Dopage : le Kenya peut-il être banni des compétitions ?

Lawrence Cherono est suspendu pour dopage. (Eric Canha/USA TODAY Sports/Pressesports)

Dans la tourmente avec des dizaines d'athlètes positifs, le Kenya pourrait voir les sanctions se durcir à la suite du Conseil de World Athletics, qui se tient en début de semaine à Rome.

Les bruits proviennent rarement de fantômes. Depuis jeudi, des médias kenyans et britanniques, relayés par l'agence de presse Reuters, rapportent que le Kenya pourrait risquer le bannissement des compétitions d'athlétisme à la suite des nombreux cas de dopage dont ses athlètes font l'objet depuis plusieurs mois (55 suspendus à ce jour).

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Un début d'emballement qui trouve son origine dans un courrier envoyé à World Athletics par le ministre des Sports kenyan, Ababu Namwamba, dans lequel ce dernier assure vouloir prendre des « mesures fermes » avec une « tolérance zéro ». Une manière d'anticiper la défense des actions du gouvernement et de la Fédération kenyane d'athlétisme. « Nous ne permettrons pas à des individus contraires à l'éthique de ruiner la réputation du Kenya par le dopage, a ensuite tweeté, vendredi, Namwamba. Nous devons vaincre le dopage et ses auteurs. » Comme nous l'a confirmé WA, ce courrier a bien été reçu par l'instance internationale avant son Conseil qui doit se tenir lundi et mardi à Rome.

Un rendez-vous où la question du Kenya sera évidemment posée puisque, comme c'est le cas à chaque Conseil, l'AIU viendra faire un rapport sur la liste des pays sous surveillance. Qu'est-ce qu'il en sortira, là est toute la question. Joint récemment, le patron de l'AIU, Brett Clothier, semblait confiant dans le travail entrepris avec l'agence kenyane antidopage et le laboratoire accrédité par l'AMA de Nairobi, déclarant « très bien collaborer » avec le Kenya et que « nous pouvons améliorer la situation ».

« Je suis un peu sceptique car les organisations sportives kenyanes ont fait des efforts, explique un habitué des instances antidopage. C'est un dopage qui est à la fois ancré dans une culture locale et familiale et qui est favorisé par le contraste entre des conditions sociales et économiques et les opportunités d'ascensions sociales via le sport. Une sanction institutionnelle risquerait même de fragiliser la coopération des organisations sportives et de l'État kenyan. »

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Mais selon David Pavot, professeur et titulaire de la chaire sur l'antidopage dans le sport à l'Université de Sherbrooke (Canada), des sanctions pourraient très bien être prises. « C'est tout à fait possible au regard de l'article 12 du Code mondial antidopage. Cela n'a jamais été souvent activé sauf dans le cas des Russes, mais là on a une problématique, vu le nombre de cas en peu de temps. Il y a tout à fait la base juridique pour World Athletics d'adopter une suspension provisoire de la Fédération kenyane d'athlé. »

L'article 12 permet en effet aux signataires du code mondial (donc ici WA) de suspendre la Fédération kenyane si elle estime qu'elle est non conforme et qu'elle ne remplit pas ses obligations en termes de lutte antidopage. « Par le biais du contrôle de conformité, ils peuvent viser le laboratoire, l'agence nationale antidopage et la Fédération d'athlétisme, prolonge Pavot. À mon sens et vu les résultats, le laboratoire et l'agence ont fait leur job. Le levier est au niveau de la Fédération et du Gouvernement, ce qui peut donner lieu à une interdiction de participer aux compétitions organisées par WA. » Ce qui pourrait empêcher les athlètes kenyans de participer à des Championnats du monde par exemple sous leurs couleurs.

Histoire d'ajouter de la pression sur un pays qui se situe dans une position extrêmement délicate entre de très bons résultats sportifs et de nombreux cas de dopage, entraînant, évidemment, l'ire des autres.

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