Demain Le Sport : comment les athlètes en quête de médaille olympique se financent

Amandine Buchard, Alexis Hanquinquant et Manon Brunet (de g. à d.) bénéficient d'aides dédiées aux athlètes de haut niveau. (L'Équipe)

Dans leur quête d'une médaille olympique, les athlètes ont un besoin majeur de financement. Les entreprises ont un rôle à jouer dont elles mesurent de plus en plus l'importance.

Tous les sportifs de haut niveau ne sont pas des stars richissimes, qui croulent sous les contrats de partenariat et mènent une vie de rêve. Nombreux sont les athlètes qui conjuguent performances et précarité.

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Il y a sept ans, un rapport réalisé par Brigitte Bourguignon, alors députée PS du Pas-de-Calais, s'inquiétait de la situation des sportifs de haut niveau. 40 % d'entre eux vivaient en dessous du seuil de pauvreté... En 2016, un reportage de Complément d'Enquête sur France 2 révélait que la moitié des 450 sportifs français présents aux Jeux de Rio vivaient avec moins de cinq cents euros par mois...

Il existe en effet une différence entre un sportif professionnel qui s'assure un salaire mensuel grâce à un contrat signé avec un club, et le sportif de haut niveau, non professionnel mais pas moins investi, dont les revenus sont plus incertains. Dans le deuxième cas, les sources de financement peuvent aller de la pratique d'un métier (en plus du sport pratiqué) au sponsoring en passant par des contrats d'image, des prises de parole rémunérées, voire des gains en compétition. Mais composer avec autant de paramètres sans aucune certitude à l'aube d'un grand barnum comme les Jeux Olympiques dans son pays n'est pas l'idéal. Les athlètes peuvent également compter sur le soutien de l'Agence nationale du sport (ANS), dont les crédits liés au haut niveau sont passés de 104 M € en 2021 à 118 M € en 2022. Un apport non négligeable mais toujours insuffisant pour tenter d'aller chercher un titre olympique ou une place sur le podium en 2024.

Mettre les athlètes dans les meilleures dispositions
Alors quel rôle peut jouer les entreprises dans tout cela ? Nombre d'entre elles établissent des conventions d'insertions professionnelles (CIP) pour enrôler des sportifs. Les CIP sont une forme de contrat de travail tripartite signé entre un sportif, son employeur et sa fédération. Ils définissent les conditions dans lesquelles un employeur dégage du temps à son salarié afin de lui permettre d'allier la carrière professionnelle et la sportive. Un échange de bons procédés en somme entre un sportif qui a besoin de temps et d'argent et un employeur qui espère pouvoir surfer sur la notoriété de son poulain. Parmi les pionniers du genre figurent des grandes entreprises comme La Poste, EDF, la RATP ou encore la SNCF, qui s'attache aujourd'hui les services du champion olympique de karaté en titre, Steven Da Costa. La FDJ, par le biais de son programme « Challenge », a accompagné pendant vingt-huit ans plus de 400 athlètes. Depuis 2020, sa FDJ Sport Factory a un objectif identique : mettre les athlètes dans les meilleures dispositions avant leurs échéances sportives.

C'est également la politique d'Enedis, anciennement ERDF, devenu en avril dernier le supporteur officiel de Paris 2024 dans la distribution pérenne d'électricité sur les sites. « Notre engagement dans le sport passe notamment par le soutien que l'entreprise met à disposition des sportifs au travers d'un dispositif dédié aux athlètes de haut niveau », explique-t-on au sein de la société. Guillaume Toucoullet, médaillé d'argent mondial en para-tir à l'arc, et Vladimir Vinchon, 6e en individuel et 9e par équipes aux JO de Tokyo en para-équitation, sont ainsi détachés à 50 % pour pratiquer leur sport, tout en étant payés à 100 %.

Partenaire mondial olympique depuis 2014 et paralympique depuis 2018, Bridgestone mise également sur des sportifs sans pour autant les salarier chez elle. Hier, lors d'une conférence de presse à Paris, l'entreprise spécialisée dans la conception de pneus et solutions de mobilité a enrichi son portefeuille d'athlètes à deux ans des Jeux. Kevin Mayer, champion du monde (en 2017 et 2022), vice-champion olympique (en 2016 et 2021) et recordman du monde de décathlon, Amandine Buchard, médaillée d'argent de judo aux JO de Tokyo (-52 kg) et championne olympique par équipes mixte, ainsi que la sabreuse Manon Brunet, médaillée de bronze olympique en individuel et d'argent par équipes (en 2021), la surfeuse Pauline Ado et la triple médaillée paralympique (or en 2012 sur 100 m, argent en 2016 sur 100 m, bronze en 2021 sur 200 m) en para-athlétisme Mandy François-Elie sont devenus les nouveaux représentants de la marque, qui souhaite leur apporter un soutien financier pour plus de sérénité jusqu'aux Jeux. « Au total, pas moins de 43 athlètes sont devenus nos ambassadeurs. Et nous les avons soutenus tout au long de leur parcours olympique en leur donnant la visibilité qu'ils méritent ainsi qu'à leur discipline », résume Thierry Jupsin, vice-président Marketing Europe de la multinationale.

À la Matmut, la stratégie diffère. D'abord acteur local du sport, notamment dans la région de Rouen qui l'a vu naître en 1961, l'assureur mutualiste a récemment commencé à soutenir directement des sportifs. La première fois, c'était il y a quatre ans avec la boxeuse Elhem Mekhaled, inscrite en mai dernier au programme de la soirée de Floyd Mayweather à Abu Dhabi. « Elle était déjà collaboratrice en interne, explique Yann de la Fourchardière, responsable de l'activation de la marque. Quand elle nous a dit qu'elle faisait de la boxe à haut niveau, et qu'elle allait avoir besoin d'un accompagnement un peu plus important, on a décidé de répondre favorablement à sa demande en lui dégageant plus de temps. » Depuis le début de l'année, l'assureur a aussi décidé d'élargir sa stratégie de financement du sport en soutenant Alexis Hanquinquant, médaillé d'or en paratriathlon à Tokyo, l'an dernier.

D'ordinaire, la Matmut déploie plutôt sa présence dans le sport en conjuguant proximité locale et impact national, grâce aux performances des clubs professionnels et au rayonnement des enceintes sportives qu'elle parraine. Dans la région lyonnaise, elle soutient ainsi le LOU Rugby, vainqueur du Challenge européen le 27 mai dernier, et le naming de son stade, le Matmut Stadium de Gerland. De même dans le grand Sud-Ouest, avec le Castres Olympique, finaliste du Top 14 cette saison, et le naming d'un deuxième stade, le Matmut Atlantique de Bordeaux.

Outre des accompagnements personnalisés, toutes les entreprises investissent aussi régulièrement dans les grands événements sportifs. À la fois parce que le sport est l'un des seuls espaces qui rassemble le plus grand nombre mais aussi parce que les deux mondes se sentent liés par des valeurs communes comme la rigueur ou la gestion de la pression, par exemple. C'est aussi - et cela compte par les temps qui courent - l'opportunité de montrer qu'elles tiennent compte des problématiques actuelles de la société en premier lieu desquelles l'environnement et l'inclusion. Identifié sur l'IndyCar, la Formule 1 ou encore les Grands Prix Moto, Bridgestone sponsorise depuis quelques années le Solar Challenge, une course de voitures propulsées à l'énergie solaire. Elle se tourne maintenant davantage vers des sports olympiques. « La devise des Jeux, "Plus vite, plus haut, plus fort" fait écho aux valeurs que porte notre société, à savoir l'ambition, la détermination et la performance », rappelle Thierry Jupsin.

La Matmut, elle, souhaite contribuer à plus d'équité de traitement dans le sport, d'où son soutien à Alexis Hanquinquant. Enfin Enedis, via son partenariat avec Paris 2024, s'attache, elle, à illustrer son rôle dans la transition écologique du pays et assure : « Nous avons fait le choix d'avoir une politique partenariale qui ait du sens par rapport à notre métier et à notre positionnement de marque. Nous nous affichons comme un facilitateur et un accompagnateur du changement durable de l'empreinte du sport... » Tous trois seront d'ailleurs partenaires de « Demain Le Sport », jeudi.