Darren Tulett, après la mort de la Reine Elisabeth II : « J'ai failli lui serrer la main... »

Darren Tulett. (beIN Sports)

Le journaliste britannique de beIN Sports a rencontré plusieurs fois la Reine Elisabeth II, décédée jeudi. Il raconte ces moments particuliers.

Darren Tulett a appris la mort de la reine Elisabeth II, jeudi soir, à l'ambassade de Grande Bretagne à Paris. « Une réception était organisée pour la rentrée par l'ambassadrice Menna Rawlings. La centaine de personnes conviées évoquait évidemment au début la santé de la Reine, raconte le journaliste de beIN Sports, originaire de Brighton. L'ambiance était spéciale. L'ambassadrice a commencé son discours en français en faisant référence à l'ombre qui planait un peu au-dessus de nous tous. Un conseiller lui a passé un petit mot. On a compris ce qui se passait. Elle a dit "Oh, dear..." et a repris la parole en anglais en annonçant le décès. »

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« Ses mains tremblaient un peu, elle était très émue comme toute la salle, poursuit-il. Et même si je suis républicain, j'ai moi-même été surpris de mon émotion. On avait du mal à ne pas aimer la Reine, elle avait toujours été là dans nos vies, elle a rythmé la vie de la nation. Alors être là, dans cet endroit, pour apprendre une pareille nouvelle... J'avais l'impression de vivre un moment d'histoire. Et je comprends le chagrin de beaucoup de Britanniques. »

« J'ai dû en catastrophe passer ma main dans mes cheveux pour avoir une contenance »

Darren Tulett a, par trois fois, croisé Elisabeth II. Une fois au derby d'Epsom, envoyé là à l'époque en reportage par Canal +. Mais surtout en 2014, à l'occasion d'une visite d'État de la Reine en France. « J'avais été invité à la garden-party à l'ambassade et au dîner d'État le lendemain à l'Élysée. Je trouvais cela extraordinaire... À l'ambassade, elle a fait lentement le tour de tous les invités dans les jardins et elle s'arrêtait toutes les trente personnes environ. J'étais amusé par le spectacle et en même temps, j'avais envie de lui serrer la main, ne serait-ce que pour pouvoir le raconter à ma mère qui l'adorait. J'ai vu qu'il y avait Christian Prudhomme, le patron du Tour de France et Bradley Wiggins (vainqueur du Tour en 2012). Je me suis dit : "Elle va les saluer, eux, donc c'est foutu, je dois aller plus loin." J'ai repéré Louise Ekland (une journaliste, chroniqueuse à la radio), discrètement je me suis déplacé pour arriver à sa hauteur. La Reine s'approche, je commence à lever la main et là, j'entends le conseiller qui lui dit : "Louise Ekland, journaliste..." J'ai dû en catastrophe passer ma main dans mes cheveux pour avoir une contenance. La Reine a continué son chemin, Louise a dit "je ne me laverai plus la main" et moi, j'ai appelé ma mère le lendemain en lui disant "j'ai failli serrer la main de la Reine..." »

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« Au dîner d'État, le lendemain, c'était aussi quelque chose, reprend Tulett. Elle a fait son discours dans un français impeccable, comme toujours, et avec humour. À son entrée dans la salle, tous les invités lui avaient dressé une haie d'honneur. Arsène Wenger était présent. Marion Bartoli aussi. Elle a sorti son téléphone et pris des photos sur son passage. Ça faisait du bruit et tout le monde la regardait, un peu agacé. Alors à table, Marion a dit : "Je suis une sportive, si quelqu'un peut prendre une photo, c'est bien moi. On me pardonnera. Si vous voulez, je vous partage la photo." Et évidemment, tout le monde a donné son 06... »

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Alors que le Royaume-Uni va entamer une période de deuil national, Darren Tulett ne comprend néanmoins pas pourquoi on suspend les évènements, notamment sportifs. « D'abord, ils ont pris la décision d'arrêter les courses hippiques, je suis sûr que la Reine n'aurait pas apprécié. Elle aimait tellement cela. En Angleterre, on dit souvent "keep calm and carry on" (restez calme et continuons), alors c'est plutôt le moment de le montrer. La vie continue. Le stade, par exemple, c'est un lieu où les gens peuvent exprimer leur émotion. Hier soir (jeudi), avant le match de West Ham (contre le Steaua Bucarest en Ligue Europa Conference, 3-1), il était demandé une minute de silence. Les gens ont préféré chanter le God Save The Queen alors que son portrait s'affichait dans le stade. C'était formidable... »

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