Devenir mère en pleine carrière, le challenge d'Estelle Mossely et Cécilia Berder

La boxeuse Estelle Mossely, qui participera à la table ronde sur la maternité (17 h 45), et la sabreuse Cécilia Berder ont fait le choix d'une grossesse en pleine carrière. Elles racontent.

L'équation est souvent présentée comme impossible. Mais certaines athlètes de haut niveau ont décidé de s'en moquer. Amel Majri (29 ans), la défenseuse de l'Olympique Lyonnais, est ainsi devenue, en juillet, la première joueuse de l'équipe de France de football à accoucher pendant sa carrière. L'Américaine Allyson Felix (36 ans, 11 médailles olympiques dont 7 en or sur 100 m, 200 m, 400 m et en relais), nouvelle retraitée des pistes, a aussi fait avancer la cause à sa manière. Devenue mère en 2018, elle a dénoncé, quelques mois plus tard, le comportement de Nike, son équipementier d'alors, qui avait décidé de baisser ses émoluments en raison de sa maternité. Le sujet a fait couler beaucoup d'encre et Nike a révisé son attitude.

En février dernier, l'ancienne ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a présenté à l'Insep (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance) un guide de la maternité à destination des athlètes avec un slogan : « Sport de haut niveau et maternité, c'est possible ». Car selon une enquête réalisée en 2021 par le ministère, 62 % des femmes interrogées déclaraient encore qu'avoir un enfant pendant leur carrière sportive n'était pas réalisable.

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Reste qu'être mère et athlète, ça ne s'improvise pas. La boxeuse Estelle Mossely (30 ans) a eu son premier enfant après son titre olympique (- 60 kg) aux Jeux de Rio. « Soit on attend la fin de sa carrière, soit on essaye de trouver un moment pendant. Pour moi, il était logique que ça se fasse après 2016. »

La sabreuse Cécilia Berder (32 ans), médaillée d'argent par équipes à Tokyo, en 2021, reconnaît avoir reporté ses envies de grossesse pour disputer les Jeux décalés d'un an en raison de la pandémie. « Généralement, quand on est sportive et qu'on veut un enfant, on raisonne par olympiade, confie-t-elle. Encore plus dans un sport aussi confidentiel que l'escrime. Être maman, c'était pour moi un projet planifié dans le calendrier. » Pour sa deuxième grossesse, en 2020, Estelle Mossely assure en revanche ne pas s'être posé la moindre question. « L'envie était plus forte que la compétition. Mais, au fond de moi, je savais qu'il me resterait quelques années de carrière après. »

Toutes les deux n'ont pas préparé leur staff à leur volonté de devenir mère. Leurs entraîneurs respectifs ont donc appris la nouvelle en même temps que tout le monde. Et les deux jeunes femmes se souviennent d'ailleurs parfaitement du moment où elles ont mis leur entourage dans la confidence. « Il ne faut oublier personne, s'esclaffe Cécilia Berder. Je suis tombée enceinte en rentrant des Jeux. J'avais signé un nouveau contrat avec mon club (Cercle d'Escrime Orléanais). Tout se passait très bien. Je ne me suis jamais dit que, quelques semaines plus tard, je devrais prévenir mon entraîneur de ma grossesse. J'ai fait l'annonce à l'entraînement avec un peu d'appréhension parce que je craignais de ne plus être vue comme une sportive. Finalement, j'ai été agréablement surprise par l'enthousiasme que cela a suscité. De la part des filles de mon groupe, de mon entraîneur ou de ma Fédération... »

Mossely félicitée par son équipementier... mais lâchée par son promoteur
Les annonces des deux grossesses d'Estelle Mossely se sont aussi globalement bien passées. « La deuxième fois, j'ai même été félicitée par mon équipementier (Adidas) », sourit-elle. En revanche, son promoteur a stoppé sa collaboration. « Il avait un business plan qui l'emmenait sur plusieurs années. Il ne s'attendait pas forcément à ce que je fasse un enfant seulement un an après avoir signé, tout en sachant que, derrière, je m'arrêtais pour au moins un an. » Autre interrogation : la gestion du retour à la compétition après la naissance. Comme d'autres, Mossely et Berder appellent à dépasser les croyances.

« Au moment d'aller à la maternité pour accoucher, je sortais d'une leçon avec mon maître d'armes, se souvient la sabreuse qui, enceinte, n'a jamais cessé le sport. Pouvoir le faire a été une vraie chance. Évidemment, il faut adapter sa pratique. Pour y arriver, j'étais suivie par un préparateur physique à l'Insep et par la gynécologue de l'institut. » Après l'accouchement, il faut en général attendre six à huit semaines avant de reprendre la rééducation puis le sport de manière progressive. Quatre mois après la naissance, Cécilia Berder n'a, elle, toujours pas repris les assauts. Mais « j'ai des muscles que je ne connaissais pas qui se sont développés », s'étonne-t-elle encore aujourd'hui.

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De son côté, Estelle Mossely, engagée depuis janvier dernier et pour trois ans avec Probellum, la firme de promotion américaine, avec la double ambition de reconquérir un titre professionnel et l'or olympique dans deux ans, à Paris, vante également les bienfaits du sport pendant la grossesse pour faciliter le retour à la compétition. « Si, pour le deuxième, il ne m'a fallu que quatre mois pour remontrer sur le ring, j'avais eu beaucoup plus de mal à revenir en forme après mon premier enfant. Je ne savais pas si j'allais reprendre la boxe. L'inconvénient d'être livrée à soi-même comme ce fut mon cas après Rio, c'est qu'on évolue aussi en dehors de tout cadre fédéral. Psychologiquement et économiquement, ça peut être difficile à gérer. »

La boxeuse a pu s'appuyer sur son entourage et ses gains post-Jeux. En contrat avec son club et à Radio France, Cécilia Berder a de son côté bénéficié d'un maintien de son salaire et d'une prise en charge par l'assurance maladie. Mais, ajoute Mossely, « les dispositifs d'aides ne sont pas évidents. Je n'ai entendu parler de rien lors de mes grossesses. S'ils existent, il faut mieux communiquer dessus. »

« Et on a aussi un rôle à jouer », insiste Berder, qui aurait aimée être présente à la table ronde « Maman est une championne », ce jeudi, à 17 h 45, au studio 104 de la Maison de la radio et de la musique, avec Estelle Mossely, Chloé Bulleux, vice-championne olympique de hand en 2016 (qui accuse son club, le Toulon Métropole Var, de ne pas avoir reconduit son contrat à cause de sa grossesse), et Mélina Robert-Michon, vice-championne olympique du lancer du disque en 2016, mère de deux filles. Mais l'escrimeuse ne veut pas rater un nouveau stage de préparation sous peine de perdre sa place en équipe de France. Même si, comme Mossely, elle assure aborder désormais autrement les échéances sportives et mieux relativiser d'éventuels échecs.