Dall'Igna a senti la cassure avec Dovizioso à la mi-saison 2019

Léna Buffa
·4 min de lecture

Gigi Dall'Igna a révélé qu'il avait senti venir la fin de l'aventure entre Ducati et un an avant que le divorce ne soit officialisé. À en croire le directeur général de Ducati Corse, l'histoire était donc déjà en train de péricliter alors que le pilote italien se battait pour la troisième année de suite pour le titre face à Marc Márquez, un objectif qui n'allait pas être atteint bien qu'il ait été entre 2017 et 2019 son plus proche adversaire au championnat.

Durant cette saison 2019, Dovizioso s'était montré publiquement critique de la direction technique choisie par Borgo Panigale, lui qui avait poussé dès le printemps pour que le développement s'oriente vers un gain d'agilité de la machine afin de corriger sa faiblesse notoire dans les virages, au lieu de chercher à retrouver la puissance quelque peu érodée en ligne droite. Pendant la longue attente qui a précédé le début de la saison 2020, Paolo Ciabatti, directeur sportif, avait assuré que les moments difficiles étaient "dépassés", et pourtant la séparation n'allait pas tarder.

"À la moitié de l'année dernière, déjà, je me souviens que j'ai fait une réunion dans mon bureau avec Andrea Dovizioso et de nombreux collaborateurs, et j'avais en tête qu'il serait très difficile, à la fois pour moi et pour Andrea Dovizioso, de réussir à renouveler le contrat pour d'autres saisons", explique Gigi Dall'Igna dans une interview pour Motorsport.com. "Et puis je dois dire qu'il s'est passé beaucoup de choses cette année, jusqu'à ce que nous décidions de refermer ce qui est, je pense, plus un livre qu'un chapitre, et d'en ouvrir un autre avec de jeunes pilotes, de rafraîchir un peu l'atmosphère et de trouver des motivations et des idées un peu différentes."

Lire aussi :

Le succès de Suzuki ? De l'intérêt de faire simple, selon Dovizioso

Si le divorce tardif entre Andrea Dovizioso et Ducati − annoncé en août alors que le plateau 2021 était déjà quasiment au complet − n'a pas été expliqué en détail, il avait été précédé par de longues négociations portant sur la manière de repenser l'accord entre les deux parties pour une saison 2020 lourdement amputée par la crise sanitaire et une latence difficilement compréhensible durant le printemps. Amer au moment de son départ, le pilote s'est contenté de regretter le peu d'enthousiasme observé en interne pour les succès obtenus durant trois ans, témoignant à demi-mot d'un certain manque de soutien.

"Je n'ai jamais eu une histoire aussi longue avec un même pilote. J'ai trouvé Andrea ici fin 2013 quand je suis arrivé chez Ducati, ça faisait déjà un an qu'il était là, et nous avons travaillé jusqu'à la fin de cette année. Quelque chose s'est cassé, mais je dois dire que c'est arrivé après une longue et fructueuse collaboration", veut aujourd'hui retenir Gigi Dall'Igna. "L'objectif de Ducati et celui d'Andrea Dovizioso était d'atteindre le titre pilotes, et quand une équipe se bat pour essayer de remporter quelque chose mais n'y arrive pas, il est normal et évident que puissent naître des critiques qui ensuite augmentent peu à peu."

Une nouvelle génération "monopolisée" par Ducati

Ducati abordera la saison 2021 avec trois binômes entièrement renouvelés dans ses équipes, trois pilotes promus en interne et trois rookies, les seuls officialisés à ce jour sur la grille MotoGP pour l'an prochain. Jack Miller et Pecco Bagnaia succèderont donc à Andrea Dovizioso et Danilo Petrucci dans le team factory, tandis que Johann Zarco rejoindra Pramac et fera équipe avec Jorge Martín. Chez Esponsorama, enfin, Enea Bastianini sera associé à Luca Marini.

"Nous avons probablement monopolisé une génération de jeunes talents", constate Dall'Igna, "et nous le faisons grâce à nos teams satellites, à la fois Esponsorama et Pramac qui est notre team satellite de référence, avec lequel nous avons toujours fait grandir des pilotes qui ensuite sont [passés à l'équipe officielle], d'abord Iannone, puis Petrucci et maintenant Jack et Pecco. Je souhaite que cela puisse également être le chemin suivi par les trois rookies, trois pilotes à mon avis fantastiques, qui ont fait de très belles choses en Moto3 qu'en Moto2. Je suis donc content d'avoir fait ce choix."

"Jack et Pecco ont démontré qu'ils pouvaient faire partie des protagonistes et c'est ce que nous voulons faire l'année prochaine, être protagonistes avec les pilotes qui ont acquis en expérience avec notre moto et qui sont les deux pilotes officiels et Johann Zarco. Et puis, comme nous l'avons toujours fait, nous allons laisser le temps à nos jeunes pilotes de grandir et de devenir compétitifs dans une catégorie qui n'est clairement pas facile et qu'il faut du temps pour comprendre."

Propos recueillis par Matteo Nugnes