à Atlanta, au siège de la structure, pour passer des tests, faire des courses avec l'équipe, etc. En gros, je devais rester une année aux Etats-Unis. Avec mon travail, je ne pouvais pas me le permettre ».L'an dernier, l'occasion s'est à nouveau présentée. Un peu différemment, cette fois : « j'ai été recontacté à l'été 2016. Les responsables m'ont proposé d'aller avec l'équipe de développement sur une course par étapes en République tchèque : l'East Bohemia Tour (2.2). J'ai accepté, j'ai pris une semaine de vacances et cela s'est bien passé. (...) Un ou deux mois plus tard, j'ai reçu une proposition de contrat pour l'année 2017. » Depuis le début de la saison, Romain Gioux est donc coureur cycliste professionnel, dans une équipe qui cultive un paradoxe. Celui de mettre en avant sa singularité tout en cherchant à ne pas exister uniquement à travers elle.« On connaît notre taux de sucre en temps réel »Lionel Marie, l'un des directeurs sportifs de l'équipe, abonde en ce sens : « Les coureurs du Team Novo Nordisk, ce sont des cyclistes à part entière. Ils ne veulent pas être mis en avant parce qu'ils ont le diabète ! Mon métier ici est le même qu'ailleurs. La seule chose que je constate, c'est qu'ils sont très proches les uns des autres. Il n'y a pas de petits groupes qui se sont créés en fonction des affinités. »Quelques particularités subsistent cependant, dans le suivi médical de la formation américaine. « On nous met à disposition un appareil qui s'appelle un Dexcom. C'est un appareil relié en bluetooth à un capteur que l'on a sous la peau (et que l'on change toutes les semaines), qui nous permet de connaître notre taux de sucre en temps réel, explique Romain Gioux, qui poursuit : là, par exemple, je suis à 1,20g/L de sucre dans le sang, je n'ai pas besoin de manger. Si j'étais à 0,75, je me dirais : "Ah, je vais manger un peu". »Le Docteur David Castol (membre du staff médical), précise les mesures de sécurité prises par l'équipe : « Sur les courses, en plus de la présence classique d'un médecin, nous avons de l'insuline (pour laquelle les coureurs ont une AUT, autorisation d'usage à des fins thérapeutiques, ndlr) et un kit spécial pour le contrôle des problèmes d'hypoglycémie dans notre bus et dans chacune de nos voitures. »Être diabétique n'empêche pas d'être coureur cycliste professionnel. Soit. Mais, paradoxalement, cela peut-il être un atout ? Romain Gioux, puncheur au petit gabarit (1,60 m, 50 kg), sait par exemple qu'il ne sera jamais confronté à une prise de poids conséquente à l'inter-saison : « J'ai un poids de forme constant, à 1 ou 2 kilo(s) près, pas plus (...) Beaucoup de coureurs professionnels ont une plus grande amplitude dans ce domaine. Lorsqu'ils coupent avec le vélo en fin d'année, ils coupent vraiment (sourire) ! Ils peuvent se lâcher sur la nourriture par exemple. Moi, je ne peux pas me le permettre, je dois rester dans une routine dont ma santé dépend .»Tony Gallopin : « je peux peser jusqu'à 6 voire 7 kilos de plus que sur le Tour de France »« Le diabète ne donne aucun avantage physiologique aux coureurs, mais il peut leur apporter de précieuses connaissances par la rigueur que son traitement nécessite en termes de nutrition notamment (heure des repas, proportion de carbohydrates ingérés), développe David Castol, qui tempère son propos : « cependant, je n'irai pas jusqu'à dire que c'est un "avantage" parce que tout sportif professionnel se doit d'avoir ces connaissances et une bonne hygiène de vie.» Au-delà des aspects positifs, le fait d'avoir recours à une AUT pourrait susciter un certain scepticisme autour des résultats de l'équipe, tant cet acronyme rime avec méfiance. Ce risque, Romain Gioux ne le craint pas, au contraire : « Si un coureur diabétique arrive à rivaliser avec le gratin mondial, je pense que les gens vont voir cela comme une victoire dans le combat face au dopage. »« On est différents d'une personne diabétique lambda »Enfin, si le message prôné par le Team Novo Nordisk est d'encourager les personnes diabétiques à faire du sport – « l'activité physique ne doit pas se substituer aux médicaments et aux bonnes pratiques diététiques, mais elle est très conseillée pour les personnes diabétiques », juge David Castol –, il faut garder à l'esprit qu'il existe un monde entre le haut niveau et le sport loisir.Romain Gioux considère que son rapport au diabète est très particulier : « On est différents d'une personne diabétique lambda, parce qu'on dépense énormément d'énergie. Pour un diabétique qui n'est pas sportif de haut niveau et qui pratique peu d'activité physique, le grignotage est proscrit. Nous, on a besoin de manger en fonction de notre taux de sucre et prendre des barres énergétiques pendant une course, par exemple, cela ne pose pas de problème. »

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