David Régis, sur la photo entre les Américains et les Iraniens en 1998 : « Ce n'était pas organisé »

Les Américains, parmi lesquels David Régis, avaient posé en photo avec les Iraniens avant un match de Coupe du monde en 1998, à Lyon. (D. Fèvre/L'Équipe)

L'ancien international américain David Régis, passé par Strasbourg et Metz, était présent en 1998 à Gerland, lors du premier match de Coupe du monde entre les États-Unis et l'Iran (1-2), qui se retrouvent mardi (20 heures). Aujourd'hui reconverti coach sportif et entraîneur de l'équipe féminine d'Amnéville (R1), il se souvient de ce moment d'histoire.

« Après toutes ces années, quel souvenir gardez-vous de ce match ?
Celui qui me revient tout de suite, c'est la photo prise tous ensemble, avant le coup d'envoi. C'était une belle preuve qu'avant, tout ça se passait sur le terrain. On était des sportifs.

Qui avait eu l'idée de cette photo ? Comme vous étiez-vous organisés ?
On n'avait même pas eu l'accord des Fédérations. Un mois avant, avec Karlsruhe, j'avais joué contre Ali Daei (alors à l'Arminia Bielefeld, en Bundesliga) et on en avait parlé. Claudio Reyna jouait aussi en Allemagne (Wolfsburg) à ce moment-là. En rigolant avant le match, on s'était dit qu'on le ferait pour répondre à tous les journalistes qui nous avaient persécutés. Mais ce n'était pas organisé. Comme on se connaissait un peu, tout le monde avait accepté, sans réticence. C'est surtout la pression médiatique qui nous avait embêtés. On était là pour jouer un match mais on nous parlait de trucs politisés, de guerre, comme si on allait sortir les fusils. On ne comprenait pas trop. Alors on a voulu calmer ces gens-là.

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Mais compreniez-vous à l'époque l'importance de cette rencontre sur le plan diplomatique ?
Pour moi, ça ne changeait rien du tout. D'autant que j'étais en chambre avec l'autre fou, Alexi Lalas, qui mettait la musique. On était tranquilles. Même le coach (Steve Sampson) n'en a pas parlé. On était focalisés sur le jeu. Quand je posais la question aux gars, ils ne voulaient pas trop en discuter. Beaucoup de joueurs américains jouaient alors à l'étranger. Et il n'y avait pas encore les réseaux sociaux, c'était compliqué de suivre tout ça.

En revanche, quand j'en discutais avec ma belle-famille (marié à une Américaine dont il a depuis divorcé, David Régis, né en Martinique et donc Français, avait obtenu la double nationalité quelques semaines avant la compétition.), je comprenais que le contexte était spécial. Elle me disait qu'on était là pour recoller les morceaux, pour se rallier un peu à cette cause. De toute façon, à part en Jamaïque, ça n'a jamais été facile de jouer avec les États-Unis dans certains pays, comme en Amérique centrale. Je me souviens avoir vu les kinés qui portaient des gilets par balle, au Guatemala par exemple. La pression, on avait l'habitude. On est préparés. Mais pas dans une Coupe du monde, où c'est la fête du football.

Le contexte politique avait-il perturbé votre préparation ?
Beaucoup de journalistes américains étaient venus nous interroger, mais pas sur le match. Il y avait plus de questions sur l'extra-sportif. On s'est sentis à l'écart de cette fête, comme si on était dans une sorte de bunker. On avait du mal à accepter cette pression.

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Vous en reparle-t-on souvent ? Ou vous arrive-t-il d'y repenser ?
Oui, à chaque fois que je parle de 1998. Dès que je rappelle que j'ai disputé la Coupe du monde. Alors on me dit : "Vous avez joué contre l'Iran."

Quelle a été votre réaction lors du tirage au sort ?
Je suis encore en contact avec deux ou trois joueurs. Ils m'ont tout de suite envoyé un message avec la photo et m'ont demandé si je m'en souvenais... J'ai répondu que j'étais trop jeune. (rires) À l'époque, il y avait beaucoup plus d'expérience et de bouteille. Il y avait des mecs plus zen, capables de le prendre à la légère. Aujourd'hui, ce n'est pas que la jeunesse s'en fout, mais ça rentre et ça sort. Il y a peut-être moins de pression pour eux aussi. Ils sont loin de tout ça. »