De l'émotion à la dévotion : Paris, à l’heure Cavani

Journaliste Yahoo Sport
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Alors que le dernier match à domicile de la saison du PSG pouvait aussi être le théâtre des adieux de Cavani à ses supporters, le Parc des Princes a honoré son Matador. Retour sur une soirée hors du temps.

Dans le football, rien n’est jamais figé. Ni les scores, ni les déclarations, et encore moins les joueurs. Où évoluera Edinson Cavani la saison prochaine ?

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Alors que le Paris Saint-Germain se présentait pour la toute dernière fois de sa saison dans son écrin de béton, les supporters pensaient forcément à l’hypothèse fatidique : voir pour la toute dernière fois le Matador galoper sur sa pelouse.

Les coeurs de beaucoup étaient lourds, ce samedi. Et les premières banderoles, déployées en périphérie du stade par les Ultras parisiens, ne manquaient pas de rappeler au club combien la hargne et la dévotion de l’Uruguayen sont des qualités qui ne s’achètent pas. Une idée déployée après, sur le flanc des tribunes parisiennes : « Cavani, une légende n’a pas de prix ».

Car c’est avec la mine des adieux, que beaucoup s’engouffraient dans cette ultime rencontre, avec l’idée, peut-être, que le numéro 9 ne reviendrait plus y faire vibrer l’écusson rouge et bleu. Fidèle à lui-même, l’ancien Napolitain a en tout cas offert à la capitale un dernier sursaut de révolte. Lui, qui voulait tant marquer, après plus de trois mois de supplice, entre les allers-retours à l’infirmerie, la décomposition des siens vue des tribunes, le retour aux affaires contre Nice et ce penalty manqué, avant de rentrer d’Angers avec une frustrante disette.

Une minute lui aura donc suffi pour rattraper sauvagement Di Maria, qui venait d’ouvrir le score. Quatre minutes, au tableau d’affichage, pour que le Parc des Princes ne rugisse à l’unisson pour son guerrier.

Et puis, 86 autres minutes à faire de Cavani tout ce qui rend fier Paris : dévorer les kilomètres sans jamais baisser la tête, tenter, se déplacer, servir, échouer mais recommencer. Jamais, l’Uruguayen n’a été avare du moindre effort. Et ça n’est pas un match de gala qui allait contrarier sa grinta.

Mais c’est dans l’après-match, aussi, que s’est noué le bouquet final d’une soirée en suspend. Restés en tribunes pour les festivités, les supporters parisiens ont attendu l’extinction des feux pour chanter à la gloire de Cavani. Mille et unes lumières, un Matador clamé dans la nuit, comme l’ultime appel d’un peuple qui pleure déjà le meilleur buteur de son histoire.

Un feu d’artifice et une célébration de l’Hexagoal plus tard, c’est encore lui, au milieu des chants dédiés à tous ses coéquipiers, que les supporters acclament… Et réclament. « Cavani, à Paris ! »

Et, comme un ultime symbole de cette relation si privilégiée entre celui qui a redonné de la voix aux joueurs héroïques et les amoureux de la capitale, l’attaquant a agité une dernière fois de la saison un drapeau à son effigie.

Alors forcément, certains diront que c’est trop. Diront qu’il ne faut pas encenser un joueur plus qu’un autre. Ou se serviront de ces marques d’affection pour cristalliser des critiques. Mais ce samedi soir, dans la chaleur des fumigènes et la ferveur populaire, il n’était pas question de choisir, de mépriser, ou d’oublier un joueur. Il était simplement question de rendre à César ce qui appartient à César. À ceux qui pensent que Cavani tombera un jour dans les méandres de l’histoire parisienne, il faudra se souvenir de ses records, de ses centaines de filets qui ont tremblé. Mais aussi de cette soirée, comme celles qui ont écumé les larmes de Raï ou de Pauleta. Gravées dans le marbre.

Edinson Cavani a tout vécu. L’ombre pesante d’Ibrahimovic sur le terrain et en dehors, cet amour maladif du but. Il y a eu les moqueries faciles sur sa maladresse. Il y avait eu ces polémiques stériles et ces piques médiatiques. Il y a eu ces pluies de rumeurs, ces matches compliqués, arrachés au bout de l’envie. Cette attaque, à partager une nouvelle fois, et ces nouvelles blessures. Cavani, lui, n’a jamais réagi. Mieux, il a toujours fait le travail, mué dans l’adversité depuis six ans. Englué, aussi, dans une humilité sans faille.

À Paris, au terme d’une saison compliquée, où la beauté des premiers instants a laissé place à l’amertume douloureuse, rares sont ceux qui ont su porter haut les couleurs parisiennes. Au-delà même des statistiques ou des choix tactiques, Cavani a été de ceux qui ont toujours porté le collectif avant sa propre jouissance. Il y a donc une forme de logique, ce samedi soir, de le voir porter par un public qui ne peut que le remercier d’insuffler tout ce qui manque parfois cruellement aux siens.

Alors oui, c’est une évidence : tout destine le n°9 à convoler ailleurs. Même s’il déclare lui-même vouloir rester et aller au terme de son contrat, tout semble indiquer qu’une page pourrait se tourner pour Cavani. Un autre jeu semble s’installer, Mbappé s’installe doucement dans l’axe pendant que le trentenaire accuse les blessures, et que le temps amoindrit inexorablement sa valeur sur un marché des transferts bien loin de ses considérations. Mais à un an du terme de son contrat, c’est quitte ou double pour le natif de Salto : et si l’Atletico lui ouvre grand les bras, Paris semble avoir jeté son dévolu sur une nouvelle romance.

Les histoires d’amour finissent mal, en général. Avec le Paris Saint-Germain, elle s’achèverait sur la plus belle des notes : quand on s’aime encore mais qu’on se quitte pour s’épargner. Avec un but, une communion, et l’adoubement d’un Parc rendu à sa cause.

Une chose est sûre : si Cavani pliait bagage au terme de cette saison, le torse bombé et la tête haute de n'avoir jamais rien lâché, les Ultras Parisiens auraient eux aussi été à la hauteur de l’ultime déclaration.

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