Pour Dovizioso, le nouveau pneu convient mieux aux Yamaha

Léna Buffa
motorsport.com

Pour la première fois, cette semaine, les pilotes MotoGP disposaient exclusivement dans leur allocation de base du pneu arrière conçu par Michelin avec une nouvelle carcasse. Un pneu proposé à maintes reprises l'an dernier pour des essais et diverses évaluations, avant d'être validé et intégré à la fourniture de cette nouvelle saison. Or, les sensations plus que mitigées qu'avait déjà exprimées en 2019 se sont confirmées pour le pilote italien, qui y voit un produit peu favorable au caractère de la Ducati.

"À mon avis tout le monde doit s'adapter. Sur le papier, d'après les sensations que j'ai, je dirais que les motos qui ont le plus de fluidité, et surtout les Yamaha, ont un avantage", estime-t-il. "C'est que le pneu est vraiment différent dans la manière dont il se comporte. […] Il faut piloter différemment. C'est ce que j'avais déjà compris dans les tests qu'on avait faits, mais encore plus désormais. Et puis la moto aussi doit être réglée différemment. De là à savoir quelle est la marge et à quel point on peut progresser, il faut encore le découvrir, mais il y a pas mal de travail à faire sur ce point."

"Je pense que c'est plus une question de réglages du châssis. On a plus de grip à l'arrière alors ça pousse tout le temps sur l'avant et l'équilibre est donc un peu différent. Il faut essayer ce qui normalement fonctionnait et [il faut aussi jouer] avec l'électronique, parce que quand on est sur l'angle maximum on peut très vite et très facilement perdre l'avant, alors que dans la zone de traction on a beaucoup de grip. C'est difficile de gérer ces deux points, d'autant qu'il faut tourner et le passage de l'angle maximum à la zone de traction n'est pas facile", décrit-il, déplorant "des sensations étranges".

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Dovizioso a beau juger les résultats des tests peu représentatifs, il a remarqué, comme Márquez par exemple, que les Yamaha et les Suzuki ont semblé plus à l'aise que sa Ducati ou que la Honda avec ce nouveau pneu. Les voit-ils avantagés ? "Suzuki je ne sais pas, franchement. Yamaha sûrement. C'est très difficile de quantifier quelle a été la progression due à la moto et laquelle est due au changement des pneus. Les pneus ont plus d'impact que n'importe quoi d'autre."

"Je ne suis pas surpris, parce que d'après ce que je ressens avec le pneu, il peut aider plus les motos qui permettent d'avoir de la vitesse en milieu de virage. C'est mon ressenti", poursuit le pilote Ducati, qui lui-même explique pour le moment ne pas piloter comme il le voudrait. "Je ne sais pas quelle est la marge de nos adversaires, mais je ne suis pas très surpris vu la manière dont ils doivent piloter, je pense que cela leur convient un peu mieux."

Et sur les machines les plus fluides, ont semblé se détacher là où cela compte le plus, c'est-à-dire en rythme de course. "Même s'il faut prendre cela avec des pincettes, en analysant ces trois jours c'est ce qui ressort. Ils ont démontré qu'ils avaient le rythme. La vitesse compte peu, la différence vient du rythme qu'on imprime, surtout au bout de huit ou neuf tours", souligne Dovizioso.

Justement, ce dimanche le pilote Ducati a tenté d'évaluer la tenue des pneus dans un run de 12 tours réalisé peu après 13h et au terme duquel il peinait à descendre sous la barre des deux minutes, la faute à une forte usure. "Aujourd'hui ça s'est beaucoup dégradé, mais ici on est quand même dans des conditions extrêmes avec ces températures. Et puis si on fait des tours avec quelqu'un d'autre, ça change beaucoup et avec Danilo [Petrucci] on [a roulé ensemble] en faisant cinq tours l'un, cinq tours l'autre. Comme d'habitude, cela fait ressortir des choses complètement différentes et cela simule beaucoup plus la situation de la course."

"Le pneu s'est donc beaucoup dégradé et il faut comprendre si c'est une situation un peu particulière que l'on a rencontrée aujourd'hui ou bien si la saison sera comme ça. Il faut tous qu'on s'adapte à ces caractéristiques. Au Qatar déjà, même si c'est un peu particulier, on comprendra quelque chose de plus parce qu'on rencontrera des conditions différentes."

Les jours sont maintenant comptés

Les essais de Losail apporteront des réponses complémentaires, mais c'est surtout la course qui révélera le véritable rapport de forces entre les différentes machines, selon Dovizioso. Seulement 15e au classement combiné de ces trois jours, il est resté fidèle à son approche des essais privés, qu'il tend à orienter exclusivement sur le travail de fond sans chercher le time attack. C'est la raison pour laquelle il tente de ne pas exprimer une inquiétude plus grande que de raison, alors que seul le contexte de la compétition pourra véritablement mettre l'ensemble des pilotes à l'épreuve avec ce pneu et l'ensemble des nouveaux packages.

"Je ne suis pas inquiet, parce je ne veux pas donner trop d'importance à ce qui se passe, cela n'aurait pas de sens. Si on doit s'inquiéter, on le fera quand on arrivera à la course", prévient-il, toutefois gêné cette semaine par quelques soucis à "dégrossir" le premier jour et une chute coûteuse en temps samedi. "Comme toujours avec les chronos des tests, tout le monde est rapide. Si on devait penser au résultat de la course [si elle avait lieu] demain, beaucoup de personnes auraient le rythme pour se battre pour le podium. Mais ce n'est pas la réalité, comme toujours. Alors je pense qu'il faut qu'on reste concentrés et qu'on améliore nos sensations. C'est ça notre objectif, pas la position ou le meilleur tour."

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"Il n'est pas dit que ce que l'on voit aujourd'hui soit la réalité de la première course, ou des premières courses. [...] Je pense qu'au fur et à mesure que l'on travaillera il y aura de gros changements", estime-t-il. "On ne pourra le découvrir qu'en course, parce que cela peut leur donner un avantage sur le tour lancé, oui, mais la course c'est autre chose et pendant ces essais on ne peut pas comprendre ces aspects-là. Disons que les jours d'essais ne sont pas nombreux, alors le temps qu'il reste peut être préoccupant dans l'idée de réussir à obtenir un équilibre optimal pour la course du Qatar. Peut-être... mais il reste encore des jours alors il faut qu'on garde notre calme et qu'on continue à travailler."

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