Demain, un sport sans spectateurs ?

Pour la climatologue Valérie Masson-Delmotte, invitée jeudi du festival Demain le Sport, le changement climatique pourrait imposer au monde du sport des changements radicaux.

« Ça sera quoi le sport dans un monde à zéro consommation en 2050 ? Comment on se déplacera, comment s'entraîneront les athlètes ? » La question posée jeudi au public réuni au premier étage de la Maison de la radio émane d'une grande figure de la recherche sur le climat, Valérie Masson-Delmotte. Invitée du festival Demain le Sport, la paléoclimatologue a dressé jeudi un tableau inquiétant des conséquences potentielles du changement climatique sur le sport, alors que les prévisions du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), dessinent une perspective d'1,5 degré de réchauffement planétaire dans les vingt prochaines années.

« Pour le sport comme pour les autres secteurs d'activité, il y a des limites aux capacités d'adaptation. Moins de neige, moins de glaciers, moins d'eau dans les fleuves en été, ça demande de transformer les pratiques pour s'y préparer. Et certaines pratiques sportives sont plus en danger que d'autres. La durée d'enneigement affecte par exemple certaines compétitions. On sait aussi que les sites équipés pour les Jeux Olympiques précédents ne seront plus viables d'ici une vingtaine d'années », estime Valérie Masson-Delmotte, présidente d'un des groupes de travail du GIEC.

« Le sport a un rôle de catalyseur à jouer »

On pourrait imaginer que le sport de haut niveau, dont le domaine relève par définition de l'exceptionnel, échappe à certaines contraintes du plan de sobriété énergétique dessinées par le gouvernement (40 % de réduction d'énergie d'ici 2050). Mais pour Valérie Masson-Delmotte, le sport a au contraire vocation à être un moteur de la transformation de notre modèle de développement : « Le sport joue sur les émotions collectives. Il a un rôle de catalyseur à jouer. Il ne doit pas être dans une bulle, où il ne prendrait pas part aux transformations profondes qui toucheront l'ensemble de la société. »

La scientifique a d'ailleurs confié que plusieurs sportifs impliqués sur les sujets environnementaux lui avaient parlé du « mal-être », lié à la distorsion entre le mode de vie imposé par le sport de haut niveau et leur volonté de s'engager dans la lutte contre le réchauffement climatique : « Le calendrier sportif oblige les athlètes de haut niveau à de nombreux déplacements, pour changer de lieux de compétitions et d'entraînements, et donc à avoir une empreinte carbone très élevée. Certains m'ont dit que c'était pour eux une source de mal-être profond. »

Une problématique liée au transport

L'une des priorités pour réduire l'empreinte carbone du sport est de développer des outils destinés à mesurer l'impact des compétitions sur le climat, ainsi que l'efficacité des mesures de sobriété. Pour Valérie Masson-Delmotte, il serait souhaitable de créer une autorité destinée à réguler la politique environnementale des institutions sportives (ligues, fédérations...) : « Il y a besoin d'un espace structuré dans la durée, afin de faire remonter les meilleures pratiques. Mais aussi pour vérifier que les engagements pris se réalisent concrètement. »

L'un des grands écueils auquel va devoir se confronter le monde du sport est lié aux déplacements des spectateurs. 80 % des émissions de carbone du sport sont en effet liées aux transports. Un impact majoritairement issu des déplacements du public. Pour diminuer drastiquement les émissions de CO2 des compétitions sportives, Valérie Masson-Delmotte imagine une solution audacieuse : « Est-ce qu'on ne peut pas imaginer des hubs régionaux où les fans se retrouveraient pour regarder des évènements qui se déroulent ailleurs ? »

La mise en place d'un tel système paraît incompatible avec la nature du spectacle sportif. Mais le simple fait qu'on imagine que les spectateurs pourraient rester chez eux pour suivre les futurs Jeux Olympiques, montre la taille des enjeux environnementaux auxquels doit se confronter le monde du sport.