Disparition : François Remetter, doyen des internationaux français, est mort

François Remetter sous le maillot de l'équipe de France, en 1956, avant d'affronter la Hongrie. (L'Équipe)

Comme l'ont rapporté les Dernières Nouvelles d'Alsace, François Remetter s'est éteint dimanche à l'âge de 94 ans, après avoir vécu très longtemps auprès de l'équipe de France pour Adidas. Il était le plus âgé des internationaux français, gardien des Bleus lors des Coupes du 1954 et 1958.

Les photos en noir et blanc ne rendent pas toujours hommage à son célèbre chandail de gardien noir à bande rouge : c'était ainsi, dans les années 1950 qu'il avait traversées de sa sobriété et de ses élégances, que l'on reconnaissait François Remetter, que les supporters de Strasbourg surnommaient « Frantz », et dont le nom reste lié, pour toujours, à celui des « héros de Suède », troisièmes de la Coupe du monde 1958. Disparu ce dimanche à l'âge de 94 ans, François Remetter était le doyen des internationaux français, une distinction qui échoit désormais à un autre gardien de la Coupe du monde 1958, Dominique Colonna, né quelques jours après lui.

lire aussi


La fiche de François Remetter

Sans gants ni casquette, il avait été un gardien fiable et apprécié, et s'il n'était pas aussi populaire que René Vignal, son rival de l'époque, casse-cou et spectaculaire, il était parvenu à jouer dix-sept fois de suite en équipe de France de 1954 à 1957, une performance rare en des temps aussi instables, sportivement, pour la sélection.

Il était le dernier survivant français de la Coupe du monde 1954, qu'il avait justement disputée après une fracture du bras de Vignal. Quatre ans plus tard, en Suède, il avait commencé la compétition comme titulaire, alors qu'il avait joué toute la saison avec Bordeaux en D2, mais les buts encaissés face au Paraguay (7-3) et la Yougoslavie (2-3) lui avaient valu de perdre sa place au profit du Stéphanois Claude Abbes.

Un gardien moderne, doué au pied


Il avait obtenu une 26e et dernière sélection en 1959, pour un match de bienfaisance face à l'Espagne (4-3), le jour où Roger Marche avait inscrit son seul but en bleu, mais il aurait peut-être disputé une troisième Coupe du monde, en 1962, si l'équipe de France n'avait pas échoué en barrages face à la Bulgarie (0-1) à San Siro, où, rappelé par le sélectionneur Georges Verriest, il était la doublure de Pierre Bernard.

Sa très longue carrière en club, de 1948 à 1966, n'aura été marquée par aucun trophée remporté, avec Strasbourg, Metz, Sochaux, Bordeaux, Limoges et Grenoble. Il avait été un des premiers gardiens aussi doués au pied, avait même commencé un match au poste d'avant-centre, avec Limoges, à Nice, en D2, et avait fait l'objet d'un transfert record pour un gardien, en passant de Metz à Sochaux pour 13 millions (d'anciens francs) en 1954. Mais d'un caractère trempé, il avait menacé d'arrêter le football en 1957, face à des divergences salariales avec le président de Sochaux, qui l'avait remplacé, l'obligeant à un exil mal payé à Bordeaux.

Il y avait eu un deuxième acte dans la vie de François Remetter. À une époque où le destin commun des meilleurs joueurs français consistait à devenir représentants chez Adidas dans leur région d'origine ou d'ouvrir un bar-tabac dans la ville de leur belle-famille, il était entré dans la marque aux trois bandes, où il allait travailler pendant vingt-sept ans.

Responsable de l'un des scandales de l'époque : recouvrir les trois bandes de cirage afin de protester contre le montant des primes accordées par Adidas


Il avait notamment connu le jeune Sepp Blatter, dans les bureaux d'Adidas à Landersheim, dans la banlieue de Strasbourg, où le futur patron de la FIFA, déjà introduit auprès de Joao Havelange par Horst Dassler, avait vu son salaire en partie payé par Adidas France, jusqu'en 1981. François Remetter était le représentant de l'équipementier auprès des Bleus, à une époque où la marque aux trois bandes imposait qu'elles soient très visibles et très blanches sur les chaussures.

L'ancien gardien avait été directement responsable de l'un des scandales de l'époque, en pleine Coupe du monde 1978, lorsque la plupart des Bleus avaient décidé de recouvrir les trois bandes de cirage afin de protester contre le montant des primes accordées par Adidas. Autres temps, autres moeurs : la marque offrait une prime de 5 000 francs par joueur pour l'ensemble de la compétition, et les joueurs, emmenés par Jean-Marc Guillou, avaient réclamé 7 500 francs. François Remetter avait refusé, la FFF avait oublié de proposer de payer la différence alors qu'elle avait encaissé le contrat moral, et c'est comme cela que les joueurs de l'équipe de France étaient passés pour des peintres âpres au gain. François Remetter, c'était une vie en bleu, vraiment.

lire aussi


Toute l'actu du foot